Le ministre fédéral unilingue anglophone de l’immigration, Sean Fraser, publiait, juste à temps pour la St-Valentin, le plan d’immigration du gouvernement de Justin Trudeau pour 2022-2024. Ce plan est de hausser, encore une fois, les volumes d’immigration, qui passeront de 184 606 personnes en 2020 à 431 000 nouveaux résidents permanents en 2022 et 451 000 en 2024.
Ottawa souhaite admettre 1,33 million de nouveaux immigrants permanents en seulement trois ans. Il s’agit d’une hausse de 80% par rapport aux seuils d’immigration qui avaient cours avant la prise du pouvoir par le Parti libéral du Canada en 2015. Au prorata de la population, le Canada est déjà l’un des pays occidentaux qui accueille le plus d’immigrants.
Et ces chiffres ne valent que pour les immigrants permanents, soit ceux qui obtiennent la résidence permanente. Parallèlement à cette hausse constante et soutenue de l’immigration permanente, nous assistons en parallèle à une hausse vertigineuse de l’immigration temporaire, c’est-à-dire du nombre de personnes accueillies au Canada avec un permis d’études ou de travail temporaire. Le nombre de travailleurs étrangers détenteurs d’un permis de travail temporaire est passé de 66 600 en 2000 à 429 000 en 2018, soit une augmentation de 544% en 18 ans. Ces travailleurs temporaires obtiennent de plus en plus, éventuellement, leur résidence permanente (à hauteur de 50%). L’immigration « temporaire » est donc souvent de l’immigration permanente déguisée. A ces travailleurs temporaires, il faut rajouter les étudiants internationaux, dont le nombre augmente exponentiellement; en 2020, nous en étions à 530 540 étudiants internationaux au Canada. Au 1er janvier 2020, en combinant ces deux catégories temporaires, il y avait 1,3 million d’immigrants temporaires au Canada.
Pour estimer le volume global et l’impact de la migration, il faut additionner les permanents aux temporaires. En plus de 431 000 immigrants permanents en 2022, il faut donc rajouter environ 1,3 million d’immigrants temporaires, ce qui donne le chiffre de 1,73 million d’immigrants pour 2022, soit environ 4,7% de la population totale du Canada.
L’arrivée d’un aussi grand nombre d’immigrants en si peu de temps a plusieurs conséquences néfastes pour le Québec. L’immigration est d’abord la cause directe du recul accéléré du français auquel on assiste depuis 15 ans. Mais elle a aussi pour effet d’exacerber la crise du logement, la hausse du volume d’immigration étant directement responsable de la hausse débridée des prix de l’immobilier au Canada. La crise du logement, bien sûr, frappe d’abord les plus pauvres, ce qui inclut souvent les nouveaux arrivants. Mais cela ne semble pas émouvoir outre mesure le Parti libéral.
En faisant de l’immigration temporaire la voie d’accès royale vers la résidence permanente depuis 2014, Ottawa a modifié unilatéralement le système d’immigration et a dépouillé le Québec d’une bonne partie de ses pouvoirs en immigration. Pourquoi? Parce que le Québec n’a aucun pouvoir de sélection sur l’immigration temporaire, de plus en plus importante numériquement parlant, et qui relève strictement d’Ottawa. Le pouvoir de sélection des immigrants a ainsi glissé, indirectement, de Québec vers Ottawa.
Les premiers chiffres publiés du recensement 2021 indiquent que le poids relatif du Québec au Canada a baissé pour un 11 ième recensement consécutif, passant de 28,9% en 1966 en 23% en 2021. Avec la hausse des seuils, la baisse de ce poids va s’accélérer. Pour le contrecarrer, Québec devrait accepter environ 103 730 immigrants permanents par année à partir de 2024, soit plus du double des seuils actuels, seuils qui sont déjà en train de conduire à l’effondrement du français dans toute la région métropolitaine de Montréal. Pour le Québec français, la question de l’immigration est donc un piège parfait; pile il perd et face le Canada gagne. L’avenir réservé au Québec dans le Canada, c’est la noyade démographique.
Statistique Canada a publié en 2017 une étude de projections démolinguistiques qui annonçait un effondrement du poids démographique des francophones au Québec à l’horizon 2036. La proportion de francophones au Québec passerait, selon ces projections, de 78,9% en 2011 à 69% en 2036, une chute de 9,9 points. Il s’agit d’un effondrement sans précédent dans toute l’histoire du Québec.
Cette projection de 69% était calculée avec un scénario « immigration forte » qui correspondait, grosso modo, à 350 000 immigrants permanents par année au Canada. Or, la hausse des niveaux d’immigration à 451 000 signifie que le 69%, loin d’être un chiffre « plancher », est maintenant un chiffre « plafond »; la proportion réelle des francophones au Québec en 2036 sera très certainement en bas de ce chiffre.
Ceci sera vrai même si le Québec ne hausse pas son seuil d’immigrants permanents actuel de 50 000 par année (note : le Québec n’a pas ce pouvoir et doit suivre les seuils fédéraux selon l’Entente Canada-Québec). Pourquoi? Parce que le Québec n’a aucun contrôle sur la migration interprovinciale. Le solde de cette migration est devenu positif en 2020 pour la première fois depuis 1961. Il est probable que l’anglicisation accélérée de la région métropolitaine fait en sorte que de nombreux canadiens peuvent maintenant vivre en anglais à Montréal comme s’ils étaient à Toronto et ce, à moindre coût. A Montréal, le fait français ressemble de plus en plus à un résidu historique appelé à se dissoudre dans le grand tout canadien. Le projet de loi 96, qui évite soigneusement toute mesure structurante, ne changera rien à cet état de fait.
Le portrait global qui se dégage est celui-ci : si Ottawa avait un plan méthodique, systématique, afin de liquider une fois pour toutes le Québec français, ce plan ressemblerait probablement à ce que l’on voit se dérouler sous nos yeux.
Il va falloir que le gouvernement du Québec se réveille. Et vite.
Notes d’allocution lors de mon passage devant le comité des langues officielles à Ottawa
Préambule
Depuis une quinzaine d’années, une dynamique linguistique inédite s’est mise en place au Québec. Depuis 1871, le poids démographique des francophones au Québec n’était jamais descendu sous les 80 %. Il est maintenant de 78 %, après avoir chuté de 3,4 points en quinze ans: un record. Il baisse aussi du côté de la langue parlée à la maison, presque aussi rapidement. Les projections démolinguistiques effectuées par Statistique Canada indiquent que le poids relatif du groupe francophone va continuer à baisser pour tout l’avenir prévisible1.
Pour arrêter la chute du français au Québec, il faudra faire des changements fondamentaux dans la Loi sur les Langues officielles.
La Loi sur les langues officielles
La Loi sur les langues officielles (LLO) a été adoptée de 1969. Son objet est :
a) « d’assurer le respect du français et de l’anglais à titre de langues officielles du Canada, leur égalité de statut »
et
b) d’appuyer le développement des minorités francophones et anglophones et, d’une façon générale, de favoriser, au sein de la société canadienne, la progression vers l’égalité de statut et d’usage du français et de l’anglais2.
Le principe de personnalité
La LLO a déclaré l’anglais et le français comme langues officielles et a mis ces deux langues sur un pied d’égalité strictement juridique, sans, cependant, tenir compte de la réalité sociologique de l’anglais et du français au Canada. Une réalité qui est fondée, en réalité, sur un rapport de force démographique. Ce rapport de force fait en sorte que l’anglais est la langue dominante partout au Canada, même au Québec. Le Livre I du rapport de la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme indiquait que, selon le recensement de 1961, l’anglais assimilait presque neuf fois plus, relativement, que le français au Canada. L’anglais avait donc, déjà, une vitalité bien supérieure à celle du français3. La LLO, adoptée par le gouvernement de Pierre Elliott Trudeau, n’a pas tenu compte de cette réalité élémentaire.
Au Québec, les anglophones assimilent environ la moitié des immigrants allophones alors qu’ils ne représentent que 8,1% de la population selon le recensement de 2016. Ce qui signifie que, à proportion égale, le groupe anglophone a un pouvoir d’assimilation dix fois supérieur au groupe francophone au Québec.
Il ne règne donc pas, comme veut nous le faire croire la Loi sur les langues officielles, une situation de bilinguisme égalitaire au Québec. C’est plutôt une situation de bilinguisme inégalitaire (ou compétitif) qui prévaut. Dans un tel contexte, où les droits individuels dominent les droits collectifs, les langues sont en compétition comme vecteurs d’assimilation.
Dans la LLO, la langue est conçue comme le résultat d’un choix, d’une préférence d’un individu: c’est le principe de personnalité. Celui-ci était, et est toujours, bien sûr, une proposition insensée: la langue n’est pas une caractéristique individuelle, c’est un moyen d’échange avec les autres; elle est par définition collective.
Rappelons que la Charte de la langue française est basée, en partie, sur le principe de territorialité qui veut que sur un territoire donné, une seule langue serve de langue de convergence ou de langue commune. Il existe un conflit entre les approches fédérale et québécoise en matière d’aménagement linguistique.
Il est connu qu’une situation de bilinguisme compétitif entre langues possédant des statuts inégaux comme celle que subit le Québec est instable et entraîne le plus souvent la disparition de la langue possédant le statut le plus faible.
Le « principe de personnalité » doit être abandonné si on souhaite réellement atteindre à l’égalité réelle entre le français et l’anglais. La LLO devrait considérer et reconnaitre que le Québec est une province de langue française.
Cela aurait de nombreuse conséquences pratiques. Par exemple, un immigrant souhaitant obtenir la résidence permanente au Québec devrait démontrer sa connaissance du français (et non du français ou de l’anglais). Les fonctionnaires fédéraux au Québec devraient être tenus de travailler en français. La loi 101 devrait s’appliquer aux domaines de juridiction fédérale au Québec.
La double majorité ou la double minorité
Par un jeu de symétrie, la LLO institue une « double majorité » au Canada; les anglophones seraient majoritaires hors Québec tandis que les francophones seraient majoritaires au Québec. Cette double majorité est effective seulement si on considère que la dynamique linguistique est déterminée par les frontières provinciales. Or, ceci est faux; la dynamique linguistique est déterminée par le pays auquel appartient le Québec, c’est-à-dire le Canada.
La LLO s’attelle donc au développement de la minorité anglophone du Québec. Or, cette « minorité » n’est pas une minorité mais est en réalité partie intégrante de la majorité canadienne et en possède tous les attributs, dont la vitalité linguistique.
Il faut que la LLO abandonne le concept de double majorité.
Cela signifie abandonner les subventions visant à l’épanouissement de l’anglais au Québec, par exemple, les fonds attribués à l’Entente Canada-Québec relative à l’enseignement dans la langue de la minorité et à l’enseignement des langues secondes, fonds qui viennent rehausser le statut et la vitalité de l’anglais au Québec4.
Autres recommandations
La discrimination exercée contre les immigrants francophones par le ministère de l’immigration fédéral nuit aux efforts du Québec pour attirer des immigrants francophones ou francotropes qui s’intègreront bien au Québec français5. Le pouvoir de sélection de l’immigration temporaire (ce qui inclut les étudiants internationaux) devrait être transférée au Québec.
Les subventions versées par le fédéral aux universités du Québec défavorisent fortement les universités de langue française. Presque 40% des fonds versés par Ottawa au Québec sont attribués aux universités de langue anglaise6. Environ le tiers des fonds fédéraux est attribué à la seule McGill University. Dans l’attribution des fonds fédéraux, il existe une discrimination systémique exercée contre les universités de langue française. L’attribution des fonds fondés sur des critères de soi-disant « excellence » récompense les gagnants passés et pénalise les perdants passés. Ou, pour le dire autrement, récompense les universités qui sont déjà les plus riches, comme McGill. Des critères alternatifs, comme des critères relatifs à la langue d’enseignement doivent être introduits dans les programmes de subventions fédéraux afin d’attribuer une juste part aux universités de langue française (90%).
Entrevue avec Frédéric Lacroix, essayiste et chercheur indépendant. Auteur du livre Un «libre choix» ? : Cégeps anglais et étudiants internationaux. Explosion de plaintes à l’OQLF sur la qualité du français, annonce officielle du ministre fédéral de l’immigration en anglais uniquement, Québec renonce à agrandir le collège Dawson : les sujets linguistiques affluent dans les derniers jours. On en parle avec Frédéric Lacroix qui s’intéresse à la question linguistique depuis plus de vingt-cinq ans.
Décomposons ensemble ce stupéfiant graphique, élaboré par Frédéric Lacroix, auteur récemment de l’excellent ouvrage Un libre choix ?, sur la situation linguistique en éducation supérieure.
Immigration permanente. C’est la ligne pleine qui montre que, bon an mal an, avant la pandémie, entre 50 000 et 55 000 immigrants devenaient résidents au Québec. Tout le débat se concentre sur cette donnée des « seuils d’immigration ». Nous savons déjà qu’à ce niveau, le Québec reçoit davantage d’immigrants par habitant que les États-Unis, la France ou le Royaume-Uni, mais moins que l’Australie, l’Allemagne et le Canada. (La baisse de 2019 sera compensée par un rattrapage, à 70 000, cette année.)
Immigration temporaire. C’est la ligne en pointillé qui monte inexorablement et qui rend caduque — sans objet ou risible, au choix — le débat sur les seuils. Cette immigration, gérée par le fédéral, est constituée pour plus de moitié d’étudiants étrangers, le reste étant des travailleurs temporaires de tous les secteurs. Une partie d’entre eux deviendront des immigrants permanents (donc un jour comptés parmi les 55 000), mais le nombre de permis délivrés augmente sans cesse. Alors si vous pensiez que le Québec accueillait par an environ 55 000 personnes, vous sous-estimiez le nombre de 150 000.
En arrivant, le français ? No thanks !Sur le graphique, l’espace bleu représente la proportion de tous les immigrants qui déclarent connaître le français, l’espace rouge, ceux qui déclarent ne pas le connaître. En détail, la proportion des permanents qui avouent ne pas le maîtriser au point d’entrée est passée de 42 % en 2015 à presque 50 % en 2019. Cette donnée est assurément sous-évaluée, car chaque contrôle opéré a posteriori, par le vérificateur général ou les agents d’immigration, révèle qu’il y a toujours moins de français que ce qui est affiché. Chez les étudiants étrangers, l’ignorance du français est passée de 35 % en 2014 (44,5) à 43 % (45,2) en 2019. Parmi les travailleurs temporaires du programme de la mobilité internationale (ne parlons pas de la main-d’œuvre agricole, massivement hispanophone), 37 % déclaraient en 2019 ne pas connaître la langue de Molière et pour 40 % d’entre eux, on ne le sait pas ! Faut-il même croire ces chiffres ? Aucune preuve n’est requise. Plus largement, l’objectif du gouvernement Legault est de faire croître de 15 % le nombre de travailleurs temporaires d’ici 18 mois.
Une fois arrivés, toujours no thanks !Peut-être les étudiants étrangers tombent-ils amoureux du français, une fois plongés dans notre métropole francophone ? Une étude de Statistique Canada vient détremper nos espoirs et nous détromper : « Malgré leurs intentions initiales d’apprendre le français, la plupart des étudiants n’ont pas réellement amélioré leurs compétences linguistiques à cause de contraintes temporelles, d’un manque de motivation, ou parce qu’ils interagissent principalement avec des étudiants anglophones. »
L’impact sur Montréal. Le graphique indique les entrées annuelles, mais — sauf pour les étudiants étrangers — pas le nombre cumulatif. Pour faire simple, si on ne compte pour 2019 que ceux qui déclarent ne parler que l’anglais et qui sont à Montréal, au moins 26 500 jeunes étrangers alimentent l’anglicisation montréalaise. Ajoutons ceux qui ne parlent que l’anglais parmi les étudiants canadiens-anglais (5363), les cadres et professionnels temporaires (9300) et les immigrants permanents (8860), et cela fait 50 000 personnes. C’est l’équivalent de plus de deux fois la ville ontarienne de Brockville. Il s’agit de l’hypothèse basse. Comme l’écrit Frédéric Lacroix parlant des maisons d’éducation publiques et privées anglophones, la politique d’immigration temporaire canadienne est en train de créer, « centrée sur McGill, Dawson, Concordia, Matrix, Herzing, etc., une cité-État anglophone au cœur de Montréal ».
Mais le projet de loi 96 ? J’aimerais pouvoir dire que, face à cet afflux, le projet caquiste offrira un rempart. Mais on n’y trouve pas le début d’une tentative de correction. Le gouvernement Legault, qui autorise les agrandissements de Dawson et de McGill, ne prévoit rien pour réclamer, par exemple, une connaissance préalable du français dans la sélection des étudiants étrangers ou une obligation de formation en français pendant leur séjour. Pire : le PLQ, lui, nous avait habitués à fixer, pour l’immigration permanente, des cibles de connaissance du français qu’il échouait à atteindre. Le premier ministre Legault, ses ministres, son caucus n’ont même plus de cible. Ils observent ce déclin, cet engloutissement linguistique du centre-ville, en spectateurs désintéressés.
En entrevue au Journal de Montréal, le 9 janvier dernier, le ministre de l’Éducation Jean-François Roberge a affirmé qu’il n’était « pas nécessaire » d’étendre la loi 101 au cégep afin de protéger la langue française au Québec. Alors que la rumeur laissait entendre que M. Roberge serait partisan de la loi 101 au cégep, voilà que celui-ci sort plutôt pour torpiller cette dernière. Comme un ministre ne parle jamais en son propre nom, on comprend qu’il se faisait en fait le porte-parole officieux de M. Legault et visait à clouer le bec aux partisans du cégep français au sein du caucus de la CAQ.
Il vaut la peine de lire l’entrevue de M. Roberge au long afin de prendre la pleine mesure du monde parallèle, quand il est question du français, dans lequel se meut une partie du caucus de la CAQ. M. Roberge en profite en effet pour proférer au moins deux énormités :
1) « La solution, ça se passe au primaire et au secondaire. »
2) « Devant la piètre maîtrise de l’anglais de leurs enfants au sortir du secondaire, plusieurs parents dirigent leur progéniture vers les cégeps anglophones. »
Il est pour le moins surprenant que le ministre puisse affirmer tout bonnement que « la solution se passe au primaire et au secondaire » alors que cette solution, qui a été retenue par Camille Laurin et les concepteurs de la Charte de la langue française, est précisément celle qui est en vigueur depuis 1977 ! Si cette « solution » fonctionnait, on le saurait et tout le débat lancinant sur le cégep français qui dure depuis vingt ans n’aurait pas lieu !
Mais en affirmant que « la solution se passe au primaire et au secondaire », le ministre annonçait-il en fait de nouvelles mesures à l’école pour mieux ancrer les étudiants, francophones et allophones, dans la culture française ? Que nenni ! Il n’y a rien à l’horizon sur ce front et ce, depuis fort longtemps. Il faut en effet remonter à 2008 pour retrouver le dernier plan d’action gouvernemental en faveur du français au primaire et au secondaire.
Quant à l’affirmation que « les enfants ne maitriseraient pas l’anglais au sortir du secondaire », ici, il faut faire une pause pour déplorer une chose : alors que les Québécois sont en réalité un des peuples sinon le peuple non anglophone qui parle le plus et qui maitrise le mieux l’anglais au monde, l’idée de leur absence de maitrise de l’anglais court toujours.
En réalité, il y a eu dans les 15 dernières années une augmentation spectaculaire et sans précédent du niveau de bilinguisme des jeunes Québécois. Les données de Statistique Canada, par exemple, indiquent que le taux de bilinguisme anglais-français des jeunes québécois d’une même cohorte est passé de 28 % à 2006 (ils avaient de 5 à 17 ans) à 66 % en 2016 (ils avaient alors de 15 à 27 ans), soit une augmentation de 100 % en 10 ans. C’est au Québec que l’on retrouvait, et de très loin, la plus importante hausse de bilinguisme par cohorte sur une période de dix ans au Canada. De plus, le taux de bilinguisme au Québec est très étroitement corrélé à la scolarité; 61,3 % francophones détenteurs d’un DEC et 77,6 % des détenteurs d’un baccalauréat sont bilingues au Québec.
De plus, à Montréal, le taux de bilinguisme des francophones atteint 87,2 % chez les détenteurs d’un diplôme universitaire, un taux supérieur à celui des anglophones (84,2 %). Sur l’île de Montréal, les jeunes francophones sont plus bilingues que les jeunes anglophones depuis 2011. Mais jamais n’entend-t-on nos politiciens déplorer la « piètre » maitrise du français par les anglophones. Celle-ci ne semble pas non plus les pousser à vouloir s’inscrire au cégep français…
La rumeur qui continue à circuler sur la « piètre » maitrise de l’anglais des jeunes n’est que le reflet de l’antique sentiment d’infériorité des francophones face aux anglophones, sentiment qui est toujours bien ancré chez nos élites. Il est triste et même dramatique, cependant, que cette « fake news » soit colportée par le ministre de l’Éducation lui-même.
Avec la deuxième partie de son affirmation, à savoir que c’est la supposée « piètre » maitrise de l’anglais qui expliquerait la ruée des francophones et des allophones vers les cégeps anglais, M. Roberge inverse la causalité. Ce n’est pas la « piètre » maitrise de l’anglais qui incite les francophones à s’inscrire au cégep anglais, mais l’inverse. C’est plutôt la maitrise grandissante de l’anglais, et aussi, un ancrage culturel de plus en plus ténu au Québec français, qui oriente certains jeunes vers les cégeps (et universités) anglaises. Les jeunes ne s’inscrivent pas au cégep anglais dans une volonté « instrumentale » (pour apprendre l’anglais), mais dans une volonté intégrative (pour basculer d’un univers culturel de langue française à un univers culturel de langue anglaise). Sinon, en toute logique, on devrait assister depuis 15 ans à une chute des inscriptions dans les cégeps anglais au fur et à mesure que le taux de bilinguisme des jeunes francophones augmentait. Mais c’est l’inverse qui se produit.
Ce qu’une bonne partie de notre élite politique ne semble pas réaliser, c’est que nous avons changé d’époque et que les jeunes baignent aujourd’hui dans un univers culturel numérique qui est fortement anglophone et fortement anglicisant. Le bilinguisme chez les jeunes est maintenant rendu quasi-universel. Ceci contraste avec les générations passées qui, hors de Montréal, avaient généralement peu d’exposition à l’anglais. Certains, comme M. Legault par exemple, qui affirmait en pleine conférence de presse sur le PL96, le 13 mai 2021, qu’il aurait « dû aller au cégep en anglais » parce qu’ainsi il serait « meilleur en anglais », en ont visiblement gardé un sentiment d’infériorité face à cette langue.
En affirmant que les jeunes sont « piètres » en anglais, certains « baby-boomers » font fi de la réalité et projettent leur propre sentiment d’incompétence sur la génération qui monte. Mais la réalité des jeunes d’aujourd’hui n’est plus celle de ceux des années soixante-dix; elle est celle révélée, par exemple, dans un article du Devoir du 30 mars 2021, où des étudiantes d’une école de Québec, scolarisées en français dans la ville de Québec, affirmaient vouloir s’inscrire au cégep anglais parce qu’elles utilisaient déjà cette langue pour communiquer entres elles, consommaient quasi exclusivement de la culture dans cette langue, et voulaient « faire leur vie en anglais ». S’inscrire au cégep anglais aujourd’hui fait souvent partie d’une démarche d’assimilation linguistique et culturelle.
Sur la question linguistique, une bonne partie de la CAQ est dépassée et regarde dans le rétroviseur. Comme si cela nous donnait une bonne idée de ce qui s’en vient droit devant.
Et ce qui arrive vers nous à grands pas, c’est l’assimilation collective. Quand le déni cessera-t-il?
La première question à se poser, à mon avis, pour dégager une appréciation globale du projet de loi 96 (PL96), est celle de l’objectif ou des objectifs que poursuit ce projet de loi. Comme M. Simon Jolin-Barrette s’est lui-même placé sous le signe de l’héritage de Camille Laurin et de la « loi 101 » ou « Charte de la langue française » (« Charte ») en préparant son PL96, il semble légitime de faire un détour du côté de la Charte afin de prendre la mesure des objectifs et des ambitions du PL961. Quels étaient donc les objectifs de la Charte de la langue française de 1977 ?
Chaque année, juste à temps pour Noël, Le Journal de Québec nous fait part des émoluments dont les universités ont gratifié leur plus haut dirigeant au cours de l’année. On peut ainsi constater que le cadeau placé en dessous du sapin pour ceux-ci est un peu plus gros chaque année.
Ainsi, la rectrice de McGill University, Suzanne Fortier, a obtenu plus de 860 000 $ cette année. Au sommet du palmarès trône McGill, en deuxième place arrive l’Université de Montréal (442 961 $), et ensuite Concordia (426 129 $), l’Université Laval (339 351 $), Sherbrooke (333 843 $) et, à la toute fin, l’UQAM (235 000 $). Rappelons que le salaire médian d’un professeur à temps plein tourne autour de 130 000 $ (Statistique Canada).
Une augmentation de 300 %
La dernière étude sur le salaire des cadres dans les universités faisait état du fait que la masse salariale de ceux-ci avait augmenté de 300 % entre 1997 et 2009 (Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université FQPPU, 2013), soit 11 fois le taux d’inflation durant la même période.
Cette augmentation débridée serait due, selon la FQPPU, à une « bureaucratisation croissante des universités » et à un «laisser-aller» de la part de la conférence des recteurs (anciennement CREPUQ, maintenant BCI). Les salaires des recteurs des universités anglophones sont ceux qui augmentent le plus vite. Il y a donc un «laisser-aller» généralisé dans tout le réseau universitaire (à part du côté de l’université du Québec, dont les salaires sont plafonnés par le gouvernement) et celui-ci est particulièrement intense du côté anglophone.
Cette gabegie, faut-il pourtant le souligner, est soutenue et permise par les fonds publics, dont dépendent grandement les universités. Les recteurs ne sont pas des présidents de banques; la majorité des fonds dont ils disposent proviennent des contribuables.
Désorganisation de l’enseignement supérieur
Face à cela, la semaine passée, la ministre de l’Enseignement supérieur, Danielle McCann, s’est dite «impuissante». Ne nous y trompons pas; cette «impuissance» est le reflet du laisser-aller gouvernemental face aux universités et de la désorganisation du secteur de l’enseignement supérieur, que le Québec s’entête à considérer comme un «libre marché» à financer à coups de milliards de dollars au gré des projets de chacun, sans plan ni vision d’ensemble. https://fbe6e8834a53e0ffcbd23d1333ef5990.safeframe.googlesyndication.com/safeframe/1-0-38/html/container.html
Et de surcroit, un «libre marché» où la concurrence sévit aussi en fonction de la langue d’enseignement, un jeu inégalitaire où les universités anglophones sont favorisées par l’argent d’Ottawa, des étudiants internationaux, de la philanthropie privée et, aussi, il faut le dire, par un certain parti pris de Québec en faveur des anglophones, le don du Royal Victoria à McGill et l’agrandissement de Dawson constituant les démonstrations les plus récentes, et choquantes, de ce système à deux vitesses.
En 2013, par suite du «Printemps Érable», le rapport préparé par Lise Bissonnette et John R. Porter (« L’université québécoise: Préserver les fondements, engager des refondations ») affirmait que (p.50) : « Les deux vitesses se sont instaurées, sans qu’on fasse d’histoire, le long des lignes linguistiques les plus classiques qui soient au Québec. Vitesse de croisière pour les uns, ralenti pour les autres.» Et aussi (p.13): «Tout s’est passé depuis près de cinquante ans comme si l’État s’estimait étranger à la conception et à l’architecture d’un système que ses discours en forme de mantra disent pourtant essentiel au développement de la société qu’il gouverne» (p.13). Voilà qui résume tout.
Les salaires démesurés des recteurs ne sont que le reflet du désordre et du laxisme de Québec en enseignement supérieur. «L’impuissance» de la ministre est, en fait, sélective, choisie et volontaire. Cela doit cesser.
Frédéric Lacroix, Chercheur indépendant, chroniqueur et essayiste
On apprenait dernièrement qu’Ottawa refusait en très grand nombre (35 642 refus en moins de 2 ans), pour des motifs nébuleux, les étudiants africains qui se destinent à des études en français au Québec. Mais, en même temps, Ottawa accepte des dizaines de milliers d’Indiens qui viennent étudier en anglais au Québec. Les taux d’acceptation des étudiants originaires du même pays d’Afrique sont beaucoup plus élevés s’ils postulent dans un programme d’études en anglais hors-Québec que s’ils postulent dans un programme d’études en français au Québec.
Ceux qui veulent venir étudier en français au Québec sont clairement victimes de discrimination de la part du gouvernement canadien. Les tentatives d’assigner le blâme pour cet état de fait à un logiciel utilisé pour regrouper les données par les fonctionnaires fédéraux sont pitoyables. Car, en dernière analyse, les « biais » manifestés par le logiciel sont le résultat fidèle de la programmation qui en est faite.
Depuis 2014, Ottawa a complètement changé le système d’immigration et utilise maintenant les institutions d’enseignement supérieur (cégeps et universités) comme levier pour attirer des immigrants au Canada. Une bonne partie des étudiants internationaux convertissent donc maintenant leur statut d’immigrant de « temporaire » à « permanent » après la fin de leurs études. Pour ce faire, au Québec, Ottawa utilise en priorité les institutions d’enseignement de langue anglaise. Ce qui a pour effet de faire reculer à très grande échelle le français au Québec.
Don du Royal Victoria à McGill
Face à cela, le projet de loi 96 de la CAQ, qui ne touche pas à l’immigration et qui ne fait presque rien en enseignement supérieur, rate la coche. Pire, en donnant le Royal Victoria à McGill, le gouvernement de la CAQ collabore avec Ottawa en permettant à la discrimination exercée par le fédéral contre les francophones de se déployer encore plus. Il faut en effet comprendre que si seule McGill a les moyens financiers de reprendre le Royal Vic, c’est peut-être parce qu’Ottawa, entre autres, prive les institutions de langue française depuis des années de la présence de très lucratifs étudiants internationaux?
Le comportement du gouvernement du Québec qui, d’un côté, fait de grands discours sur la « fierté » et qui, de l’autre, consolide l’hégémonie anglaise en santé et en éducation supérieure à Montréal, nous ramène directement à une observation que l’on doit à l’écrivain Jean Bouthillette: « C’est dire que le dédoublement de la personnalité, en même temps qu’il attisait en nous le refus de l’Anglais, nous amenait non moins inconsciemment à le considérer comme un père nourricier sans lequel nous ne sommes ni ne pouvons rien; à fuir instinctivement un système qui nous dépouille jusqu’à l’âme tout en le considérant comme nôtre. Le refus se double donc d’un secret consentement à l’Anglais. C’est cette ambiguïté qui est à la source de l’opportunisme politique de notre « bourgeoisie » traditionnelle, qui fut-et est encore-à la
fois nationaliste et « collaboratrice », son instinct de survie lui commandant à la fois, pour se tenir en selle, de flatter le peuple par des slogans autonomistes et de rassurer l’Anglais en l’assurant de notre docilité. Le dédoublement de la personnalité a conduit tout naturellement au double jeu politique, caractéristique des peuples dominés. »
Ces mots, écrits il y a plus de 50 ans, n’ont pas pris une ride. Comme si la Révolution tranquille et la Charte de la langue française n’avaient eu aucun effet psychologique profond. Une bonne partie de notre élite politique fait toujours dans le « double jeu » et est aujourd’hui, comme avant, toujours profondément « colonisée ».
Frédéric Lacroix, Chercheur indépendant, chroniqueur et essayiste
En l’espace de quelques années, Frédéric Lacroix s’est imposé comme un des chercheurs les plus perspicaces et les plus écoutés quand vient le temps d’analyser la situation du français au Québec. Et depuis quelque temps, il nous met en garde contre le rôle des institutions d’enseignement supérieur dans l’anglicisation du Québec. Le problème est bien plus grave qu’il n’y paraît, comme il nous l’explique dans ce grand entretien qui analyse dans toutes ses dimensions le problème.
MBC: Que se passe-t-il avec les étudiants étrangers au Québec? Car à vous entendre depuis quelque temps, la situation semble alarmante.
FL: Le Devoir révélait, dans un article du 19 novembre dernier, qu’Ottawa refusait de plus en plus d’accorder des permis d’études temporaires à des étudiants francophones pourtant dûment acceptés par des institutions d’enseignement québécoises. Ces refus semblent cibler surtout les étudiants originaires d’Afrique, malgré des dossiers répondant à toutes les exigences. Ainsi, en moins de deux ans, Ottawa a refusé des permis à 35 642 étudiants originaires d’Afrique. Le taux de refus de permis au Québec par Ottawa oscille entre 61 et 52% dans les dernières années, soit de 15 à 20 points de plus que le taux moyen de refus ailleurs au Canada. Encore mieux: le taux de refus au Québec est plus élevé que celui qui est hors Québec pour des étudiants originaires des mêmes pays d’Afrique. Il est difficile d’éviter d’en arriver à la conclusion que ce que les services d’immigration canadiens n’aiment pas, c’est le fait que ces étudiants se destinent à des études en français au Québec.
Dans les dernières années, il y a eu un revirement spectaculaire dans la fréquentation des institutions d’enseignement québécoises par les étudiants étrangers. Alors qu’auparavant, la majorité des étudiants étrangers au collégial, par exemple, étaient inscrits dans les cégeps de langue française, c’est maintenant l’inverse: la majorité des étudiants étrangers sont inscrits dans les institutions de langue anglaise. Ce revirement majeur s’est produit en douce, sans faire de vagues, presque en cachette.
La figure suivante illustre l’évolution dans le temps de la proportion des étudiants internationaux qui sont inscrits dans un cégep de langue anglaise au Québec (source).
Face à ce revirement, l’absence de réaction du gouvernement du Québec est frappante. On se rappellera qu’à la suite des arrestations de certains dirigeants de collèges privés ou d’agences de recrutement d’étudiants étrangers indiens par l’UPAC en 2020, pour allégations de «stratagèmes de fraude» face au système d’immigration, la ministre responsable de l’Enseignement supérieur (MES), Danielle McCann, fut forcée de s’intéresser à la question. En juin 2021, elle a réagi au rapport d’enquête (qui est toujours en grande partie confidentiel) en mettant en place une série de «mesures» ciblant les collèges privés, mesures qu’il serait charitable de qualifier de «minimalistes». Par exemple, Mme McCann songeait, «possiblement», à intégrer des «notions» de français dans les parcours d’études des étudiants étrangers. Les timides solutions retenues par la ministre sont sans commune mesure avec l’ampleur des problèmes.
Car ce qu’il faut bien comprendre, comme le rapport d’enquête du MES l’a révélé, c’est que la grande majorité de ces étudiants sont au Québec non pas pour acquérir un diplôme, mais pour la première étape dans leur processus d’immigration au Canada. L’intérêt premier des étudiants «n’est pas les études», comme le dévoilait le rapport d’enquête. Voilà pourquoi ils acceptent de payer en moyenne 25 000$ afin d’obtenir une «Attestation d’études collégiales», ou AEC, sésame qui leur ouvre l’admissibilité aux programmes d’immigration permanents. Vingt-cinq mille dollars versés à un collège privé, c’est le prix d’entrée pour participer à la loterie de l’immigration canadienne.https://f3e86726cc32a596267d73d16ef082b0.safeframe.googlesyndication.com/safeframe/1-0-38/html/container.html
MBC: Quel est le lien entre les étudiants étrangers et l’immigration?
FL: L’information manquante dans ce dossier, celle qui n’a pas encore, à mon avis, percé la conscience collective, est le lien de plus en plus étroit entre le système d’immigration et le système d’enseignement supérieur.
Il faut savoir qu’Ottawa a opéré, depuis quelques années, une transformation radicale du système d’immigration canadien. En 2014, le gouvernement fédéral a lancé sa nouvelle stratégie en matière d’éducation internationale, stratégie qui visait à doubler le nombre d’étudiants étrangers au Canada d’ici 2022, en soulignant explicitement que ces étudiants étaient admissibles à la résidence permanente et constitueraient dans l’avenir une source importante de main-d’œuvre. En avril dernier, le ministre de l’Immigration fédéral a, en plus, ouvert 40 000 nouvelles places pour des immigrants permanents issus des institutions d’enseignement canadiennes.
Historiquement, le processus d’immigration était un processus en «une étape», c’est-à-dire que les immigrants, du moins les immigrants économiques, étaient sélectionnés directement à l’étranger sur la base de leur adéquation avec les besoins du pays. Ces besoins étaient exprimés à l’aide d’une grille de sélection accordant des points selon que l’immigrant possédait telle ou telle caractéristique (âge, niveau de scolarité, connaissance des langues, etc.).
Mais un processus en «deux étapes» concurrent a progressivement été mis en place. La première phase de celui-ci consiste dans la venue de l’immigrant à l’aide d’un statut temporaire (permis de travail ou permis d’études); une fois un diplôme ou une expérience de travail acquis, il peut alors postuler pour un statut permanent à l’aide du Programme de l’expérience québécoise (PEQ), créé spécifiquement par Québec pour répondre à cet objectif d’Ottawa. Si le Programme régulier des travailleurs qualifiés existe toujours (il s’agit du volet de l’immigration dite «économique»), son importance relative dans les dernières années n’a cessé de décroître. On estime qu’environ 50% des immigrants permanents au Canada sont maintenant issus de la filière de l’immigration temporaire. Et cette proportion est en augmentation rapide. Les collèges et les universités, même au Québec, ont donc été intégrés au système d’immigration canadien; ils forment le premier maillon du système d’immigration canadien. Ce rôle qui leur a été assigné par Ottawa leur est très lucratif; on estime qu’aujourd’hui, les universités récoltent plus d’argent de la part des étudiants internationaux que de celle des gouvernements provinciaux. Les universités sont donc, à l’aide d’Ottawa, en train de s’autonomiser, dépendent de moins en moins des gouvernements «provinciaux», et de plus en plus des programmes gérés par Ottawa. Dans les faits, indirectement, le fédéral est en train de prendre progressivement le contrôle du réseau postsecondaire.
Cela est aussi vrai au Québec, et surtout pour les institutions d’enseignement de langue anglaise. Ce sont les institutions offrant des programmes en anglais, majoritairement, qui profitent de la manne des étudiants étrangers. Cela explique pourquoi tout le réseau universitaire de langue française est en train de s’angliciser à grande vitesse; il s’agit de tenter de compétitionner avec McGill, Concordia et Bishop’s en tentant d’attirer une part de la manne des étudiants étrangers. À HEC, par exemple, le succès des programmes en anglais est tel que les programmes en français sont en perte de vitesse et sont menacés, si le déclin se poursuit, de fermeture. Les étudiants étrangers qui viennent faire un MBA à HEC peuvent payer jusqu’à 40 000$ par année de frais de scolarité. Pour les universités de langue française, l’anglicisation est donc une décision rationnelle, une décision d’affaires. Refuser de le faire signifierait qu’on accepte un statut de deuxième rang face à McGill. Dans le naufrage actuel des institutions de langue française, Ottawa est le chef d’orchestre et Québec se contente de suivre la partition qui lui est dictée par le fédéral.
La mission des institutions d’enseignement de langue anglaise, premièrement, mais aussi celle des institutions de langue française au Québec ont donc, dans les dernières années, été détournées. Ces institutions ont été intégrées dans la nouvelle stratégie canadienne d’immigration.
Ce qu’il faut savoir aussi, c’est que l’immigration temporaire est entièrement contrôlée par le fédéral; si le Québec possède un certain droit de sélection des immigrants permanents dans la catégorie «immigrants économiques», il n’en possède aucun dans la catégorie des immigrants temporaires, se contentant d’émettre des certificats d’acceptation du Québec (CAQ) aux immigrants admis par les cégeps et les universités. Qui plus est, ce sont les institutions d’enseignement de langue anglaise qui se retrouvent, indirectement, à sélectionner une bonne partie des futurs immigrants permanents au Québec; la première étape du processus pour l’immigrant potentiel est de se faire accepter comme étudiant dans un collège ou une université, par suite de quoi Québec émet (automatiquement et sans poser de questions, selon ce que l’on comprend) un CAQ et le fédéral délivre un permis d’études (ou non). C’est cette dernière étape qui pose problème au fédéral, comme l’a révélé LeDevoir – mais seulement pour les étudiants qui viennent étudier en français au Québec. Pour le dire simplement: une partie croissante de la sélection des immigrants au Québec est maintenant indirectement sous-traitée à McGill, à Concordia, à Matrix, etc.
Dans mon livre Un libre-choix? Cégeps anglais et étudiants internationaux : Détournement, anglicisation et fraude, je brosse le portrait de l’effet combiné de ce changement de la politique d’immigration avec l’obstination irraisonnée du gouvernement du Québec de maintenir à tout prix la doctrine du «libre-choix» de la langue d’enseignement au postsecondaire, libre-choix qui s’applique autant aux citoyens canadiens qu’aux futurs immigrants. L’effet du laisser-aller du Québec en immigration, combiné au maintien du libre-choix, est une anglicisation rapide de tout le système collégial et universitaire. Et par la bande, de toute la région de Montréal.
Il est à noter que les cégeps privés, qui constituent maintenant la principale porte d’entrée des immigrants anglophones au Québec, ont été exclus du projet de loi 96. Le traitement de faveur fait aux cégeps privés aura d’immenses conséquences sur l’avenir linguistique du Québec. À mon avis, cette voie d’accès à la citoyenneté canadienne au Québec devrait être simplement fermée, car elle ne sert aucunement les intérêts supérieurs du Québec. Le gouvernement du Québec en a le pouvoir. Il peut simplement retirer les permis de ces établissements. Ou refuser d’émettre des CAQ. Mais il refuse d’agir.
Pire, Québec accélère même le processus. C’est ainsi qu’il faut comprendre l’agrandissement de 100 millions promis à Dawson College et le don royal (une valeur de 700 à 1000 millions de dollars) de l’ancien hôpital Royal Victoria (un bien public) à McGill University (une corporation privée); un but de ces agrandissements est de permettre à ces institutions de langue anglaise d’accueillir encore plus de lucratifs étudiants internationaux, étudiants qui permettront à ces institutions de s’enrichir et de prendre éventuellement encore plus d’expansion. Notons que McGill University est pourtant, et de très loin, l’université la plus riche au Québec, avec 1,7 milliard de dollars dans sa fondation et des actifs immobiliers de près de 5 milliards de dollars. Québec s’apprête donc à faire un don gargantuesque à l’université la plus riche, et une université anglaise, pour lui permettre de consolider encore plus sa position de domination à Montréal. Cela est incompréhensible.
Ces étudiants, socialisés et intégrés au Québec anglais, seront ensuite sélectionnés par Québec comme immigrants permanents, pour peu qu’ils démontrent une «connaissance» minimale du français (une exigence du PEQ). Une fois admis, ils iront grossir les rangs de la communauté anglophone. Québec rompt ainsi avec la politique d’immigration historique qui cherchait à sélectionner des immigrants francophones qui allaient s’intégrer au Québec français. C’était cette politique, surtout, qui avait permis une amélioration des substitutions linguistiques des allophones vers le français. Ce que le changement de cap d’Ottawa et de Québec annonce pour l’avenir, c’est une accélération brutale du recul du français dans toute la région de Montréal.
Nous avons vu s’exprimer dans la personne du candidat Balarama Holness, aux dernières élections municipales, une volonté maintenant ouverte d’extraire Montréal du Québec français et d’en faire une région autonome à dominante anglophone. Et le gouvernement du Québec appuie sur l’accélérateur de cette tendance, qui prendra de l’importance dans les décennies à venir, au fur et à mesure que le poids démographique des francophones s’écroulera au Québec en général et dans la région de Montréal en particulier. On comprend très mal ici la logique d’un gouvernement qui se dit par ailleurs nationaliste.
MBC: Que faudrait-il faire? Y a-t-il des réformes envisageables pour renverser cette situation?
FL: Le changement du système d’immigration canadien signifie que la doctrine du «libre-choix» au postsecondaire, doctrine qui pouvait possiblement se justifier dans le passé, ne peut plus tenir. On ne peut pas utiliser les institutions d’enseignement pour angliciser les futurs immigrants et ensuite, prétendre les franciser en leur offrant des cours de français, même gratuits. Car l’intégration à la communauté anglophone est déjà réalisée et l’usage de l’anglais, fermement ancré. Demander une connaissance du français a posteriori ne suffira pas à changer cet état de fait. Car il faut savoir que c’est l’usage d’une langue, et non pas sa simple connaissance, qui détermine sa vitalité et son attractivité. Imposer l’usage de l’anglais dans les institutions d’enseignement a des effets infiniment plus structurants que de tenter d’imposer la connaissance du français par après. Le gouvernement du Québec semble ignorer la distinction fondamentale à faire entre «usage» et «connaissance».https://f3e86726cc32a596267d73d16ef082b0.safeframe.googlesyndication.com/safeframe/1-0-38/html/container.html
Il faut donc renoncer au libre-choix, doctrine qui a la même origine intellectuelle que la Loi sur les langues officielles fédérale, soit le bilinguisme compétitif. Le réseau postsecondaire de langue française ne pourra pas survivre si on lui impose de compétitionner avec le réseau de langue anglaise, car la compétition se fait à armes très inégales; d’un côté, les étudiants qui veulent étudier en anglais viennent souvent de pays plus riches que ceux qui viennent étudier en français, et de l’autre, les universités anglaises, comme McGill, sont plus riches. Quand on force l’UQAM (28,7 millions de dollars dans sa fondation) à compétitionner avec McGill (1700 millions dans sa fondation), on sait déjà qui va gagner.
Il faut aussi restructurer toute la politique d’immigration du Québec pour se dégager du virage imposé par le fédéral et tenter de revenir à la politique d’immigration historique du Québec, qui était de sélectionner préférentiellement des francophones ou des «francophonisables». Cela signifie que les étudiants qui obtiennent des diplômes de programmes en anglais au Québec ne doivent pas être admissibles au Programme de l’expérience québécoise ou au Programme régulier des travailleurs qualifiés. Si le Québec n’a aucun pouvoir de sélection face à l’immigration temporaire, il pourrait, par contre, selon les termes de l’Entente Canada-Québec, refuser d’accorder des CAQ automatiquement à quiconque est accepté par une institution anglaise. Il pourrait limiter le nombre de CAQ émis pour les programmes en anglais à 10% du total annuel, soit l’équivalent du poids démographique des anglophones.
Il faut aussi se pencher sur ce qui se passe du côté des travailleurs temporaires, dont le nombre augmente exponentiellement depuis des années. Il faudrait, à mon avis, refuser d’émettre des CAQ pour des travailleurs destinés à des entreprises dont la langue de travail est l’anglais (ce qui est très souvent le cas à Montréal). Car il est évident, les mêmes causes produisant les mêmes effets, que des travailleurs temporaires qui travaillent en anglais au Québec iront éventuellement grossir les rangs de la communauté anglophone une fois acceptés comme immigrants permanents.
Bref, même coincé dans le statut «provincial» qui est le sien, le Québec a une certaine marge de manœuvre pour tenter de redresser la situation. Il n’est pas condamné à l’impuissance.
Ce qui semble faire le plus cruellement défaut, c’est la volonté politique de changer les choses.
Mais M. Legault a entre ses mains ce qui est peut-être la dernière chance historique d’infléchir le destin qui est maintenant réservé au Québec français, soit la minorisation, le déclin et l’agonie culturelle.
Soit il saisit cette chance, soit les nationalistes, je dis bien les nationalistes, doivent, de toute urgence, travailler à une alternative politique.
En entrevue après le dépôt du projet de loi 96, le ministre Jolin-Barrette a clamé que son projet de loi allait permettre de « renverser » la tendance au recul du français au Québec et conduire à une hausse des substitutions linguistiques effectuées par les allophones vers le français de 55% (actuellement) à 90%. Ces deux affirmations, bien sûr, n’ont qu’un rapport ténu, évanescent et même inexistant avec la réalité.
Dans le cadre d’un colloque de l’Institut de recherche sur le Québec (IRQ), on m’a invité à présenter une conférence portant sur ce qu’il faudrait faire pour « sauver » le français au Québec. N’ayant pas la prétention de pouvoir répondre de façon totale à cette question, j’ai néanmoins accepté de brosser un tableau impressionniste des gestes qu’il faudrait poser pour être à la hauteur des circonstances historiques auxquelles nous faisons face.
Soulignons d’entrée de jeu que le recul du français au Québec est causé par des facteurs structurels fondamentaux : 1) la fin, il y a plus de 50 ans, de la surfécondité historique des francophones, fécondité qui est maintenant en-dessous du seuil de remplacement des générations, 2) le recul du « tamisage migratoire », c’est-à-dire du départ en surnombre, hors-Québec, des anglophones et des allophones anglicisés (fin des années 90) et 3) la très nette insuffisance des substitutions linguistiques que font les allophones vers le français. Le recul n’est donc pas conjoncturel et passager, il est structurel.
A ces trois facteurs majeurs, connus depuis longtemps, il faut maintenant en rajouter un quatrième : l’assimilation croissante des francophones à Montréal, dont le taux net a doublé entre 2001 et 2016. Ce que la conjonction de ces quatre facteurs signifie, c’est que le Québec français se trouve dans une crise totalement inédite à l’échelle historique; une crise profonde et existentielle. Si le Québec en a traversé plusieurs durant son histoire mouvementée, il a toujours pu compter sur sa surfécondité exceptionnelle pour pouvoir durer. Les stratégies défensives, de survivance, de repli, étaient alors probablement les plus rationnelles et les plus efficaces; le temps travaillait en notre faveur. Mais le principal moteur historique qui propulsait le Québec français, la surfécondité, est maintenant éteint. Le temps travaille maintenant contre nous. Les stratégies défensives, les seules qui soient profondément inscrites dans la psyché québécoise, sont maintenant frappées de stérilité. Pour survivre, il faudra impérativement que le Québec passe à l’offensive.
Une offensive qui devra avoir lieu sur plusieurs fronts à la fois. Pour arrêter et renverser le recul du français au Québec, il faudrait s’attaquer à chaque ressort ou mécanisme de ce recul. Ceux-ci sont : 1) un volume d’immigration excessif, 2) de faibles capacités d’intégration, 3) une cassure culturelle entre les « vieux » et les « jeunes » et 4) une faible fécondité.
L’immigration.
La question des seuils ou du volume d’immigration est incontournable. La vitalité d’une langue, c’est-à-dira sa capacité à conserver ses locuteurs ou à en recruter de nouveaux, tient à la fréquence des interactions qu’elle impose dans un endroit donné. Toute dilution de la proportion des locuteurs dans cet endroit, telle que celle causée par une présence accrue de locuteurs d’une langue tierce due à l’immigration, risque donc d’entrainer une baisse de la fréquence d’interaction et une baisse de la vitalité de cette langue. Ceci est particulièrement vrai dans une situation de bilinguisme compétitif telle qu’elle se présente dans la région de Montréal où le français a un statut et un prestige inférieur à celui de l’anglais. Toute immigration en excès de la « capacité d’intégration » entraine donc à la baisse la vitalité du français.
Or, quelle est cette « capacité d’intégration » du français au Québec? Aussi incroyable que cela puisse paraitre, nous n’en avons absolument aucune idée. Toute la politique d’immigration du Québec, pour ce qui est des seuils, est fondée sur l’arbitraire. Aucune étude n’a jamais cherché à déterminer, de manière rigoureuse, combien d’immigrants le Québec pouvait accepter sans remettre en cause son caractère français. Le chiffre de 50 000, qui constitue la cible actuelle du gouvernement, a été sorti, comme un lapin lors d’un tour de magie, d’un chapeau. Ou plutôt : il est le résultat de « consultations » où des lobbyistes de l’industrie de l’immigration et des chambres de commerce sont venus expliquer au gouvernement qu’il devait accepter plus d’immigrants, toujours plus, afin de maximiser les profits (à court terme) de certains secteurs de l’industrie (privée). Au diable le bien commun, le fait français et la capacité d’intégration.
Bref, dans le débat sur l’immigration, la question des seuils est centrale. Quel est le nombre approprié d’immigrants que le Québec français peut accueillir? On ne le sait pas. On sait seulement que le nombre actuel, qui entraine l’anglicisation de toute la région de Montréal, est tout à fait excessif. Dans l’état actuel des choses, il faut donc couper. Et de beaucoup.
L’intégration
La « capacité d’intégration » se réfère à la contrainte exercée par une langue pour générer des interactions dans un endroit donné. Cette capacité d’intégration sera élevée dans un lieu où règne la « loi du sol » c’est-à-dire si une seule langue sert de « langue commune » et de langue des institutions. Ceci est loin d’être le cas au Québec, surtout dans la région de Montréal, où règne plutôt le « bilinguisme compétitif », c’est-à-dire la compétition entre deux langues d’intégration.
Dans la région de Montréal, la capacité d’intégration du Québec français est faible. Elle est même inférieure à celle du Québec anglais. Pourquoi? Parce que l’anglais règne en maitre dans le secteur privé et dans une large partie du réseau institutionnel (hôpitaux, cégeps, universités). Il est donc impératif, si l’on souhaite augmenter la capacité d’intégration, d’augmenter la part relative occupée par le réseau institutionnel de langue française.
En clair, cela signifie qu’il faut restreindre le plus possible le bilinguisme de l’État québécois (ce qui est l’axe principal de l’actuel projet de loi 96), imposer la loi 101 au cégep (incluant les collèges privés) et au premier cycle universitaire, revoir les politiques de financement de la recherche pour favoriser la recherche en français, etc. Un Québec indépendant, débarrassé de la toxique Loi sur les langues officielles d’Ottawa, serait bien sûr un atout incontestable pour augmenter notre capacité d’intégration.
La culture
Les dernières données dont nous disposons (OQLF 2016) indiquent qu’un effondrement de la consommation culturelle en langue française est en cours chez les jeunes francophones. Ceux-ci « consomment » beaucoup moins de chansons, films, séries, etc. en français comparé à leurs ainés. Le profil de consommation culturel des jeunes est de plus en plus anglo-américain. Cela ne manquera pas d’avoir des conséquences titanesques à l’avenir.
L’acculturation est en effet la première étape dans la voie menant à l’assimilation linguistique. Pour redresser la barre, il faudra absolument diminuer la place énorme accordée à l’anglais à l’école primaire et secondaire, offrir le choix entre plusieurs « langues secondes », valoriser la culture québécoise à l’école (et partout), rendre notre culture accessible sur les plateformes numériques, etc.
La fécondité
La politique familiale du Québec (CPE, congés parentaux) a déjà permis au Québec d’augmenter légèrement son indice synthétique de fécondité. Il faudrait maintenant aller plus loin et mettre en place une politique nataliste explicite. Il est temps d’aborder cet enjeu. Cette politique devrait avoir pour but de tenter de combler l’écart important qui existe entre le nombre d’enfants moyens désirés par les femmes (2,0) et celui qu’elles ont réellement (environ 1,6).
Conclusion
L’actuel projet de loi 96 proposé par le gouvernement s’attaque, et bien faiblement, à un seul des quatre mécanismes de recul du français, soit le bilinguisme de l’état québécois. Il tente de restreindre celui-ci aux seuls « ayants-droits », soit à ceux qui ont accès à l’école anglaise publique selon les termes de la Charte de la langue française. Cette intention est louable, mais il reste à voir comment cela pourra se faire en réalité alors que le bilinguisme anglais-français est en train de s’universaliser chez les jeunes québécois et que ceux-ci, qui n’ont nullement connus les luttes linguistiques des années 60 et 70, sont souvent ravis de « pratiquer » leur anglais en toutes circonstances. Pour vraiment restreindre l’offre de services en anglais, il faudrait procéder comme le gouvernement fédéral et la territorialiser.
Il est clair cependant, que l’actuel projet de loi ne va nullement renverser le déclin du français au Québec. Il en faudra beaucoup plus.