Le « gel » des effectifs dans les cégeps anglais

Le français en tant que langue d’enseignement au postsecondaire est en recul depuis plus de vingt-cinq ans au Québec. Le recul est si grave que même le gouvernement du Québec, qui a nié la chose avec la dernière énergie pendant deux décennies, semble avoir compris qu’il fallait faire quelque. Ou du moins qu’il fallait faire semblant de faire quelque chose.

Le réseau collégial constitue l’un des leviers essentiels à actionner afin de pouvoir prétendre stopper le recul du français au Québec, l’autre levier étant l’immigration.

Ainsi, le 18 juin dernier, la ministre de l’Enseignement supérieur Danielle McCann annonçait son intention de « geler » les effectifs (absolus) dans les cégeps anglais pour les dix prochaines années[1]. Dans un contexte de croissance de la population globale des cégeps, ce gel des places en absolu équivaut à une (légère) décroissance de la fréquentation relative des cégeps anglais au cours du temps. Ce gel du côté anglophone signifie aussi, selon Mme McCann, qu’il y aurait création de 21 814 « nouvelles places » dans les cégeps français dans les 10 prochaines années.[2] Des « nouvelles places », est-ce que cela correspond aussi à de « nouveaux étudiants » ? Voilà qui n’est pas si clair.

Rappelons que le projet de loi 96, sur la « langue officielle et commune du Québec, le français », a été déposé le 13 mai 2021, soit un peu plus d’un mois seulement avant cette annonce de Mme McCann. Il ne comportait pas de gel des places dans les cégeps anglais, mais plutôt une clause de croissance contingentée des effectifs dans les cégeps anglais; en effet, une croissance des effectifs de 8,7% chaque année est permise par le PL96, pourvu que l’effectif global des cégeps soit en hausse.

Le gel annoncé par Mme McCann est donc plus « costaud » que la clause de croissance contingentée correspondante du PL96.

Cette annonce de Mme McCann constitue donc un aveu indirect que le gouvernement a raté son coup sur la question des cégeps avec le PL96. Rappelons que le Parti libéral du Québec avait pour sa part proposé, avant le dépôt du PL96, un gel des places dans les cégeps anglais. Politiquement, ce gel était donc l’absolu minimum à atteindre pour pouvoir assumer une posture un tant soit peu « nationaliste ». Le PL96 a pourtant réussi à viser en bas du seuil minimal proposé par le PLQ.

Et un gel des places dans les cégeps anglais n’aura aucunement pour effet d’arrêter le recul du français à Montréal. Pourquoi ? Parce que ce gel est beaucoup trop modéré et vient après vingt-cinq ans de croissance des effectifs dans les cégeps anglais.

De plus, le gouvernement n’ose pas s’attaquer à l’autre problème fondamental qui plombe les cégeps français, soit la question de l’écrémage des meilleurs étudiants par les cégeps anglais. Cet écrémage est un puissant message symbolique du déclassement du français comme langue d’enseignement au postsecondaire. Aucune mesure ne cible cela. Les cégeps français vont rester des cégeps de second rang.

L’annonce de la création de 21 814 « nouvelles places » dans les cégeps français semble provenir du modèle de prévision des effectifs du ministère, un modèle qui a démontré de sérieuses lacunes par le passé[3].

Plusieurs éléments se profilent déjà à l’horizon qui laissent supposer que cette annonce de 21 814 nouvelles places ne se concrétisera peut-être pas, ou en tout cas pas à la hauteur de ce qui est annoncé par la ministre.

Parmi ceux-ci, mentionnons : la hausse du décrochage scolaire au secondaire (en hausse de 2,8 % depuis 2015-2016)[4], décrochage qui frappe de façon démesurée les francophones (et surtout les garçons) ainsi que la hausse beaucoup moins forte que prévue de la fréquentation au collégial à l’automne 2021 (0,3 % seulement comparativement au 3 % qui était attendu), hausse qui provient surtout des étudiants internationaux, dont le nombre a bondi de 20 % cette année[5].

Ces éléments ne sont pas pris en compte dans le modèle de prévision des effectifs du ministère de l’Enseignement supérieur. L’annonce de la création de 21 814 « nouvelles places » dans les cégeps français au cours des dix prochaines années est déjà caduque.

Sur les cégeps, il va falloir que la CAQ prenne de la hauteur et vise plus haut.

La langue : Hier, aujourd’hui, demain

Hier

En 2015, le ministre responsable de la Francophonie dans le gouvernement Couillard, l’ineffable Jean-Marc Fournier écrivait : « Le français n’est plus sur la défensive : il progresse, il est fier et il s’affirme. On ne le chuchote plus, on le célèbre. Il a retrouvé une légitimité et est de plus en plus reconnu et accepté. »

En 2017, ce même Jean-Marc Fournier avait transmis une lettre à Mélanie Joly. Dans cette lettre, le ministre s’inquiétait de l’assimilation de la minorité anglophone au Québec.

Oui. De la minorité anglophone.

C’était là la position officielle du gouvernement du Québec.

Cette position n’avait pas été accueillie avec un éclat de rire général.

A vrai dire, toute la période post-référendaire a été marquée par un profond déni sur la question de la langue. Il s’agissait de faire semblant que nous avions atteint « l’équilibre linguistique », la « paix linguistique ».

Mais c’était, bien entendu, une illusion.

Dès 1994 nous savions que la Charte de la langue française n’atteignait pas et n’atteindrait pas ses buts. Ça fait 25 ans.

Aujourd’hui

On relit la lettre de M. Fournier aujourd’hui et on se dit « comme les temps changent ».

Car l’année qui vient de s’écouler a été marquée par une pandémie, certes, mais aussi par la prise de conscience aiguë, inédite, du recul du français au Québec.

Nous assistons en fait à un renversement important d’une partie de l’opinion publique sur cette question.

Un récent sondage démontre qu’une majorité écrasante (80%) des Québécois s’inquiète maintenant pour l’avenir du français au Québec.

Et pour cause : dans mon livre, « Pourquoi la loi 101 est un échec », j’ai qualifié la situation du français au Québec de « catastrophe ». Oui, une catastrophe. Je ne crois pas que ce mot soit trop fort.

Les gens prennent conscience que tout ne va pas aussi bien que ce que nous ont dit et répété les Jean-Marc Fournier de ce monde pendant des années.

Imaginez : 69% des francophones sont maintenant favorables à l’extension des clauses scolaires de la loi 101 au cégep! C’est du jamais vu.

Même chose pour 51% des « jeunes » qui sont en faveur de la loi 101 au cégep.

Le monde change.

Les Québécois, après deux décennies d’apathie post-référendaire, ont commencé à comprendre que leur disparition comme peuple leur pendait maintenant au bout du nez. Qu’il leur fallait se remettre en mouvement. Il semble que l’instinct de survie soit en train de s’activer. C’est une excellente nouvelle.

Car les minorités francophones ont été éradiquées partout ailleurs en Amérique du Nord. Les francophones sont en voie de disparition partout au Canada.

Nous ne sommes pas différents des autres. Nous ne sommes pas protégés par un statut fictif de « majorité ». Car il n’y a qu’une seule majorité au Canada et elle est anglophone.

Au Québec même, le poids démographique des francophones est en train de s’écraser tandis que celui des anglophones se maintient ou progresse même. Nous sommes dans une situation inédite à l’échelle historique. Jamais le poids démographique des francophones au Québec n’avait été sous la barre des 80%. Il était de 78% en 2016. Il sera de 77, 76 ou 75% dans le recensement de 2021. Il sera encore plus bas dans le recensement de 2026. Etc.

La moitié des substitutions linguistiques des allophones s’en va vers le groupe anglophone, qui représente pourtant seulement 8% de la population du Québec.

Le rapport de force entre l’anglais et le français au Québec est de 10 pour 1. En faveur de l’anglais. Au Québec, les anglophones ont les attributs sociologiques d’une majorité.

Nous sommes en train de nous faire minoriser chez nous.

Voilà la situation d’aujourd’hui.

Une catastrophe.

Demain

Il faut continuer à travailler pour mobiliser, sensibiliser les gens à la question de la langue. Car la langue, c’est la culture.

La question linguistique est la clé qui va permettre aux gens de réaliser que le bilinguisme égalitaire idyllique promu au Canada est une fiction et agit tel un anesthésiant.

A cette fiction, il faut opposer des données. Des faits.  Chiffrés.

Il faut cesser de se fier aux beaux discours et il faut surveiller où va l’argent.

Par exemple, le gouvernement de la CAQ vient de déposer un projet de loi sur la langue. Un projet de loi supposément « costaud ». Il mène actuellement une campagne médiatique de service après-vente pour essayer de nous convaincre que ce projet est bel et bien « costaud ».

Manque de pot : dans un récent sondage, seuls 31% des répondants pensaient que le projet de la CAQ serait efficace pour renverser le déclin de la langue française au Québec.

Pendant que la CAQ « spinne » son projet de loi 96, elle finance un agrandissement princier de plus de 100 millions de dollars à Dawson, pourtant déjà le plus gros et le plus riche cégep au Québec. Ceci alors que les besoins des cégeps en région sont criants.

La CAQ travaille aussi à faire don de l’ancien hôpital Royal Victoria, un bien public patrimonial et un site exceptionnel, à McGill, une corporation privée et un empire financier qui dispose déjà d’une fondation de 1,7 milliards de dollars et de biens immobiliers évalués à quelques 5 milliard de dollars. Le don du Royal Vic représente, à terme, un transfert de quelque 1 milliard de dollars en fonds publics à McGill. Aucun autre projet de revalorisation n’a été considéré pour le site.

Pendant ce temps, l’UQAM prévoit un déficit de 16 millions de dollars pour 2021-2022. Elle devra couper dans sa masse salariale et dans ses dépenses.

En éducation postsecondaire, l’État québécois récompense le fort et pénalise le faible.

En immigration, la CAQ refuse de fermer les collèges privés anglophones qui font miroiter à des immigrants Indiens potentiels un « fast track » pour l’immigration au Canada. Moyennant des frais d’études de 25 000$/an. En quelques années, nous sommes passés de 0 à quelques 15 000 Indiens qui étudient dans ces collèges privés. Et qui sont ensuite sélectionnés, en partie, comme immigrants par le Québec. En quelques années, le Québec a ainsi bousillé les mécanismes historiques de sélection des immigrants. Ces mécanismes sont pourtant ceux qui avaient permis de hausser significativement les substitutions linguistiques des allophones vers le français. Rappelons que c’est la politique d’immigration, avant tout, qui a permis de faire passer les substitutions linguistiques des allophones de 27% au début des années 70 à 55% vers le français en 2016.

Il faudrait que 90% des substitutions linguistiques des allophones se fassent vers le français pour qu’il y ait simplement une stabilité relative du poids démographique des francophones. Nous sommes loin du compte.

Il faudrait également que l’assimilation des francophones soit nulle. Mais l’assimilation des jeunes francophones a doublé entre 2006 et 2016. Sur l’île de Montréal, elle est maintenant de 6%.

Bref, pour comprendre ce qui se passe réellement, il importe de se fier aux faits et non pas aux belles paroles.

Où va l’argent?

Pourquoi les fonds publics québécois, notre argent, sert-il à nous minoriser chez nous?

C’est la question qu’il faut poser. Encore et encore.

« Follow the money », comme ils disent!

En suivant la piste de l’argent, nous arriverons peut-être, comme dans les contes des frères Grimm, à nous échapper du labyrinthe de notre minorisation.

Merci!

Allocution devant le Comité permanent des langues officielles

J’ai écrit un livre intitulé « Pourquoi la loi 101 est un échec » (Boréal, 2020) dans lequel j’analyse la situation des réseaux institutionnels public et parapublic anglophone et francophone au Québec. Pour effectuer cette analyse, j’ai utilisé le concept de « complétude institutionnelle ». Ce concept est à mon avis un prisme important pour analyser l’équité de financement des institutions francophones en milieu minoritaire ou même, au Québec, en milieu que l’on qualifie ordinairement de « majoritaire ».

1. La complétude institutionnelle

La notion de « complétude institutionnelle » trouve son origine dans les travaux du sociologue canadien d’origine fransaskoise Raymond Breton dans un article publié dans le American Journal of Sociology en 1964[1].

Une bonne définition de la complétude institutionnelle se trouve dans un article de Linda Cardinal et Rémi Léger, de la revue Politique et sociétés du 29 novembre 2017 : « Qu’est-ce que la complétude institutionnelle ? Simplement dit, la notion permet d’étudier les conditions de pérennisation des minorités ethnoculturelles et linguistiques, ce qui comprend les groupes issus de l’immigration tout comme les minorités historiques et nationales. De façon plus précise, le fait de détenir des institutions – une école, un hôpital, un journal ou un théâtre – est considéré comme une condition qui contribue à l’épanouissement des minorités. La notion de complétude institutionnelle comporte aussi une dimension politique indéniable, car ces institutions que possède la minorité doivent dans la mesure du possible être gérées par et pour cette dernière[2]. »

Raymond Breton a démontré que le niveau de complétude institutionnelle d’un groupe ethnique ou linguistique avait un impact direct sur sa capacité à se maintenir dans le temps et dans l’espace. Et donc, sur sa rapidité d’intégration-y compris linguistique- dans un groupe dominant environnant.

Quand deux groupes linguistiques sont présents sur le même territoire, chacun disposant de son réseau institutionnel propre, le groupe disposant du réseau institutionnel le plus étendu, le plus solide, parviendra à attirer des membres du groupe le plus faible à l’intérieur de son réseau. Ceci affecte directement la vitalité linguistique de ce dernier.

La notion de complétude institutionnelle a été mobilisée pour la première fois devant une cour canadienne dans le cadre de l’affaire de l’hôpital Montfort en Ontario. Rappelons qu’en 1996, la Commission de restructuration des services de santé de l’Ontario a annoncé la fermeture de l’hôpital Montfort, le seul hôpital universitaire de langue française à l’ouest du Québec. Raymond Breton est venu témoigner sur l’importance d’un hôpital comme Montfort sur la vitalité de la communauté francophone d’Ottawa.

La professeure Stéphanie Chouinard a analysé l’utilisation juridique de la notion de complétude institutionnelle et a trouvé que celle-ci a été mobilisée juridiquement dans sept causes en droit canadien depuis 1996.à« Les juges ont donc entériné l’importance de l’existence d’un large éventail d’institutions de la communauté afin de permettre à cette dernière de garantir sa pérennité – reprenant à la fois des arguments provenant de la complétude institutionnelle et de la vitalité ethnolinguistique. Les juges ont aussi accepté de reconnaître que les institutions de la minorité avaient un poids symbolique non négligeable pour la collectivité franco ontarienne. Au-delà des services de santé offerts, l’hôpital Montfort était considéré par la communauté comme une institution représentative de l’identité franco-ontarienne, et cet aspect avait aussi un impact sur la vitalité du groupe[3]. »

2. L’application de cette notion aux francophones du Québec

La complétude institutionnelle a été utilisée jusqu’à maintenant dans le cadre de l’étude de la vitalité des communautés francophones hors Québec.

Dans mon livre, Pourquoi la loi 101 est un échec, j’applique la notion de complétude institutionnelle à l’étude des francophones au Québec.

A mon avis, le principal problème avec la Loi sur les langues officielles est le concept artificiel de « double majorité » : la loi institue une majorité anglophone hors Québec et une majorité francophone au Québec. A chaque « majorité » est associée sa minorité : francophone hors Québec et anglophone au Québec.

Ce concept de « double majorité » n’a aucune réalité sociologique. Cela est manifeste quand on s’attarde au fait que les anglophones du Québec, qui constituent une minorité numériquement, assimilent en réalité environ la moitié des immigrants allophones qui s’installent au Québec. Les anglophones constituent, du point de vue de la langue maternelle, 8 % de la population du Québec mais assimilent la moitié des immigrants allophones qui s’installent au Québec. Les quelques 80% de francophones au Québec assimilent l’autre moitié. Il y a 10 fois plus de locuteurs de français au Québec que de locuteurs de l’anglais, cependant les substitutions linguistiques se font moitié-moitié vers chaque langue. Le rapport de force entre les langues au Québec est donc d’un facteur 10 en faveur de l’anglais.

Les anglophones du Québec ont la vitalité linguistique d’une majorité.

Dans les faits, la Loi sur les langues officielles entérine un bilinguisme compétitif et inégalitaire entre l’anglais et le français partout au Canada, incluant au Québec.

Depuis 2001, le poids relatif des francophones recule à grande vitesse au Québec tandis que celui des anglophones se maintient ou est même en progrès. Ceci est dû à la disproportion des substitutions linguistiques canalisées vers l’anglais au Québec; la moitié des substitutions des immigrants allophones alimente un groupe qui constitue seulement 8 % de la population.

La dynamique linguistique n’est pas régie par les frontières provinciales, mais par la frontière du pays.

Ce qui signifie ceci : il n’existe au Canada qu’une seule véritable majorité, qui est anglophone. Le Canada est un pays à majorité anglophone. Le concept de double majorité est faux et trompeur.

La loi sur les langues officielles devrait être fondée sur la reconnaissance de cette réalité. Cette loi devrait être asymétrique.

3. Le financement des universités au Québec

J’ai appliqué la notion de complétude institutionnelle pour étudier le financement des universités au Québec. Les universités, en tant que lieu de production et de transmission du savoir, constituent une institution clé pour ce qui est de la vitalité d’une communauté linguistique.

La dynamique actuelle des universités au Québec est marquée par un effritement relatif de la fréquentation des universités de langue française et une hausse de la fréquentation des universités de langue anglaise.

Les universités de langue anglaise McGill, Concordia et Bishop’s récoltent 30% des revenus globaux au Québec. Cela est 3,7 fois supérieur au poids démographique des anglophones au Québec. Les universités de langue anglaise sont en situation de surcomplétude institutionnelle. A contrario, les universités de langue française sont sous-financées relativement du poids démographique des francophones (70% pour 78% de la population). Cela pèse directement sur la vitalité linguistique du groupe francophone au Québec.

Le fonds de recherche fédéraux (CRSH, CRSNG, IRSC, Fondation canadienne pour l’innovation, Chaires de recherche du Canada), en particulier, sont canalisés massivement vers les universités de langue anglaise au Québec, qui reçoivent 38,4% de ces fonds, soit presque 5 fois le poids démographique des anglophones.

4. L’argent fédéral anglicise les institutions postsecondaires de langue française au Québec

Le gouvernement fédéral verse des fonds au Québec (de l’ordre de 50 millions de dollars par année) pour soutenir le développement de l’enseignement en « langue minoritaire » via l’Entente Canada-Québec (« Ottawa verse des millions pour des programmes d’enseignement en anglais au Québec », Le Devoir, 22 décembre 2020). Ces fonds sont actuellement dirigés pour angliciser l’offre de cours dans les cégeps et universités de langue française.

De plus, de l’argent fédéral est aussi versé à Dawson College via ce programme. Dawson est déjà le plus gros et le plus riche cégep au Québec. La disponibilité directe de fonds fédéraux constitue donc un avantage compétitif indu pour ce cégep.

Le programme devrait être entièrement revu.

5. Le système de santé

Le gouvernement fédéral finance divers programmes afin d’augmenter l’utilisation de l’anglais, qui est conçu comme une langue minoritaire, dans le réseau de la santé québécois. Le fédéral investit des millions chaque année dans un programme géré par McGill University « Anglais en santé » afin de former le personnel de la santé francophone pour qu’il offre des services en anglais. Ceci au mépris des dispositions de la Charte de la langue française, qui assure théoriquement du droit de « travailler en français ». Entre 2008 et 2013, McGill a ainsi formé 6224 travailleurs de la santé. McGill a reçu 32 millions de dollars du gouvernement fédéral pour ce programme.

De par son pouvoir de dépenser, le fédéral contrecarre les intentions de l’Assemblée nationale du Québec. Ceci au nom du concept frauduleux de double majorité, charpente intellectuelle de la Loi sur les langues officielles.

6. Le financement des universités hors Québec

J’ai aussi utilisé le concept de complétude institutionnelle pour analyser le financement des universités bilingues ou de langue française hors Québec. Par exemple, pour l’Ontario, approximativement 3% des revenus universitaires sont alloués aux programmes en français alors que les francophones constituent 4,7% de la population de l’Ontario (langue maternelle, recensement de 2016). Le sous-financement des francophones est donc de l’ordre de 40%. Ceci a des effets drastiques sur la vitalité linguistique des francophones. Une proportion importante des jeunes francophones (44%) en Ontario opte pour des études postsecondaires en anglais parce que le programme de leur choix n’est pas disponible en français[4].

En Alberta, le campus Saint-Jean reçoit 0,37% du budget destiné aux universités. Les francophones représentent 2% de la population de l’Alberta. Le sous-financement des institutions francophones est de l’ordre de 81% en Alberta!

Il y aurait lieu de dresser systématiquement le portrait de la complétude institutionnelle des institutions de langue française pour toutes les provinces du Canada. L’on trouverait que les institutions de langue française sont systématiquement sous-financées partout. Incluant au Québec.

Conclusion

Dans sa forme actuelle, la Loi sur les langues officielles a pour effet de soutenir la vitalité de l’anglais au Québec. Cette langue a pourtant déjà un rapport de force de 10 contre 1 face au français au Québec.

Le concept de double majorité, base de la loi, doit être abandonné en faveur d’une conception asymétrique.

L’argent investi pour soutenir le rayonnement de l’anglais au Québec devrait être versé aux institutions francophones hors Québec.

Les programmes de financement de la recherche au Québec doivent être revus pour incorporer l’idée de la complétude institutionnelle.

Il y aurait lieu de produire une étude exhaustive sur la complétude institutionnelle pour chaque groupe linguistique au Canada dans chaque province pour ce qui est des institutions d’éducation du primaire à l’universités et des institutions de santé.

[1] Raymond Breton, « Institutional Completeness of Ethnic Communities and the Personal Relations of Immigrants », AJS, Sep. 1964, Vol. 70, No.2, pp.193-205.

[2] Linda Cardinal et Rémi Léger, « La complétude institutionnelle en perspective », Politique et Sociétés, 29 novembre 2017 : https://www.erudit.org/fr/revues/ps/2017-v36-n3-ps03278/1042233ar/

[3] Stéphanie Chouinard, « Quand le droit linguistique parle de sciences sociales : l’intégration de la notion de complétude institutionnelle dans la jurisprudence canadienne »,  Revue de droit linguistique, Vol.  3, 2016 : https://www.droitslinguistiques.ca/images/stories/Revue/2016/Stephanie_C…

[4] André Samson et al., « L’identité langagière et les transitions scolaires en milieu minoritaire », Éducation et vie au travail, 2016, https://www.researchgate.net/publication/308704145_L‘identite_langagiere_et_les

La langue et le Roi de l’astéroïde B325

Alors que la question linguistique est transversale et touche l’ensemble de l’action gouvernementale, elle est pourtant, depuis toujours, traitée en « silo », dans le respect des « compétences ministérielles ».

Dans son projet de loi 96 (PL96) « Loi sur la langue officielle et commune du Québec, le français », par exemple, Simon Jolin-Barrette (SJB) a soigneusement exclu toute mesure visant directement l’immigration. L’immigration est pourtant un des déterminants majeurs du recul du français.

Comme SJB n’est pas (n’est plus!) le ministre responsable de l’immigration, il a pris soin de ne pas aller jouer dans le carré de sable de sa collègue Nadine Girault, la ministre en titre. C’est la même chose en éducation postsecondaire, où les mesures du PL96 sont d’une timidité excessive. Même chose encore pour la question de la recherche; aucune mesure n’oblige les chercheurs, par exemple, à rédiger leurs demandes de subvention aux organismes subventionnaires québécois en français. Idem en petite enfance; rien ne cible les garderies alors qu’il est de plus en plus difficile de trouver une garderie sans « programme d’immersion anglaise ». On comprend que SJB n’est pas le ministre en titre de ce secteur non plus.

À force de respecter scrupuleusement les compétences ministérielles, la question linguistique tend ainsi vers l’infiniment petit et le ministre responsable de la Charte de la langue française ressemble au Roi de l’astéroïde B325 du Petit Prince, ce monarque au « pouvoir absolu » qui n’avait pour « sujet » qu’un seul rat.

L’idée de créer un ministère de la langue française vise à tenter d’élargir le domaine du monarque absolu de l’astéroïde de la langue. Il n’est pas certain, cependant, que cette mesure ait cet effet. Elle pourrait aussi, possiblement, renforcer encore plus le caractère « sectoriel » de la question linguistique et en faire un « objet ministériel » comme les autres. Le ministre du Français serait donc responsable du français, à l’exclusion de tout autre domaine déjà attribué aux autres ministres. Donc, effectivement, de pas grand-chose.

Pourquoi cela est-il important?

Pour plusieurs raisons. Par exemple, la question des collèges privés défraie l’actualité depuis plus d’un an et demi. En janvier 2020, L’aut’journal nous apprenait que le cégep de la Gaspésie et des Iles avait ouvert un campus entièrement anglophone à Montréal et que ce campus accueillait presque 2000 étudiants! Ces programmes exclusivement en anglais accueillaient surtout des Indiens et des Chinois, c’est-à-dire des anglotropes qui s’assimilent très peu à la majorité francophone du Québec. Cette nouvelle a pris tout le monde par surprise; le projet de campus anglophone du cégep avait en effet été monté dans la plus grande discrétion. Ce fut le départ d’une série de reportages où nous avons appris que le stratagème du cégep de la Gaspésie et des Iles n’était pas unique, et que le « marché » de l’éducation collégiale privée anglophone était en pleine explosion au Québec; ainsi, de 2017 à 2019, le nombre d’Indiens recrutés dans ces collèges était passé de 2000 à 13 000! Ces collèges privés offrent majoritairement des programmes courts (Attestations d’études collégiales (AEC)) moyennant la modique somme de 25 000$.

Pourquoi les étudiants étrangers acceptent-ils de verser cette somme énorme à ces collèges privés anglophones? C’est parce que l’inscription dans un collège privé est la première étape, officieuse, du processus d’immigration au Canada. Notons que l’UPAC a arrêté en novembre 2020 plusieurs personnes impliquées dans le réseau de recrutement des collèges privés, dont deux ex-employés de la Commission scolaire anglophone Lester-B.-Pearson. C’est une preuve qu’il existe un maillage informel entre la communauté anglophone et ces collèges privés.

Si une partie de ce système fonctionne grâce au mensonge et à la fraude, hélas, il exploite aussi les failles béantes de notre système d’immigration. Failles mises en place par le PLQ et que la CAQ a choisi de perpétuer. Soulignons, comme l’a démontré Anne-Michèle Meggs dans une série d’articles, que le gouvernement du Québec a pratiquement abandonné à Ottawa la gestion d’une bonne partie de son système d’immigration dans les dernières années. Le Québec se contente maintenant de recruter la majorité de ses immigrants dans le bassin de personnes déjà présentes au Québec, personnes détentrices de permis d’études ou de travail temporaires, personnes ayant été sélectionnées par Ottawa. Parmi ces personnes, un grand nombre étudie dans les cégeps, collèges et universités anglophones. Le Québec finance l’anglicisation des étudiants étrangers, les recrute comme immigrants, et prétend les franciser ensuite en leur offrant quelques menus cours de français une fois les papiers de résidence permanente en poche! Comme incohérence, voire comme franche stupidité, on a rarement vu mieux.

Après s’être battu pendant des décennies pour contrôler son immigration, le Québec a décidé, par incompétence ou aveuglement comptable, de sous-traiter la question à Ottawa. Il s’agit d’un revirement historique totalement incompréhensible.

Ces collèges privés, et leurs recruteurs, jouent un rôle analogue en immigration au Canada aux « passeurs » entre le Mexique et le Texas : ils font miroiter aux candidats à l’immigration l’espoir d’une vie meilleure, empochent de juteux profits et agissent de façon semi-légale ou même carrément illégale. Il s’agit d’un système parfaitement répugnant. Normalement, la mise à jour de ce stratagème d’immigration aurait dû conduire le gouvernement du Québec à rapidement fermer ces collèges privés ou à modifier complètement son approche en immigration. Il n’a pourtant fait ni l’un ni l’autre. Au lieu de cela, la ministre McCann vient d’annoncer une série de mesurettes parfaitement ridicules visant ces collèges. Parmi ces « mesures costaudes », la ministre annonce son intention de « possiblement » intégrer des « notions » de français dans les parcours d’études. Vraiment, Mme McCann se moque de nous.

Car ce que fait le Québec, c’est recruter par l’intermédiaire de ces passeurs des immigrants anglophones ou anglicisés qui s’assimileront ensuite naturellement à la communauté anglophone. Étant donné les volumes d’immigration, il s’agit d’une véritable bombe démographique qui balaiera dans les prochaines années les faibles mesures mises en place avec le PL96.

Il me semble évident qu’il faut fermer tous les collèges privés anglophones qui font du recrutement international. Car ces collèges ne servent aucunement l’intérêt général. La farce a assez duré.

M. Jolin-Barrette, il vous faut cesser de respecter les « compétences ministérielles » et inclure dans le PL96 des mesures visant l’immigration et les cégeps privés!

Réforme de la loi 101 : Une vaste collection de demi-mesures juridico-bureaucratiques

Simon Jolin-Barrette a enfin déposé sa réforme de la loi 101. En même temps, le premier ministre du Québec, M. François Legault, a publié un court message sur Facebook. Dans ce texte, il affirme deux choses : « Qu’il y avait urgence d’agir » et que « Il va y avoir des personnes qui vont dire que le projet de loi ne va pas assez loin. Il va y en avoir d’autres qui vont dire qu’il va trop loin. Ça va démontrer que notre position est raisonnable. »

Il y a en effet urgence d’agir.

Mais l’affirmation de M. Legault, à l’effet que la « raison », le « bon sens », se trouverait à mi-chemin entre les positions (imaginées!) de ses adversaires politiques, est curieuse. Car la raison n’est pas le résultat d’un calcul politique. Elle ne se trouve pas nécessairement à la moyenne des positions des adversaires politiques du moment.

M. Legault a d’ailleurs rempilé un peu plus tard en conférence de presse en affirmant que la position du Parti québécois d’appliquer la loi 101 au cégep était « extrémiste ». Il est consternant de voir le premier ministre adopter, en pleine Assemblée nationale et le jour même du dépôt d’une réforme de la Charte de la langue française, le langage historique des opposants à la Charte qui qualifiaient, eux aussi en 1977, les clauses scolaires de la loi 101 de mesure « extrémiste ». Je l’avoue : avec cette sortie, ce mot, mon premier ministre m’a fait honte. On se croyait revenu, l’espace d’un instant, à l’ère Couillard et aux « braises de l’intolérance ».

La CAQ, le PLQ et le PLC, même combat ?

Et manque de pot pour le calcul politique de M. Legault: autant le Parti libéral du Québec que le Parti libéral du Canada ont bien accueilli le projet de loi 96 (PL 96). La cheffe du Parti libéral, Mme Anglade, s’est même plu à donner le baiser de Judas au projet en soulignant que les propositions du PLQ visant les cégeps étaient plus « costaudes » que celles mises de l’avant par la CAQ. En effet, la CAQ propose un contingentement des places en cégep anglais qui n’équivaut même pas au gel proposé par le PLQ (la CAQ permet une croissance des effectifs des cégeps anglais).

Mais le PLQ proposait aussi de « bonifier » l’offre de cours en français dans les cégeps anglais, de prioriser les « ayants droits » pour ce qui est de l’accès aux cégeps anglais, des mesures qui ne sont pas dans le PL 96. Il semble que la CAQ ait réussi à coaliser les fédéralistes en faveur du PL 96, ce qui est probablement la dernière chose que souhaitait M. Legault.

Les juristes semblent très « érotisés » par ce projet de loi qui mise essentiellement sur des mesures juridico-bureaucratiques pour arriver à ses fins: création de structures (Commissaire à la langue française, Ministère de la langue française), inscription du caractère français du Québec dans la constitution de 1867, multiples modifications à la Charte (plus de 200 articles !), etc.

Simon Jolin-Barrette est un avocat. Dans le PL 96, toute la question linguistique est envisagée d’un point de vue strictement juridique. Le ministre est à mon avis tombé dans le piège à ours dressé par Pierre Elliott Trudeau en 1969. Dans sa Loi sur les langues officielles, Trudeau séparait la langue de la culture et concevait toute la question de la langue sous l’angle juridique. Il allait compléter ce travail avec sa Charte des droits de 1982. Cette façon de voir les choses a marqué profondément les esprits. Au Canada, la judiciarisation du politique dévore tout sur son passage, incluant la langue. Avant, pour parler de langue, on questionnait des artistes. Aujourd’hui, on interroge des avocats.

La loi de l’instrument

La « Loi de l’instrument » ou « du marteau » est un biais de jugement qui implique une confiance excessive dans un outil. Elle a été formulée ainsi par Abraham Maslow : « J’imagine qu’il est tentant, si le seul outil dont vous disposez est un marteau, de tout considérer comme un clou. » Il existe un risque majeur, à mon avis, que la question linguistique soit stérilisée, empaillée et momifiée en étant ainsi transformée en objet juridique.

Il faut noter que les démographes sont beaucoup moins « érotisés » que les juristes par le PL 96. Celui-ci ne contient en effet aucune mesure permettant d’affecter les déterminants majeurs du recul du français. Il n’arrêtera pas la minorisation en cours des francophones au Québec. Car toutes les mesures structurantes ont été soigneusement écartées du PL 96 pour éviter de provoquer de la « chicane ». Ainsi, par exemple, le contingentement des cégeps ne règle aucunement la question de la dynamique linguistique au collégial, l’article sur les municipalités bilingues assure leur permanence, aucune mesure ne cible l’immigration, l’affichage va rester bilingue, etc.

Le PL 96 ne contient aucune mesure susceptible de frapper l’imagination, aucune mesure qui constitue un signal fort à l’effet que le français revient au centre du jeu. Une collection de demi-mesures, peu importe leur nombre, ne constitue pas un « plan costaud ».

La langue, ce n’est pas d’abord et avant tout un objet juridique. C’est un objet culturel, social. Cela, le projet de loi l’ignore totalement.

Le bilinguisme soustractif

Il était d’ailleurs dramatique d’entendre M. Legault, en conférence de presse lors du dépôt du projet de loi, promettre qu’il allait « intensifier » l’anglais intensif au primaire. Voilà une mesure, introduite par Jean Charest en 2011, qui est déjà en train d’acculturer à grande vitesse les jeunes francophones. Comme le soulignait pudiquement une série d’articles récents dans le Devoir, une partie de la jeune génération est en train de sombrer dans le bilinguisme soustractif, où la langue qui est en train d’être soustraite est le français. De ce point de vue, le Québec français ressemble de plus en plus à l’Ontario français. Valoriser encore plus l’anglais dans les écoles primaires va mener carrément à l’anglicisation à grande échelle des jeunes. Cela a d’ailleurs débuté à Montréal.

Le PL 96 ignore aussi cela. Le projet de loi de M. Legault aurait été bon en 1999. Là, il arrive trop tard. La CAQ prépare en 39 la guerre de 14-18.

Un des leviers essentiels pour rehausser le statut du français, qu’ignore le PL 96, c’est de le valoriser dans les écoles. C’est notre langue, notre histoire et notre culture qui doivent être mieux et plus valorisées dans nos écoles. Il s’agit même d’une urgence nationale. On pourrait presque dire : valorisons le français dans les écoles et Netflix se chargera de l’anglais.

Résumons : pour le français, le PL 96 se contente d’une vaste collection de demi-mesures juridico-bureaucratiques. Mais, pour l’anglais, M. Legault a déjà en tête d’en mettre encore plus à l’école. Pour l’anglais, il veut agir sur le terrain culturel et éducatif, ce qu’il refuse de faire pour le français. Il est facile de savoir qui sortira gagnant de cette partie de souque à la corde.

Le recul du français au Québec va s’accélérer.

Loi 101 : Les objectifs doivent venir avant les moyens

Ces jours-ci, il fait bon de se replonger dans la monumentale biographie que Jean-Claude Picard a dédiée à Camille Laurin (L’homme debout, Boréal, 2003). D’emblée, on réalise que si cette loi majeure a vu le jour, c’est grâce à la vision et à la détermination absolument titanesque de Camille Laurin. Initialement, l’ampleur du projet de Laurin a semé la stupéfaction au conseil des ministres. Alors que son mandat était simplement de « corriger la loi 22 », celui-ci décida plutôt « d’aller au fonds des choses » et de faire une loi réparatrice qui viendrait en quelque sorte guérir les effets psychologiques de la Conquête. Très, très vaste programme…

Il est intéressant de rappeler le clivage des appuis à ce projet de loi au conseil des ministres; si les ministres de Montréal et les ministres économiques appuyaient sans beaucoup de réserve le projet de Laurin, cela n’était pas le cas des députés des régions, qui étaient plus ambivalents. Notons qu’à la CAQ, il n’y a pas vraiment de « ministres de Montréal », que les poids lourds économiques sont indistinguables de ministres du PLQ, et que certains députés des régions, qui dominent, sont plutôt du genre à avoir peur que leurs enfants aient un accent en anglais. C’était mieux avant.

Celui qui a le plus résisté au projet de Laurin, c’est Claude Morin, personnage sulfureux dont on a appris plus tard qu’il était un informateur rémunéré par la GRC. Mais c’était sans compter sur Laurin, « têtu comme un bœuf dans un champ », qui reprenait ad nauseam les mêmes démonstrations et assommait le caucus avec une nouvelle étude démographique après l’autre. Laurin avait fini par avoir le caucus à l’usure, dans un phénomène d’érosion lente, tel un glacier qui arrive à repousser toute masse sur son chemin. Une détermination glaciaire qui lui a permis d’abattre les réticences de René Lévesque, dont l’ambivalence était à l’image de celles de bien des Québécois.

On se rappellera que Lévesque se sentait « humilié » de légiférer sur la langue. A ses yeux, l’indépendance du Québec allait permettre de régler ça. On peut difficilement lui donner tort sur ce point, même s’il faut souligner qu’un Québec indépendant qui continuerait de surfinancer ses institutions anglophones au même niveau que le fait le Québec province aurait probablement des petites surprises quant à la dynamique linguistique…

Pourquoi rappeler tout cela? Parce que l’été passée, dans une lettre ouverte, le ministre Simon Jolin-Barrette avait fait ouvertement appel à la mémoire de Camille Laurin pour tenter d’établir une filiation politique entre Laurin et lui-même. Si je ne doute pas de la bonne foi de Jolin-Barrette, il faut tout de même avouer qu’avec la CAQ, nous sommes passablement loin de l’élan libérateur du PQ de 1976.

Ainsi, écrit Michel David (« La tarte aux pommes », Le Devoir, 6 mai 2021), « tout indique que M. Jolin-Barrette aurait été disposé à étendre la loi 101 au cégep, mais M. Legault a mis son veto ». La « loi 101 au cégep » est pourtant à mon sens le seuil minimal à atteindre pour que le projet de Jolin-Barrette soit structurant et que le signal envoyé soit assez fort pour faire bouger les lignes.

Mais la propension de M. Legault à couper la poire en deux, à « moyenner » en fonction de l’immédiateté du jeu politique, en estimant ainsi atteindre un compromis « raisonnable », risque de lui jouer un bien mauvais tour dans le dossier linguistique. Car empêcher la minorisation des francophones au Québec, c’est une question mathématique. C’est binaire : il n’y a pas « d’entre deux ». Il est impossible de « moyenner ». Être « raisonnable », c’est s’embourber dans les demi-mesures.

Pour arrêter la minorisation en cours des francophones au Québec, il faut briser la dynamique linguistique actuelle et la remodeler pour atteindre des objectifs précis, c’est-à-dire que 90% des substitutions linguistiques doivent se faire en faveur du français et l’assimilation nette des francophones doit être nulle. Toutes autres choses étant égales, ces objectifs assureront une certaine sécurité culturelle au Québec français.

Ces deux objectifs devraient être explicitement mentionnés dans la refonte de la Charte de la langue française et devraient faire l’objet d’un suivi minutieux de la part de l’Office québécois de la langue française. S’ils ne sont pas atteints, alors des mesures supplémentaires devraient être prises rapidement. Il faut que la question linguistique soit envisagée en fonction des objectifs que l’on souhaite atteindre et non pas en fonction des mesures proposées. Il ne s’agit pas de discuter pendant vingt ans à savoir si telle ou telle mesure est « trop radicale » ou non, mais de savoir quels objectifs l’on vise. Les objectifs doivent venir avant les moyens. Ceci nécessite un changement de paradigme complet dans le traitement de cette question.

Ainsi, l’idée de contingenter les cégeps anglais est curieuse. Car le contingentement ne règle aucunement le problème au collégial.

La racine du problème linguistique au Québec, c’est le statut du français, qui est de plus en plus une langue seconde. Une clause de contingentement au cégep ne fera rien pour rehausser le statut du français; le cégep anglais restera toujours l’institution pour l’élite.

Pour redresser le statut du français, il faut envoyer un signal fort à l’effet que le français revient au centre du jeu, qu’il reprend la première place, que son statut redevient supérieur à celui de l’anglais. Il y a donc des objectifs « numériques » à atteindre en plus d’un objectif « psychologique ». Cela, Camille Laurin l’avait fort bien compris. Tout au long du processus menant au dépôt de la Charte, les signaux psychologiques envoyés par Laurin étaient puissants; « renverser les effets de la Conquête », « le Québec sera maintenant et pour toujours français », etc.

Nous ne sommes pas du tout là avec M. Legault. Nous avons plutôt droit aux conférences de presse systématiquement bilingues (depuis le début de la pandémie), aux affirmations fumeuses comme quoi la loi 101 au cégep, c’est « interdire aux francophones d’apprendre l’anglais », etc. Avec la CAQ, pour l’instant, la trajectoire de régression empruntée par le Québec depuis l’élection du PLQ en 2003 n’a pas variée d’un iota.

M. Legault ressemble plutôt, de plus en plus, à Jean-Jacques Bertrand. Un homme, qui estimait, lui aussi, que le « libre-choix » de la langue d’enseignement était un absolu, un horizon indépassable.

Mais les grands hommes politiques sont plutôt ceux qui arrivent à s’élever au-dessus des contingences immédiates du jeu politique pour voir au-delà de l’horizon. Laurin nous manque. Lévesque aussi.

Frédéric Lacroix – Unique FM

Si vous désirez cerner les ramifications de cette fameuse loi et ce qu’elle a provoqué (et provoque encore) de remous au Québec et ailleurs au Canada francophone, vous vous devez de lire cet ouvrage. Statistiques à l’appui, le chercheur et le chroniqueur en arrive à la conclusion qu’un sérieux coup de barre doit être donné à cette loi. Chez Boréal.

Loi 101 au cégep : c’est maintenant ou jamais

L’année qui vient de s’écouler nous a apporté bien des bouleversements, dont celui, tout à fait inattendu, d’une prise de conscience aigüe du déclin du français au Québec. Contre toute attente, une bonne partie de l’opinion publique est redevenue sensible à la question linguistique. Huit québécois sur dix (un record!) estiment que « la langue française a besoin d’être protégée au Québec » (Sondage Léger 29 mars 2021).

Les partisans de cette mesure étaient jadis confinés dans certains cercles restreints du mouvement souverainiste. On se rappellera que Pierre Curzi s’était démené il y a une décennie pour faire greffer l’idée au programme du Parti québécois. Avec un succès mitigé cependant; l’idée avait bien été adoptée, les militants ayant voté en sa faveur en congrès, mais les dirigeants péquistes étaient contre et n’ont eu cesse de manœuvrer pour l’éjecter de la plateforme. Jusqu’à ce que Jean-François Lisée, alors chef du PQ, réussisse à en purger le programme en 2017.

Mais une idée ne meurt jamais. Ainsi, l’idée de la loi 101 au cégep s’est propagée dans la dernière année avec une vigueur surprenante. Elle a d’abord atteint ceux, qui, plus « nationalistes » étaient moins préparés à y résister : Joseph Facal (qui a changé d’idée récemment), Antoine RobitailleElsie Lefebvre, Mathieu Bock-Côté (qui, à vrai dire, est en faveur depuis longtemps), Guy RocherÉtienne-Alexandre Beauregard (très actif chez les jeunes caquistes).

Mais l’idée commence même à se répandre chez ceux que l’on pensait immunisés: Denise BombardierEmmanuelle Latraverse, Carl Vallée (conseiller québécois pour Stephen Harper), Christian Dufour, Gilles Duceppe.

L’idée de la loi 101 au cégep coalise maintenant des gens que tout sépare mais qui en sont venus à la conclusion que le temps de cette mesure était venu, qu’on « était rendu là » comme l’a dit Gilles Duceppe en entrevue à QUB radio. Un sondage Léger (novembre 2020) indique que 47% des répondants sont en faveur de la loi 101 au cégep alors que 45% sont contre. Il est tout à fait étonnant que l’appui à cette mesure soit légèrement supérieur à l’opposition à celle-ci alors que la loi 101 au cégep a été démonisée à qui mieux mieux sur toutes les tribunes pendant 20 ans.

Même le gouvernement fédéral a reconnu récemment que le français reculait au Québec. Du jamais vu.

Les astres sont alignés comme jamais pour que la réforme de la loi 101 pilotée par Simon Jolin-Barrette soit majeure, structurante et ait un réel impact sur la vitalité du français au Québec.  Cette réforme, pour être effective, doit contenir un signal fort à l’effet que le français revient au centre du jeu. Ce « signal » ne peut être que la loi 101 au cégep.

François Legault affirmait récemment vouloir laisser un « legs nationaliste assumé » (La Presse, 8 mars 2021). Dans la situation actuelle, le legs qui s’impose est d’agir pour empêcher le français de couler. Si M. Legault rate la « fenêtre d’opportunité » actuellement ouverte, il est fort probable qu’elle se referme à jamais; les francophones seront bientôt trop faibles au Québec pour prétendre imposer ce genre de mesure dans l’avenir.

C’est maintenant ou jamais.

Quand Ricochet s’aventure dans le débat linguistique

Le site Internet Ricochet vient de prendre position dans le débat linguistique qui secoue le Québec depuis un bout en publiant une lettre ouverte d’un dénommé Étienne Cardin-Trudeau intitulée « De quoi parlons-nous quand nous parlons du déclin du français »?

Ce texte est un mélange d’approximations, de concepts mal digérés, de désinformation et aussi, disons-le, de bon vieux Québec-bashing. Le tout enveloppé dans une belle couche imbuvable de supériorité morale.

Reprenant une stratégie éprouvée, largement utilisée depuis au moins vingt ans pour nier le déclin du français, l’auteur établit une fausse symétrie entre le déclin du français comme langue maternelle et comme langue d’usage (langue parlée le plus souvent à la maison) au Québec et le « déclin » de l’anglais comme langue maternelle au Canada. Il faut noter que cet argument a longtemps été présenté sous la forme suivante : « Oui, le français recule au Québec, mais l’anglais aussi, alors il n’y a pas de problème ». Mais comme l’anglais comme langue d’usage est maintenant en progression au Québec, cet argument a volé en éclats. M. Cardin-Trudeau a donc trouvé un nouvel habit à cette vieille rhétorique en remplaçant « l’anglais au Québec » par « l’anglais hors Québec ». Il faut le faire : la situation de l’anglais au Canada hors Québec est renvoyée dos à dos avec celle du français au Québec! Il fallait oser. M. Cardin-Trudeau l’a fait.

Comme ce « déclin » (fictif en réalité!) de l’anglais au Canada ne provoque aucune vague médiatique hors Québec, l’auteur souligne alors à gros traits que si celui du français au Québec en crée, c’est qu’il s’agirait d’une « bulle médiatique créée artificiellement pour attiser les flammes d’un nationalisme identitaire ». Sous-texte : si les Québécois s’inquiètent de plus en plus du recul du français au Québec, c’est simplement parce qu’ils sont racistes et xénophobes. Soulignons l’utilisation astucieuse d’une métaphore « ardente » pour qualifier le nationalisme québécois. Nous ne sommes pas très loin des fameuses « braises de l’intolérance » de Philippe Couillard. L’enfer est rouge, c’est bien connu.

Comment dire? Avec ce texte, M. Cardin-Trudeau nous fait perdre notre temps. On a envie de s’écrier, exaspéré : « Jusqu’à quand, Étienne Cardin-Trudeau, abuseras-tu de notre patience »? Car comparer la situation de l’anglais hors-Québec avec celle du français au Québec relève de la plus pure mauvaise foi ou de l’aveuglement idéologique. Si le « déclin » de l’anglais au Canada hors Québec n’empêche pas les anglophones de dormir, c’est qu’ils savent pertinemment que les immigrants qui s’installent au Canada hors Québec effectueront des substitutions linguistiques à hauteur d’au moins 99% vers l’anglais[1]. Le plus souvent à la deuxième génération. Le pouvoir d’assimilation de l’anglais hors-Québec est tellement puissant que 41% de la population de langue maternelle française avait effectué une substitution linguistique vers l’anglais en 2011.  Les anglophones peuvent dormir sur leurs deux oreilles. La machine à assimiler canadienne tourne à fond; il leur suffit d’attendre. D’où l’absence de contestation d’une politique d’immigration qui sert admirablement bien les intérêts de la majorité canadienne. Qui est anglophone, faut-il le préciser?

Ce qui n’est malheureusement aucunement le cas au Québec. Au Québec, l’anglais livre une concurrence féroce au français comme langue d’intégration des immigrants. À tel point qu’en 2011, 46% des immigrants allophones avaient effectué une substitution linguistique vers l’anglais au Québec. A tel point, également, que l’assimilation des jeunes francophones à Montréal a doublé entre 2011 et 2016[2]. Les projections de Statistique Canada dont fait état l’auteur n’incluent pas ces données du recensement de 2016. De plus, elles modélisent une hausse des substitutions linguistiques des allophones vers le français dans les années à venir alors même que le rapport de force du français face à l’anglais va s’affaiblir avec l’affaissement du poids démographique des francophones au Québec.

Cette hausse annoncée des substitutions linguistiques vers le français est donc improbable. Surtout quand on sait que ces substitutions linguistiques sont majoritairement le fait d’immigrants les ayant réalisées à l’étranger avant d’arriver au Québec. Et que la nouvelle politique d’immigration de la CAQ a résulté en un net recul de la proportion d’immigrants connaissant le français[3]. Les projections de Statistique Canada sont donc déjà obsolètes. Le recul du français au Québec dans les vingt prochaines années sera probablement encore plus rapide que ce que Statistique Canada nous annonçait en 2017.

Le déclin du français partout au Canada fait maintenant quasi-consensus. Le gouvernement du Québec le reconnait, le gouvernement du Canada le reconnait, Statistique Canada le reconnait, l’Office québécois de la langue française le reconnait. Le recul du français que nous annonçait les démographes et chercheurs (Marc Termote, Patrick Sabourin, Alain Bélanger, Charles Castonguay pour en nommer quelques-uns) depuis longtemps est maintenant là. Il s’agit maintenant d’en tenir compte.

Reconnaitre le déclin du français n’a rien à voir avec la « peur de l’Autre » qu’évoque l’auteur. Ça n’a rien à voir non plus avec la « droite identitaire » ou le « nationalisme ».  C’est un fait scientifiquement démontré par de très nombreuses études. Comme nous dit l’auteur, il n’y a rien « d’inspirant dans le mépris pour l’intelligence des citoyens ». Un mépris dont il fait malheureusement étalage tout au long de son texte.

Mesures cosmétiques ou costaudes?

LA « NOUVELLE LOI 101 » DE LA CAQ

Au mois de mars, le ministre responsable de la Charte de la langue française, Simon Jolin-Barrette, après plus d’un an et demi de travail, de consultations et de réflexion, déposera vraisemblablement une nouvelle mouture de la loi 101. La CAQ va-t-elle livrer les « mesures costaudes » promises par le ministre, mesures qui assureront vraiment l’avenir du Québec français ou va-t-elle surtout nous servir des mesures cosmétiques destinées à nous rassurer, voire à nous endormir?

La CAQ a déjà envoyé de multiples signaux qui indiquent qu’elle n’osera pas aller au fond des choses et que sa « nouvelle loi 101 » ressemblera plus au « bouquet de mesures » passées par le PQ en 2001 qu’à la loi 101 de Camille Laurin de 1977, qui était l’équivalent d’un tremblement de terre constitutionnel. Voici trois exemples de ces signaux :

1) La question linguistique ne semble pas prise au sérieux au plus haut niveau de l’État québécois : non seulement le gouvernement Legault n’a posé absolument aucun geste concret en faveur du français depuis octobre 2018 (songeons, par exemple, aux 400 000 factures unilingues anglaises envoyées par Hydro-Québec; un simple appel de sa part aurait pu mettre fin à ce subterfuge), mais il a fait pire en institutionnalisant les conférences de presse bilingues du gouvernement du Québec, envoyant ainsi un signal fort que le Québec est, peu importe ce que la Charte de la langue française affirme, un État bilingue. La pandémie a le dos large. Pendant ce temps, ailleurs au Canada, le gouvernement de l’Ontario, où réside une importante minorité francophone, tient ses conférences de presse en anglais et le gouvernement du Nouveau-Brunswick, officiellement bilingue, est incapable de respecter ses obligations constitutionnelles envers le français. Au Canada, le bilinguisme n’est bon que pour les francophones.

2) La CAQ, c’est la Coalition avenir Québec : une coalition entre des nationalistes et des fédéralistes. Or, tout indique que l’aile fédéraliste domine nettement à la CAQ. En témoignent de façon éloquente les projets d’agrandissement de Dawson College (au moins 100 millions de dollars) et de McGill University (probablement 1 milliard de dollars) en faisant don à cette institution privée de l’hôpital Royal Victoria (l’équivalent de la Place Ville-Marie en termes de superficie). Ces deux projets ont été inclus dans le projet de loi 61, projet de loi qui n’a pas pu être voté en juin 2020, et ont été réinclus dans la nouvelle mouture du projet de loi, la loi 66, votée en décembre dernier. Les deux projets d’agrandissement de ces institutions anglophones, l’une étant déjà le plus gros cégep au Québec et l’autre, l’université la plus riche (et la plus magnifique), ont été « priorisés » avec cette loi, comme s’il s’agissait d’une urgence nationale. Il faut de plus souligner que ces deux projets ont été réinclus dans la loi 66 même après que les critiques eurent fusé de toutes parts lors du dépôt du projet de loi 61 (surtout pour Dawson). Il y a donc, à la CAQ, une volonté manifeste, explicite, de continuer les politiques délétères du PLQ en ce qui concerne le surfinancement des institutions postsecondaires anglophones. L’aile fédéraliste triomphe.

3) Après une coupure cosmétique et temporaire des seuils d’immigration de 20 % pendant deux ans, la CAQ a tassé Simon Jolin-Barrette du ministère de l’Immigration et est revenue aux seuils d’immigration du PLQ, soit 50 000 immigrants par année. On peut débattre pendant longtemps des seuils d’immigration qui seraient appropriés pour le Québec, simple province où l’anglais livre une concurrence féroce au français comme langue d’intégration, mais rappelons que ces seuils ont doublé depuis la prise du pouvoir par le PLQ en 2003 et que le vérificateur général avait révélé, dans un rapport publié en 2017, que la francisation au Québec était un véritable « fiasco ». À peine 30 % des 50 000 immigrants ne parlant pas français participaient à des cours de francisation. Au Québec, la francisation est optionnelle et cela est toujours vrai en 2021. Il faut d’ailleurs souligner que le gouvernement du Québec assure le bilinguisme intégral des services publics, ce qui permet à chacun de choisir la langue qu’il préfère dans ses interactions avec l’État. Le Québec, sans l’avouer, a copié la Loi sur les langues officielles fédérale.

Il faudra donc surveiller attentivement ce projet de loi sur la langue. Il ne faudra pas hésiter à rappeler à la CAQ qu’un « nationalisme » qui se cantonne aux beaux discours sans s’incarner dans les gestes et dans l’action est une forme d’opportunisme politique et de double jeu. Double discours qui est caractéristique, comme l’exprime fort bien l’écrivain Jean Bouthillette, des « peuples dominés ».