Frédéric Lacroix a reçu la Médaille de L’assemblée nationale-Prix du livre politique 2021 pour son livre Pourquoi la loi 101 est un échec.

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Collection Assemblée nationale du Québec, François Nadeau, photographe
Frédéric Lacroix a reçu la Médaille de L’assemblée nationale-Prix du livre politique 2021 pour son livre Pourquoi la loi 101 est un échec.

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Collection Assemblée nationale du Québec, François Nadeau, photographe
Entrevue avec Frédéric Lacroix, essayiste et chercheur indépendant. Loi 101, problème avec le français à Montréal : est-ce que la réforme de la Loi 101 du gouvernement caquiste évite de s’attaquer au cœur du problème qui est le cégep ? Aussi, quelle est la place du français au travail ?
https://www.qub.ca/radio/balado/sophie-durocher?track=1060720678
Virginie Hébert publie ces jours-ci, aux Presses de l’Université Laval, un essai tiré de sa thèse de doctorat intitulé L’anglais en débat au Québec. Mythes et cadrages.
Disons-le d’emblée : alors que l’on s’imaginait que tout avait été dit sur la question linguistique, Virginie Hébert nous arrive avec un ouvrage qui couvre un angle totalement inédit de la question, soit les « cadres » et les « mythes » utilisés dans le débat sur l’enseignement de l’anglais, langue seconde, au Québec.
L’enseignement de l’anglais est en effet le terrain d’une chaude lutte entre les tenants du cadre « nationalisant », pour qui l’enseignement précoce ou intensif de l’anglais serait une menace pour le français et les tenants du cadre « globalisant » pour qui l’anglais serait un « outil » qui donne accès à « l’ouverture sur le monde ». Dans cet essai, Virginie Hébert se livre à une analyse minutieuse et exhaustive des divers « cadres » et mythes utilisés pour propulser et légitimer l’un ou l’autre discours.
Les vingt dernières années ont été dominées par un discours voulant que plus d’anglais, c’est bien, et que plus c’est tôt, mieux c’est. À entendre certains, l’anglais n’aurait que des vertus : « ouverture sur le monde », « modernité », etc. A contrario, le français nous condamnerait à la « fermeture », au « repli » et nous isolerait. Sentant le vent, Jean Charest a habilement annoncé la « mesure » d’anglais intensif obligatoire en mars 2011. Tous les francophones du Québec, avait-il annoncé, devront dorénavant obligatoirement faire de « l’anglais intensif » à l’école. La mesure consistait en cinq mois d’anglais « exclusif » (toutes les autres matières étant supprimées) lors de la sixième ou la cinquième année du primaire.
Si quelques voix dissidentes s’étaient élevées à l’époque pour dénoncer cette mesure jugée excessive qui venait sérieusement fragiliser le statut du français à l’école primaire, ces voix avaient été noyées par le discours célébrant « l’ouverture sur le monde ».
Au cours des vingt dernières années, le cadre « globalisant » est en effet devenu hégémonique dans le discours public, ce qui a mené à la mise en place de l’anglais en première année du primaire, de l’anglais intensif et des programmes « d’immersion anglaise » dans diverses écoles secondaires. Ces changements majeurs sont venus fragiliser le français comme langue « première » comme langue de « référence culturelle » chez les jeunes générations, au point où Statistique Canada a noté, en 2019, que les jeunes Québécois démontraient un attrait de plus en plus fort vers l’anglais et une volonté d’utiliser celui-ci dans « la vie quotidienne ». C’est ainsi que, insensiblement, un peuple bascule dans l’assimilation collective.
L’immense mérite de L’anglais en débat au Québec est de non seulement démontrer comment les cadres ont été utilisés dans ce débat récent afin de l’orienter, mais de remonter le temps pour nous faire comprendre que le mythe de l’anglais « langue universelle » est aussi vieux que l’Empire britannique lui-même (dont le Canada a depuis pris le relai à l’interne selon l’essayiste Marc Chevrier).
L’idée de l’anglais « langue universelle » émerge en effet au début du dix-neuvième siècle, alors que la Grande-Bretagne cherchait à consolider sa domination mondiale. Il est particulièrement fascinant d’apprendre que l’Inde a servi de terrain d’essai pour le développement de politiques linguistiques appliquées par après dans tout l’Empire britannique. L’East India Company, par exemple, qui avait besoin d’administrateurs locaux, sélectionnait alors un nombre limité d’élèves brillants pour recevoir une éducation en anglais (p. 24). L’anglais devint ainsi un instrument de formation des élites, un instrument de mobilité sociale ascendante; la demande pour de l’éducation en anglais en Inde ne cessera donc de croitre à partir de ce moment. Le parallèle historique que l’on peut faire entre la situation coloniale indienne de 1835 et celle du Québec de 2021 est éclairant; au Québec, le postsecondaire de langue anglaise est aussi utilisé comme instrument de formation des élites, un instrument de mobilité sociale ascendante et la demande pour de la formation en anglais au postsecondaire ne cesse également de croitre. Le Québec se trouve donc, avec le « libre-choix » de la langue au cégep, à appliquer des politiques coloniales britanniques datant du début du dix-neuvième siècle.
On trouve ce genre de perles tout au long de cet essai, passant de l’Empire britannique, de l’anglais utilisé comme langue de construction européenne au mépris de la diversité linguistique du Vieux continent, au rapport Bouchard-Taylor qui faisait, en 2007, de l’anglais la langue de « l’ouverture sur le monde » (p. 136). Le rapport Bouchard-Taylor estimait même qu’un défaut d’apprentissage de l’anglais par le « groupe majoritaire » allait conduire à un « repli identitaire » et à un « avenir sans horizon » (p. 137).
Quatorze ans après ce rapport, alors que 82% des anglophones, 53% des allophones et 19% des francophones refusent de reconnaitre le français comme langue officielle du Québec (Angus Reid), et au moment où les appels à la partition de Montréal, territoire « non-cédé » et ville « bilingue », c’est-à-dire anglaise, trouvent un écho politique grandissant, on voit à quel point Messieurs Bouchard et Taylor se sont fourvoyés en se laissant hypnotiser par le cadre « globalisant ». Ceux qui souffrent de « repli identitaire » au Québec, ce ne sont pas les francophones, bien au contraire.
Bref, cet essai de Virginie Hébert arrive à point nommé et nous permet de poser un regard neuf sur l’un des plus vieux débats à agiter le Québec depuis la Conquête anglaise. Il s’agit à mon avis d’un livre majeur.
André Burelle, Le Devoir, 2 octobre 2021
Le chercheur Frédéric Lacroix vient de publier un nouvel essai intitulé Un libre choix ? Cégeps anglais et étudiants internationaux : détournement, anglicisation et fraude. Commentant cet ouvrage dans Le Devoir du 23 septembre, Marco Fortier résume ainsi la thèse de Frédéric Lacroix : le Québec a pu demeurer largement francophone grâce à une série de facteurs, y compris la sélection d’immigrants qui ont une bonne connaissance de la langue française. Mais au cours de la dernière décennie, Ottawa a ouvert les vannes de l’immigration temporaire — sur laquelle le Québec n’a pas de prise — pour attirer des travailleurs dont le pays a bien besoin. La vaste majorité des immigrants arrivent désormais au Canada grâce à des permis temporaires d’études et de travail qui mènent par la suite à une résidence permanente. […] Les universités et les cégeps orientent ainsi une part importante de l’immigration en fonction de leurs propres intérêts […] La solution serait d’exiger que les candidats à la résidence permanente aient suivi un programme d’études en français.
Le consentement du Québec
Je ne conteste pas ce diagnostic de Frédéric Lacroix, comme résumé par Marco Fortier, sauf quand il affirme que l’immigration temporaire est une réalité sur laquelle Québec n’a pas de prise. Dans l’Accord Canada-Québec relatif à l’immigration et à l’admission temporaire des aubains, signé en 1991 et mieux connu sous l’appellation « entente Gagnon-Tremblay–McDougall », il est écrit en toutes lettres, à l’article 22 : « Le consentement du Québec est requis avant l’admission dans la province :
de tout étudiant étranger qui n’est pas choisi dans le cadre d’un programme du gouvernement canadien d’assistance aux pays en voie de développement ;
de tout travailleur temporaire étranger dont l’admission est régie par les exigences du Canada touchant la disponibilité de travailleurs canadiens ;
de tout visiteur étranger venant recevoir des soins médicaux. »
Concrètement, le consentement du Québec est donc requis pour la presque totalité des étudiants étrangers, pour une forte proportion de travailleurs temporaires et pour tout étranger venant recevoir des soins médicaux. Ce consentement obligatoire du Québec date en fait de l’entente Cullen-Couture conclue entre les gouvernements Lévesque et Trudeau en 1978. Et il constitue une forme de veto qui vient limiter le pouvoir d’Ottawa en matière d’immigration temporaire.
Les raisons du Québec de donner ou non son consentement à l’admission de ces visiteurs étrangers sur son territoire ne sont mentionnées nulle part dans l’entente, mais l’un des considérants de l’accord Canada-Québec de 1991 proclame la volonté du gouvernement du Canada et du gouvernement du Québec de conclure une nouvelle entente, inspirée de l’entente Cullen-Couture, pour fournir au Québec de nouveaux moyens de préserver son poids démographique au sein du Canada et d’assurer dans la province une intégration des immigrants respectueuse du caractère distinct de la société québécoise.
Selon cette logique, je vois mal ce qui empêcherait le Québec de s’attaquer, en amont, aux problèmes dénoncés par M. Lacroix en limitant très sérieusement le nombre d’étudiants recrutés à l’étranger pour des programmes d’études non offerts en français ou, en aval, d’exiger des étudiants déjà sur place qu’ils aient suivi « un programme d’études en français » pour être sélectionnés par le Québec en vue d’obtenir le statut de résident permanent, comme le suggère Frédéric Lacroix.
Le courage politique
Il suffirait à nos gouvernants d’avoir le courage politique de poser pareil geste. Car, comme le souligne à juste titre M. Lacroix, c’est sur l’échiquier québécois que les universités et les cégeps, sous-financés et en mal de clientèles payantes, orientent une part importante de l’immigration temporaire en fonction de leurs propres intérêts. Et il en va de même des entreprises, pour qui le recrutement des travailleurs dont elles ont besoin devrait obéir, selon elles, aux seules lois aveugles du marché.
Le Québec ne cesse de réclamer de nouveaux pouvoirs en matière d’immigration. Peut-être devrait-il se servir des pouvoirs qu’il possède déjà pour faire contrepoids à ses propres groupes de pression et faire valoir les droits légitimes du français au sein d’un continent où l’anglais règne en maître et impose de plus en plus son empire à l’échelle de la planète.
À ceux et celles qui désirent connaître plus en profondeur l’entente Gagnon-Tremblay–McDougall, je conseille la lecture en ligne du bulletin de recherche publié sur le sujet par la Bibliothèque du Parlement canadien.
Marco Fortier, Le Devoir, 23 septembre 2021
L’explosion du nombre d’étudiants étrangers qui ne maîtrisent pas le français menace l’équilibre linguistique à Montréal. Dans un nouvel essai à paraître le 7 octobre, que Le Devoir a obtenu, le chercheur Frédéric Lacroix braque les projecteurs sur ce qu’il considère comme un angle mort du projet de loi 96 : le recrutement massif de futurs citoyens du Québec par la porte d’entrée de l’enseignement en anglais.
L’arrivée de milliers d’étudiants internationaux est en train de changer le visage de Montréal, qui risque de devenir une « cité-État anglophone » si Québec ne réagit pas, affirme Frédéric Lacroix. Il livre ce plaidoyer dans l’ouvrage Un libre choix ? Cégeps anglais et étudiants internationaux : détournement, anglicisation et fraude, édité par le Mouvement Québec français.
Pour l’auteur, il ne fait aucun doute que le « bonjour / hi » extrêmement répandu dans les commerces du centre-ville est dû en bonne partie au recrutement de milliers d’étudiants étrangers n’ayant aucune maîtrise du français. Ces jeunes étudient, travaillent et consomment en anglais. Ce n’est pas de cette façon qu’ils deviendront des citoyens à l’aise avec la langue nationale, estime l’auteur.
« On socialise ces nouveaux arrivants en anglais. On les intègre au Québec anglophone, après on les accepte comme immigrants permanents et on prétend les franciser en leur offrant un cours. Cette stratégie-là est démentielle à mes yeux. Au mieux, ils auront des connaissances en français, mais ils n’auront pas l’usage du français », affirme l’auteur au Devoir.
Son ouvrage Pourquoi la loi 101 est un échec, publié en 2020,a remporté le prix du président de l’Assemblée nationale remis à l’essai politique de l’année. Frédéric Lacroix espère que son nouveau livre aura autant de retentissement dans la classe politique, tandis que le projet de loi 96 visant à renforcer le français est étudié en commission parlementaire.
L’auteur ne remet aucunement en question le droit de la communauté anglophone du Québec à l’éducation, aux soins de santé et à une série d’autres services dans sa langue. La fréquentation des universités et des cégeps de langue anglaise dépasse toutefois largement le poids de la minorité anglaise à cause de l’engouement des francophones et des allophones pour l’enseignement supérieur dans la langue de Shakespeare.
Cela augure mal pour l’avenir des cégeps francophones, malgré la hausse de près de 22 000 étudiants dans le réseau prévue d’ici 2029, estime Frédéric Lacroix. Il croit que le gel de l’effectif des cégeps anglais au niveau de 2019, décrété par Québec, est insuffisant : les anglophones sont déjà minoritaires dans les cégeps anglais de Montréal, où ils forment environ 40 % de l’effectif. Les allophones (38 %) et les étudiants ayant le français comme langue maternelle (21 %) continueront de peupler massivement les cégeps anglais de l’île, au détriment des établissements francophones.
« Facteur majeur d’anglicisation »
Le libre choix de la langue d’enseignement au collégial est un « facteur majeur d’anglicisation de Montréal », dénonce l’auteur. Il est convaincu que le gouvernement Legault doit étendre la loi 101 au réseau collégial, y compris aux collèges privés non subventionnés, qui rappellent les fameuses « écoles passerelles » permettant d’accéder à l’éducation en anglais au primaire et au secondaire.
Des collèges privés non subventionnés profitent largement de cette « marchandisation de l’éducation ». Radio-Canada et Le Devoir ont documenté comment ces collèges remplissent leurs classes de jeunes venus de l’Inde en offrant à gros prix de courtes formations en anglais, qui mènent à un permis de travail, puis à la résidence permanente pour les étudiants et leur famille. Ces collèges vendent d’abord et avant tout l’accès au Canada, fait valoir Frédéric Lacroix.
Le Québec a pu demeurer largement francophone grâce à une série de facteurs, y compris la sélection d’immigrants familiers avec la langue française, rappelle l’auteur. Or, Ottawa a ouvert les vannes de l’immigration temporaire — sur laquelle le Québec n’a pas de prise — au cours de la dernière décennie pour attirer des travailleurs dont le pays a bien besoin : la vaste majorité des immigrants arrivent désormais au Canada par des permis temporaires d’études et de travail, qui mènent par la suite à une résidence permanente.
Le recrutement massif d’étudiants étrangers fait partie de la stratégie d’immigration du gouvernement fédéral. L’objectif était de doubler le nombre d’étudiants venus d’autres pays entre les années 2014 et 2022.
Cette immigration temporaire de travailleurs et d’étudiants était autrefois marginale. Elle est devenue la principale porte d’entrée au pays, et c’est majoritairement en anglais que cela se passe, même au Québec,déplore Frédéric Lacroix.
Une hausse fulgurante
« Quand on regarde les chiffres, c’est vraiment renversant. Il y a eu une croissance exponentielle du nombre d’étudiants internationaux et de l’immigration temporaire. En moins de 10 ans, on est passés d’une situation où ce n’était pas sur l’écran radar à un facteur majeur d’anglicisation », dit-il.
Le nombre d’immigrants temporaires au Canada a été multiplié par sept entre 2000 et 2018, pour atteindre 429 300 personnes. En 2019, le Québec a accueilli 158 965 immigrants temporaires (et 40 565 permanents).
La courbe du nombre d’étudiants étrangers suit la même tendance. En 2019, il y avait 73 505 étudiants étrangers de niveau postsecondaire au Québec, la majorité pouvant s’exprimer en anglais. Plus de 70 % d’entre eux (63 050) étaient inscrits sur l’île de Montréal. La hausse a été fulgurante au collégial, où leur nombre a plus que triplé en cinq ans (de 6285, en 2014, à 22 805 en 2019). Ce bond de 16 520 étudiants équivaut à deux fois l’effectif du collège Dawson.
Les universités et les cégeps orientent ainsi une part importante de l’immigration en fonction de leurs propres intérêts, souligne Frédéric Lacroix. La solution serait d’exiger que les candidats à la résidence permanente aient suivi un programme d’études en français.
Le français en tant que langue d’enseignement au postsecondaire est en recul depuis plus de vingt-cinq ans au Québec. Le recul est si grave que même le gouvernement du Québec, qui a nié la chose avec la dernière énergie pendant deux décennies, semble avoir compris qu’il fallait faire quelque. Ou du moins qu’il fallait faire semblant de faire quelque chose.
Le réseau collégial constitue l’un des leviers essentiels à actionner afin de pouvoir prétendre stopper le recul du français au Québec, l’autre levier étant l’immigration.
Ainsi, le 18 juin dernier, la ministre de l’Enseignement supérieur Danielle McCann annonçait son intention de « geler » les effectifs (absolus) dans les cégeps anglais pour les dix prochaines années[1]. Dans un contexte de croissance de la population globale des cégeps, ce gel des places en absolu équivaut à une (légère) décroissance de la fréquentation relative des cégeps anglais au cours du temps. Ce gel du côté anglophone signifie aussi, selon Mme McCann, qu’il y aurait création de 21 814 « nouvelles places » dans les cégeps français dans les 10 prochaines années.[2] Des « nouvelles places », est-ce que cela correspond aussi à de « nouveaux étudiants » ? Voilà qui n’est pas si clair.
Rappelons que le projet de loi 96, sur la « langue officielle et commune du Québec, le français », a été déposé le 13 mai 2021, soit un peu plus d’un mois seulement avant cette annonce de Mme McCann. Il ne comportait pas de gel des places dans les cégeps anglais, mais plutôt une clause de croissance contingentée des effectifs dans les cégeps anglais; en effet, une croissance des effectifs de 8,7% chaque année est permise par le PL96, pourvu que l’effectif global des cégeps soit en hausse.
Le gel annoncé par Mme McCann est donc plus « costaud » que la clause de croissance contingentée correspondante du PL96.
Cette annonce de Mme McCann constitue donc un aveu indirect que le gouvernement a raté son coup sur la question des cégeps avec le PL96. Rappelons que le Parti libéral du Québec avait pour sa part proposé, avant le dépôt du PL96, un gel des places dans les cégeps anglais. Politiquement, ce gel était donc l’absolu minimum à atteindre pour pouvoir assumer une posture un tant soit peu « nationaliste ». Le PL96 a pourtant réussi à viser en bas du seuil minimal proposé par le PLQ.
Et un gel des places dans les cégeps anglais n’aura aucunement pour effet d’arrêter le recul du français à Montréal. Pourquoi ? Parce que ce gel est beaucoup trop modéré et vient après vingt-cinq ans de croissance des effectifs dans les cégeps anglais.
De plus, le gouvernement n’ose pas s’attaquer à l’autre problème fondamental qui plombe les cégeps français, soit la question de l’écrémage des meilleurs étudiants par les cégeps anglais. Cet écrémage est un puissant message symbolique du déclassement du français comme langue d’enseignement au postsecondaire. Aucune mesure ne cible cela. Les cégeps français vont rester des cégeps de second rang.
L’annonce de la création de 21 814 « nouvelles places » dans les cégeps français semble provenir du modèle de prévision des effectifs du ministère, un modèle qui a démontré de sérieuses lacunes par le passé[3].
Plusieurs éléments se profilent déjà à l’horizon qui laissent supposer que cette annonce de 21 814 nouvelles places ne se concrétisera peut-être pas, ou en tout cas pas à la hauteur de ce qui est annoncé par la ministre.
Parmi ceux-ci, mentionnons : la hausse du décrochage scolaire au secondaire (en hausse de 2,8 % depuis 2015-2016)[4], décrochage qui frappe de façon démesurée les francophones (et surtout les garçons) ainsi que la hausse beaucoup moins forte que prévue de la fréquentation au collégial à l’automne 2021 (0,3 % seulement comparativement au 3 % qui était attendu), hausse qui provient surtout des étudiants internationaux, dont le nombre a bondi de 20 % cette année[5].
Ces éléments ne sont pas pris en compte dans le modèle de prévision des effectifs du ministère de l’Enseignement supérieur. L’annonce de la création de 21 814 « nouvelles places » dans les cégeps français au cours des dix prochaines années est déjà caduque.
Sur les cégeps, il va falloir que la CAQ prenne de la hauteur et vise plus haut.
Hier
En 2015, le ministre responsable de la Francophonie dans le gouvernement Couillard, l’ineffable Jean-Marc Fournier écrivait : « Le français n’est plus sur la défensive : il progresse, il est fier et il s’affirme. On ne le chuchote plus, on le célèbre. Il a retrouvé une légitimité et est de plus en plus reconnu et accepté. »
En 2017, ce même Jean-Marc Fournier avait transmis une lettre à Mélanie Joly. Dans cette lettre, le ministre s’inquiétait de l’assimilation de la minorité anglophone au Québec.
Oui. De la minorité anglophone.
C’était là la position officielle du gouvernement du Québec.
Cette position n’avait pas été accueillie avec un éclat de rire général.
A vrai dire, toute la période post-référendaire a été marquée par un profond déni sur la question de la langue. Il s’agissait de faire semblant que nous avions atteint « l’équilibre linguistique », la « paix linguistique ».
Mais c’était, bien entendu, une illusion.
Dès 1994 nous savions que la Charte de la langue française n’atteignait pas et n’atteindrait pas ses buts. Ça fait 25 ans.
Aujourd’hui
On relit la lettre de M. Fournier aujourd’hui et on se dit « comme les temps changent ».
Car l’année qui vient de s’écouler a été marquée par une pandémie, certes, mais aussi par la prise de conscience aiguë, inédite, du recul du français au Québec.
Nous assistons en fait à un renversement important d’une partie de l’opinion publique sur cette question.
Un récent sondage démontre qu’une majorité écrasante (80%) des Québécois s’inquiète maintenant pour l’avenir du français au Québec.
Et pour cause : dans mon livre, « Pourquoi la loi 101 est un échec », j’ai qualifié la situation du français au Québec de « catastrophe ». Oui, une catastrophe. Je ne crois pas que ce mot soit trop fort.
Les gens prennent conscience que tout ne va pas aussi bien que ce que nous ont dit et répété les Jean-Marc Fournier de ce monde pendant des années.
Imaginez : 69% des francophones sont maintenant favorables à l’extension des clauses scolaires de la loi 101 au cégep! C’est du jamais vu.
Même chose pour 51% des « jeunes » qui sont en faveur de la loi 101 au cégep.
Le monde change.
Les Québécois, après deux décennies d’apathie post-référendaire, ont commencé à comprendre que leur disparition comme peuple leur pendait maintenant au bout du nez. Qu’il leur fallait se remettre en mouvement. Il semble que l’instinct de survie soit en train de s’activer. C’est une excellente nouvelle.
Car les minorités francophones ont été éradiquées partout ailleurs en Amérique du Nord. Les francophones sont en voie de disparition partout au Canada.
Nous ne sommes pas différents des autres. Nous ne sommes pas protégés par un statut fictif de « majorité ». Car il n’y a qu’une seule majorité au Canada et elle est anglophone.
Au Québec même, le poids démographique des francophones est en train de s’écraser tandis que celui des anglophones se maintient ou progresse même. Nous sommes dans une situation inédite à l’échelle historique. Jamais le poids démographique des francophones au Québec n’avait été sous la barre des 80%. Il était de 78% en 2016. Il sera de 77, 76 ou 75% dans le recensement de 2021. Il sera encore plus bas dans le recensement de 2026. Etc.
La moitié des substitutions linguistiques des allophones s’en va vers le groupe anglophone, qui représente pourtant seulement 8% de la population du Québec.
Le rapport de force entre l’anglais et le français au Québec est de 10 pour 1. En faveur de l’anglais. Au Québec, les anglophones ont les attributs sociologiques d’une majorité.
Nous sommes en train de nous faire minoriser chez nous.
Voilà la situation d’aujourd’hui.
Une catastrophe.
Demain
Il faut continuer à travailler pour mobiliser, sensibiliser les gens à la question de la langue. Car la langue, c’est la culture.
La question linguistique est la clé qui va permettre aux gens de réaliser que le bilinguisme égalitaire idyllique promu au Canada est une fiction et agit tel un anesthésiant.
A cette fiction, il faut opposer des données. Des faits. Chiffrés.
Il faut cesser de se fier aux beaux discours et il faut surveiller où va l’argent.
Par exemple, le gouvernement de la CAQ vient de déposer un projet de loi sur la langue. Un projet de loi supposément « costaud ». Il mène actuellement une campagne médiatique de service après-vente pour essayer de nous convaincre que ce projet est bel et bien « costaud ».
Manque de pot : dans un récent sondage, seuls 31% des répondants pensaient que le projet de la CAQ serait efficace pour renverser le déclin de la langue française au Québec.
Pendant que la CAQ « spinne » son projet de loi 96, elle finance un agrandissement princier de plus de 100 millions de dollars à Dawson, pourtant déjà le plus gros et le plus riche cégep au Québec. Ceci alors que les besoins des cégeps en région sont criants.
La CAQ travaille aussi à faire don de l’ancien hôpital Royal Victoria, un bien public patrimonial et un site exceptionnel, à McGill, une corporation privée et un empire financier qui dispose déjà d’une fondation de 1,7 milliards de dollars et de biens immobiliers évalués à quelques 5 milliard de dollars. Le don du Royal Vic représente, à terme, un transfert de quelque 1 milliard de dollars en fonds publics à McGill. Aucun autre projet de revalorisation n’a été considéré pour le site.
Pendant ce temps, l’UQAM prévoit un déficit de 16 millions de dollars pour 2021-2022. Elle devra couper dans sa masse salariale et dans ses dépenses.
En éducation postsecondaire, l’État québécois récompense le fort et pénalise le faible.
En immigration, la CAQ refuse de fermer les collèges privés anglophones qui font miroiter à des immigrants Indiens potentiels un « fast track » pour l’immigration au Canada. Moyennant des frais d’études de 25 000$/an. En quelques années, nous sommes passés de 0 à quelques 15 000 Indiens qui étudient dans ces collèges privés. Et qui sont ensuite sélectionnés, en partie, comme immigrants par le Québec. En quelques années, le Québec a ainsi bousillé les mécanismes historiques de sélection des immigrants. Ces mécanismes sont pourtant ceux qui avaient permis de hausser significativement les substitutions linguistiques des allophones vers le français. Rappelons que c’est la politique d’immigration, avant tout, qui a permis de faire passer les substitutions linguistiques des allophones de 27% au début des années 70 à 55% vers le français en 2016.
Il faudrait que 90% des substitutions linguistiques des allophones se fassent vers le français pour qu’il y ait simplement une stabilité relative du poids démographique des francophones. Nous sommes loin du compte.
Il faudrait également que l’assimilation des francophones soit nulle. Mais l’assimilation des jeunes francophones a doublé entre 2006 et 2016. Sur l’île de Montréal, elle est maintenant de 6%.
Bref, pour comprendre ce qui se passe réellement, il importe de se fier aux faits et non pas aux belles paroles.
Où va l’argent?
Pourquoi les fonds publics québécois, notre argent, sert-il à nous minoriser chez nous?
C’est la question qu’il faut poser. Encore et encore.
« Follow the money », comme ils disent!
En suivant la piste de l’argent, nous arriverons peut-être, comme dans les contes des frères Grimm, à nous échapper du labyrinthe de notre minorisation.
Merci!

J’ai écrit un livre intitulé « Pourquoi la loi 101 est un échec » (Boréal, 2020) dans lequel j’analyse la situation des réseaux institutionnels public et parapublic anglophone et francophone au Québec. Pour effectuer cette analyse, j’ai utilisé le concept de « complétude institutionnelle ». Ce concept est à mon avis un prisme important pour analyser l’équité de financement des institutions francophones en milieu minoritaire ou même, au Québec, en milieu que l’on qualifie ordinairement de « majoritaire ».
1. La complétude institutionnelle
La notion de « complétude institutionnelle » trouve son origine dans les travaux du sociologue canadien d’origine fransaskoise Raymond Breton dans un article publié dans le American Journal of Sociology en 1964[1].
Une bonne définition de la complétude institutionnelle se trouve dans un article de Linda Cardinal et Rémi Léger, de la revue Politique et sociétés du 29 novembre 2017 : « Qu’est-ce que la complétude institutionnelle ? Simplement dit, la notion permet d’étudier les conditions de pérennisation des minorités ethnoculturelles et linguistiques, ce qui comprend les groupes issus de l’immigration tout comme les minorités historiques et nationales. De façon plus précise, le fait de détenir des institutions – une école, un hôpital, un journal ou un théâtre – est considéré comme une condition qui contribue à l’épanouissement des minorités. La notion de complétude institutionnelle comporte aussi une dimension politique indéniable, car ces institutions que possède la minorité doivent dans la mesure du possible être gérées par et pour cette dernière[2]. »
Raymond Breton a démontré que le niveau de complétude institutionnelle d’un groupe ethnique ou linguistique avait un impact direct sur sa capacité à se maintenir dans le temps et dans l’espace. Et donc, sur sa rapidité d’intégration-y compris linguistique- dans un groupe dominant environnant.
Quand deux groupes linguistiques sont présents sur le même territoire, chacun disposant de son réseau institutionnel propre, le groupe disposant du réseau institutionnel le plus étendu, le plus solide, parviendra à attirer des membres du groupe le plus faible à l’intérieur de son réseau. Ceci affecte directement la vitalité linguistique de ce dernier.
La notion de complétude institutionnelle a été mobilisée pour la première fois devant une cour canadienne dans le cadre de l’affaire de l’hôpital Montfort en Ontario. Rappelons qu’en 1996, la Commission de restructuration des services de santé de l’Ontario a annoncé la fermeture de l’hôpital Montfort, le seul hôpital universitaire de langue française à l’ouest du Québec. Raymond Breton est venu témoigner sur l’importance d’un hôpital comme Montfort sur la vitalité de la communauté francophone d’Ottawa.
La professeure Stéphanie Chouinard a analysé l’utilisation juridique de la notion de complétude institutionnelle et a trouvé que celle-ci a été mobilisée juridiquement dans sept causes en droit canadien depuis 1996.à« Les juges ont donc entériné l’importance de l’existence d’un large éventail d’institutions de la communauté afin de permettre à cette dernière de garantir sa pérennité – reprenant à la fois des arguments provenant de la complétude institutionnelle et de la vitalité ethnolinguistique. Les juges ont aussi accepté de reconnaître que les institutions de la minorité avaient un poids symbolique non négligeable pour la collectivité franco ontarienne. Au-delà des services de santé offerts, l’hôpital Montfort était considéré par la communauté comme une institution représentative de l’identité franco-ontarienne, et cet aspect avait aussi un impact sur la vitalité du groupe[3]. »
2. L’application de cette notion aux francophones du Québec
La complétude institutionnelle a été utilisée jusqu’à maintenant dans le cadre de l’étude de la vitalité des communautés francophones hors Québec.
Dans mon livre, Pourquoi la loi 101 est un échec, j’applique la notion de complétude institutionnelle à l’étude des francophones au Québec.
A mon avis, le principal problème avec la Loi sur les langues officielles est le concept artificiel de « double majorité » : la loi institue une majorité anglophone hors Québec et une majorité francophone au Québec. A chaque « majorité » est associée sa minorité : francophone hors Québec et anglophone au Québec.
Ce concept de « double majorité » n’a aucune réalité sociologique. Cela est manifeste quand on s’attarde au fait que les anglophones du Québec, qui constituent une minorité numériquement, assimilent en réalité environ la moitié des immigrants allophones qui s’installent au Québec. Les anglophones constituent, du point de vue de la langue maternelle, 8 % de la population du Québec mais assimilent la moitié des immigrants allophones qui s’installent au Québec. Les quelques 80% de francophones au Québec assimilent l’autre moitié. Il y a 10 fois plus de locuteurs de français au Québec que de locuteurs de l’anglais, cependant les substitutions linguistiques se font moitié-moitié vers chaque langue. Le rapport de force entre les langues au Québec est donc d’un facteur 10 en faveur de l’anglais.
Les anglophones du Québec ont la vitalité linguistique d’une majorité.
Dans les faits, la Loi sur les langues officielles entérine un bilinguisme compétitif et inégalitaire entre l’anglais et le français partout au Canada, incluant au Québec.
Depuis 2001, le poids relatif des francophones recule à grande vitesse au Québec tandis que celui des anglophones se maintient ou est même en progrès. Ceci est dû à la disproportion des substitutions linguistiques canalisées vers l’anglais au Québec; la moitié des substitutions des immigrants allophones alimente un groupe qui constitue seulement 8 % de la population.
La dynamique linguistique n’est pas régie par les frontières provinciales, mais par la frontière du pays.
Ce qui signifie ceci : il n’existe au Canada qu’une seule véritable majorité, qui est anglophone. Le Canada est un pays à majorité anglophone. Le concept de double majorité est faux et trompeur.
La loi sur les langues officielles devrait être fondée sur la reconnaissance de cette réalité. Cette loi devrait être asymétrique.
3. Le financement des universités au Québec
J’ai appliqué la notion de complétude institutionnelle pour étudier le financement des universités au Québec. Les universités, en tant que lieu de production et de transmission du savoir, constituent une institution clé pour ce qui est de la vitalité d’une communauté linguistique.
La dynamique actuelle des universités au Québec est marquée par un effritement relatif de la fréquentation des universités de langue française et une hausse de la fréquentation des universités de langue anglaise.
Les universités de langue anglaise McGill, Concordia et Bishop’s récoltent 30% des revenus globaux au Québec. Cela est 3,7 fois supérieur au poids démographique des anglophones au Québec. Les universités de langue anglaise sont en situation de surcomplétude institutionnelle. A contrario, les universités de langue française sont sous-financées relativement du poids démographique des francophones (70% pour 78% de la population). Cela pèse directement sur la vitalité linguistique du groupe francophone au Québec.
Le fonds de recherche fédéraux (CRSH, CRSNG, IRSC, Fondation canadienne pour l’innovation, Chaires de recherche du Canada), en particulier, sont canalisés massivement vers les universités de langue anglaise au Québec, qui reçoivent 38,4% de ces fonds, soit presque 5 fois le poids démographique des anglophones.
4. L’argent fédéral anglicise les institutions postsecondaires de langue française au Québec
Le gouvernement fédéral verse des fonds au Québec (de l’ordre de 50 millions de dollars par année) pour soutenir le développement de l’enseignement en « langue minoritaire » via l’Entente Canada-Québec (« Ottawa verse des millions pour des programmes d’enseignement en anglais au Québec », Le Devoir, 22 décembre 2020). Ces fonds sont actuellement dirigés pour angliciser l’offre de cours dans les cégeps et universités de langue française.
De plus, de l’argent fédéral est aussi versé à Dawson College via ce programme. Dawson est déjà le plus gros et le plus riche cégep au Québec. La disponibilité directe de fonds fédéraux constitue donc un avantage compétitif indu pour ce cégep.
Le programme devrait être entièrement revu.
5. Le système de santé
Le gouvernement fédéral finance divers programmes afin d’augmenter l’utilisation de l’anglais, qui est conçu comme une langue minoritaire, dans le réseau de la santé québécois. Le fédéral investit des millions chaque année dans un programme géré par McGill University « Anglais en santé » afin de former le personnel de la santé francophone pour qu’il offre des services en anglais. Ceci au mépris des dispositions de la Charte de la langue française, qui assure théoriquement du droit de « travailler en français ». Entre 2008 et 2013, McGill a ainsi formé 6224 travailleurs de la santé. McGill a reçu 32 millions de dollars du gouvernement fédéral pour ce programme.
De par son pouvoir de dépenser, le fédéral contrecarre les intentions de l’Assemblée nationale du Québec. Ceci au nom du concept frauduleux de double majorité, charpente intellectuelle de la Loi sur les langues officielles.
6. Le financement des universités hors Québec
J’ai aussi utilisé le concept de complétude institutionnelle pour analyser le financement des universités bilingues ou de langue française hors Québec. Par exemple, pour l’Ontario, approximativement 3% des revenus universitaires sont alloués aux programmes en français alors que les francophones constituent 4,7% de la population de l’Ontario (langue maternelle, recensement de 2016). Le sous-financement des francophones est donc de l’ordre de 40%. Ceci a des effets drastiques sur la vitalité linguistique des francophones. Une proportion importante des jeunes francophones (44%) en Ontario opte pour des études postsecondaires en anglais parce que le programme de leur choix n’est pas disponible en français[4].
En Alberta, le campus Saint-Jean reçoit 0,37% du budget destiné aux universités. Les francophones représentent 2% de la population de l’Alberta. Le sous-financement des institutions francophones est de l’ordre de 81% en Alberta!
Il y aurait lieu de dresser systématiquement le portrait de la complétude institutionnelle des institutions de langue française pour toutes les provinces du Canada. L’on trouverait que les institutions de langue française sont systématiquement sous-financées partout. Incluant au Québec.
Conclusion
Dans sa forme actuelle, la Loi sur les langues officielles a pour effet de soutenir la vitalité de l’anglais au Québec. Cette langue a pourtant déjà un rapport de force de 10 contre 1 face au français au Québec.
Le concept de double majorité, base de la loi, doit être abandonné en faveur d’une conception asymétrique.
L’argent investi pour soutenir le rayonnement de l’anglais au Québec devrait être versé aux institutions francophones hors Québec.
Les programmes de financement de la recherche au Québec doivent être revus pour incorporer l’idée de la complétude institutionnelle.
Il y aurait lieu de produire une étude exhaustive sur la complétude institutionnelle pour chaque groupe linguistique au Canada dans chaque province pour ce qui est des institutions d’éducation du primaire à l’universités et des institutions de santé.
[1] Raymond Breton, « Institutional Completeness of Ethnic Communities and the Personal Relations of Immigrants », AJS, Sep. 1964, Vol. 70, No.2, pp.193-205.
[2] Linda Cardinal et Rémi Léger, « La complétude institutionnelle en perspective », Politique et Sociétés, 29 novembre 2017 : https://www.erudit.org/fr/revues/ps/2017-v36-n3-ps03278/1042233ar/
[3] Stéphanie Chouinard, « Quand le droit linguistique parle de sciences sociales : l’intégration de la notion de complétude institutionnelle dans la jurisprudence canadienne », Revue de droit linguistique, Vol. 3, 2016 : https://www.droitslinguistiques.ca/images/stories/Revue/2016/Stephanie_C…
[4] André Samson et al., « L’identité langagière et les transitions scolaires en milieu minoritaire », Éducation et vie au travail, 2016, https://www.researchgate.net/publication/308704145_L‘identite_langagiere_et_les