Pourquoi la loi 101 au CÉGEP : conférence de Frédéric Lacroix

Pourquoi la loi 101 au CÉGEP : conférence de Frédéric Lacroix

Alors que le gouvernement du Québec propose le projet de loi 96, de nombreuses voix s’élèvent dans la société québécoise pour exiger que soit étendue la loi 101 au réseau des CÉGEPS.

Pour l’occasion, Frédéric Lacroix sera notre conférencier pour présenter les arguments en faveur de l’élargissement de la loi 101 au CÉGEP.

Frédéric Lacroix est chercheur indépendant, chroniqueur et essayiste. Il s’intéresse à la question linguistique depuis plus de vingt-cinq ans, en particulier à l’impact des institutions sur la vitalité linguistique. À ce sujet, il a reçu, en 2021, le Prix du livre politique de l’Assemblée nationale pour son livre « Pourquoi la loi 101 est un échec » (Boréal, 2020).

Quand : Mercredi 30 mars 2022 dès 18h30
Où : Local R-M130 au Pavillon des Sciences de la gestion de l’UQAM

Organisée par le Centre étudiant de recherche et d’action nationale (CÉRAN) de l’UQAM en collaboration avec Génération OUI, Embargo et le Mouvement des étudiants pour le français de l’UQAM.

Immigration et cégeps francophones

« À Montréal, au collégial, les immigrants versent du côté français ou du côté anglais en fonction d’une prédisposition qui est lié à leur origine et à leur langue maternelle. Les concepteurs de la Charte de la langue française pensaient que celle-ci aurait un effet d’entrainement. Mais ils se sont trompés, l’effet des clauses scolaire cesse dès la fin du secondaire 5. »

C’est un aveu d’échec que j’attendais depuis des années, s’exclame Frédéric Lacroix

Entrevue avec  Frédéric Lacroix, essayiste et chercheur indépendant. Auteur du livre « Un libre choix ? cégeps anglais et étudiants internationaux ».  Le projet de loi 96 propose d’obliger les étudiants de cégeps anglophones de suivre un minimum de trois cours donnés en français pour obtenir leur DEC. La fédération des cégeps estime que cela condamnerait des milliers d’étudiants anglophones à l’échec.

https://www.qub.ca/radio/balado/sophie-durocher?audio=1069068032

Fred Pellerin et Frédéric Lacroix reçoivent le prix Prestige Impératif français 2022

Afin de souligner la journée internationale de la Francophonie, le prix Prestige Impératif français 2022 a été décerné au conteur, scénariste, chanteur Fred Pellerin, et au chercheur, chroniqueur Frédéric Lacroix. Ces deux lauréats québécois sont honorés pour leur volonté de faire rayonner le français et sa culture aussi bien nationalement qu’internationalement.

En mettant en avant Fred Pellerin, l’organisme Impératif français veut souligner sa contribution aux arts de la scène du Québec. Depuis plus de 20 ans, M. Pellerin berce la francophonie tout entière avec ses spectacles de contes, tels qu’Il y a belle Lurette ou Un village en trois dés, tous inspirés de l’arrière-pays québécois.

Ce qui lui a d’ailleurs valu, en 2019, un doctorat honoris causa de l’Université du Québec à Trois-Rivières et quelques Félix au Gala de l’ADISQ.

« C’est un homme qui incarne le mieux le mot patrie. Patrie de la langue française, patrie de la culture. Et il s’appuie sur le féerique, le magique. Il crée un intérêt et dépasse les frontières du Québec pour rayonner partout dans le monde, mais encore plus au sein de la francophonie », a commenté Jean-Paul Perreault, président d’Impératif français.

Pour ce qui est de Frédéric Lacroix, l’organisme évoque sa remarquable contribution au débat sur la situation linguistique au Québec.

En 2020, il publie d’ailleurs un essai sur la situation du français au Québec nommé Pourquoi la Loi 101 est un échec. Un ouvrage qui lui a valu le Prix du livre politique de l’Assemblée nationale. Il enchaîne en 2021 avec Un libre-choix: cégeps anglais et étudiants internationaux,  un regard sur la question de la langue d’enseignement au niveau collégial, une situation de libre-choix qui selon les recherches de M. Lacroix conduit de plus en plus, à la fin du français comme langue commune à Montréal.

ARCHIVES LE DROIT, PATRICK WOODBURY

Des questions de fond qui méritent d’être soulignées, ajoute M. Perreault.

« On connaît tous la géographie et l’histoire du Québec, l’histoire de la francophonie nord-américaine. De voir qu’il y a chez nous, des chercheurs, des analystes qui prennent le temps d’examiner à la lumière des statistiques, qui prennent le temps d’examiner la situation de la culture dans la société québécoise, dans la francophonie canadienne et dans son cas la situation de la langue, ce genre d’expertise mérite d’être valorisé. »

Derrière le prix, un combat

En 47 ans d’existence, Impératif français qui est un organisme de défense et de promotion de la langue française, constate «avec effroi» l’américanisation de la société québécoise. Par conséquent, il voit en chacune de ces remises de prix une opportunité de faire valoir la culture et l’identité québécoise aux yeux du monde, affirme M. Perreault.

« Nous ne sommes pas là pour défendre le français. Nous sommes-là pour le voir avancer, le voir progresser. Voir davantage de création à rayonnement ici, à rayonnement extérieur ou international. De continuer à faire développer et à offrir au monde une des sociétés les plus évoluées de la planète. Nous voulons un Québec moderne et de penser qu’on a du plaisir de créer, d’offrir à l’humanité un endroit unique et différent qui s’appelle le Québec », déclare Jean-Pierre Perreault en guise de conclusion.

De la ségrégation scolaire

Le Mouvement école ensemble définit la ségrégation scolaire comme étant « la séparation des enfants dans des écoles ou des classes différentes, en fonction du revenu de leurs parents et/ou de leurs résultats scolaires ». Le Conseil supérieur de l’éducation (CSE) a fait un portrait accablant de cette ségrégation dans le système d’éducation québécois dans un rapport daté de 2016 (« Remettre le cap sur l’équité »). La conclusion était limpide : « L’école québécoise est la plus inégalitaire au pays ».

Rappelons que 32,3% des enfants fréquentant une école privée ont des parents gagnant 110 000 $ et plus par année alors que seulement 6,3 % de ceux-ci gagnent moins de 30 000 $ par an. En 2011-2012, les écoles privées bénéficiaient de plus de 500 millions de dollars de subventions annuelles de Québec et les dépenses totales par élève dans celles-ci étaient supérieures à celles des écoles publiques. En clair, cela signifie que les fonds publics financent en bonne partie un système qui bénéficie massivement aux plus riches. Comme ces « plus riches » sont aussi surreprésentés dans la classe politique, cela explique l’immobilisme sur ce dossier, malgré quelques belles paroles, depuis des décennies, cette classe politique n’osant pas, dans son ensemble, agir à l’encontre de ses intérêts et en faveur de l’égalité des chances.

Ce qui est fâchant avec les inégalités, c’est que celles-ci ne s’arrêtent pas aux portes des écoles primaires ou secondaires. Cette structuration des inégalités qui prend racine au primaire et au secondaire se déploie ensuite pleinement au collégial et à l’université, ce qui entraine des répercussions dans tout le parcours de vie de ceux qui ont la mauvaise idée de naitre dans une famille moins fortunée. Le coût social global des inégalités n’a jamais, à ma connaissance, été estimé. Il est sûrement, en termes de perte de productivité, d’incidence sur la santé physique et psychologique, en termes de rayonnement culturel, colossal. On sait qu’un salarié à temps plein gagnait en moyenne, en 2015, 46 000 $ avec un diplôme d’étude secondaire, 57 000 $ avec un diplôme d’études collégiales (DEC) et 79 000 $ avec un diplôme universitaire. Les répercussions du décrochage scolaire ou de la non-atteinte du plein potentiel d’une personne se paient donc une vie durant.

Les élèves inscrits au secteur régulier dans les écoles publiques ne sont que 37,3 % à se rendre au cégep alors que ce taux est de 89,2 % pour les élèves inscrits dans un programme sélectif au public et de 91,5 % pour ceux inscrits au privé. Ces taux conditionnent ensuite l’accès aux études universitaires. Un élève ayant suivi un programme sélectif au secondaire a près de six fois plus de chances de faire des études universitaires que ceux inscrits au régulier. Si l’élève est scolarisé au privé, ses chances d’entrer à l’université sont multipliées par neuf.

Il est intéressant de noter que l’attention des chercheurs dans ce domaine a surtout été concentrée sur l’école primaire et secondaire et que nous disposons de peu de données pour ce qui est de la ségrégation et de ses mécanismes au cégep, comme si celle-ci ne s’exerçait pas à ce niveau.

Un livre paru en 2020 – La réussite scolaire dans l’enseignement collégial québécois (PUL) – fournit des informations intéressantes pour comprendre la ségrégation qui règne au collégial en fonction du revenu et, surtout, en fonction de la langue. Ce livre, dont la rédaction a été assurée par Richard Guay (issu du milieu collégial privé) et financé par l’Association des collèges privés, se veut une critique du postulat de la CSE voulant qu’une plus grande mixité sociale augmente la réussite scolaire des plus faibles sans nuire aux performances des plus forts. La méthodologie utilisée dans ce livre a été vertement critiquée par d’autres chercheurs. Ce qui est intéressant dans ce livre, cependant, ce ne sont pas ses conclusions discutables en faveur du statu quo en éducation, mais ses données brutes qui viennent, paradoxalement, jeter un éclairage cru sur la ségrégation au collégial.

On apprend par exemple que le fait d’être inscrit au cégep anglais augmente de 29 % la probabilité (p. 48) d’obtenir le DEC selon la « durée prévue » (deux ans). Le fait d’être inscrit dans un cégep privé augmente cette même probabilité de 55 %! D’autres données regroupent la moyenne au secondaire, le revenu parental (estimé, ce ne sont pas des données directes malheureusement), la langue d’enseignement ainsi que le taux de diplomation en deux ans.

Les étudiants au cégep anglais ont, en moyenne, un revenu parental plus élevé de 7 900 $, une moyenne au secondaire plus élevée (de 1 point) et un taux de diplomation à deux ans plus élevé de 7,5 points comparativement aux étudiants des cégeps français. Ce qui est remarquable, c’est le fait que la domination des cégeps anglais est visible même pour des statistiques valant pour tout le Québec, et même si les cégeps anglais ne regroupent que 19 % de la clientèle globale. On imagine que le décalage entre les deux réseaux dans la région de Montréal doit être vertigineux (les données ne sont pas disponibles, hélas).

Quant aux étudiants des cégeps privés, leur revenu parental est supérieur de 11 900 $, leur moyenne au secondaire plus élevée de 2,8 points et leur taux de diplomation plus élevé de 22,8 points comparativement aux cégeps français publics. Ces données pour les cégeps privés ne sont pas segmentées selon la langue d’enseignement, ce qui mettrait encore plus en évidence, probablement, la domination des cégeps privés anglais sur les cégeps privés français.

Si on résume, on peut affirmer que la ségrégation qui règne au collégial reproduit celle régnant au secondaire avec un système privé dominant le système public d’une part, mais amplifiée par le fait que la langue d’enseignement joue le rôle de vecteur de ségrégation supplémentaire, avec les cégeps anglais dominant les cégeps français sur le plan de la moyenne au secondaire des élèves sélectionnés, du revenu parental et du taux de diplomation. Tout ça, dans le cas du public, assuré entièrement par les fonds publics.

Au primaire, au secondaire et au collégial, le système scolaire québécois est un système de reproduction des inégalités sociales. La CSE écrivait que le système d’éducation était construit de sorte que « les inégalités de traitement observées sont au bénéfice des plus favorisés », que ces inégalités « semblent s’accentuer » en fonction du niveau scolaire, qu’elles sont « inacceptables », « évitables » et que « ne rien faire, c’est prendre parti ».

En refusant la loi 101 au cégep, M. Legault prend donc parti en faveur de la ségrégation scolaire fondée sur la langue d’enseignement.

Cégep anglais et étudiants internationaux : Détournement et fraude

Les collèges privés ont été exemptés du projet de loi 96 visant la protection de la langue française. Pour le chercheur indépendant, Frédéric Lacroix, le maintien de l’idéologie du libre choix en enseignement supérieur ouvre la porte à toute sorte de stratagèmes de fraude en immigration. « Dans le naufrage actuel des institutions de langue française au Québec, Ottawa est le chef d’orchestre et Québec se contente de suivre la partition. »

La mise à mal des cégeps français

L’effritement et l’écrémage, quelles sont ces deux dynamiques qui se conjuguent pour mettre à mal les cégeps français ? À Montréal, environ la moitié des effectifs au préuniversitaire sont inscrits dans des cégeps anglais. Ces institutions sont de plus en plus fréquentées par des allophones et des francophones. Les anglophones y sont désormais minoritaires.

Courrier de Guy Rocher

Bonjour Frédéric Lacroix,

J’ai lu avec un grand intérêt le manuscrit de votre dernier ouvrage, que vous m’aviez envoyé.

Il est heureux que vous ayez accepté de faire ce travail, de mener ces recherches jusqu’à leur publication. Il en résulte un ouvrage à la fois engagé et savant. Il est engagé par les dénonciations que vous faites des législations et des décisions passées et présentes, qui fragilisent le statut du français au Québec, et annoncent un avenir encore plus inquiétant. Votre ouvrage est savant par sa rigueur intellectuelle et le soin que vous avez pris dans la recherche des données et dans leur présentation.  

Vous avez apporté une contribution percutante au débat actuel, dont il faudra tenir compte dans les décisions à  venir. C’est en tout cas ce que j’espère, touchant l’extension de la Loi 101 au cegep et les politiques d’immigration, à tout le moins. Ce gouvernement en aura-t-il le courage?

Je profite de l’occasion pour vous dite quelques mots de la Commission Parent. Ayant été alertés par des mémoires et certaines conversations sur l’anglicisation des enfants des immigrants, deux ou peut-être trois membres de la Commission proposèrent que, dans notre Rapport, nous recommandions au gouvernement de légiférer pour imposer l’école française aux enfants d’immigrants. Mais la majorité des commissaires s’y opposèrent fortement. Ce fut l’objet d’un vif débat au sein de la Commission. Mais il fut accepté finalement qu’au moins nous en parlerions. D’où les huit pages du Rapport qui en traitent (chapitre III,, section IV), le compromis entre nous étant de compter sur ce que vous appelez la «concurrence». Nous avions obtenu subrepticement les données de la CECM, qui prétendait ne pas en avoir, comme le prétendait la Commission scolaire protestante, sur les origines ethniques des élèves.   Cela nous permit de présenter le Tableau V, que nous trouvions convainquant et inquiétant.  

Mais ces huit pages, que nous croyions de la dynamite, n’ont attiré l’attention d’à peu près personne à l’époque. Nous étions pourtant à la veille de la crise de St-Léonard.

J’espère que vous allez bien et que vous continuez vos travaux de recherche.  

Très cordialement

Guy  Rocher

Le Québec s’anglicise. Pourquoi ?

Le Québec s’anglicise. Nous assistons à un recul rapide et historique. Pourquoi ? Pour plusieurs raisons. Découvrez l’analyse du chercheur indépendant Frédéric Lacroix. Pour contrer ce destin, nous devrons passer à l’action et pour ce faire, le projet de loi 96 est très loin de suffire. Il en faudra plus ! À commencer par l’application de la loi 101 au niveau collégial.

Niveaux d’immigration, la noyade

Le ministre fédéral unilingue anglophone de l’Immigration, Sean Fraser, publiait, juste à temps pour la Saint-Valentin, le plan d’immigration du gouvernement de Justin Trudeau pour 2022-2024. Ce plan est de hausser, encore une fois, les volumes d’immigration, qui passeront de 184 606 personnes en 2020 à 431 000 nouveaux résidents permanents en 2022 et à 451 000 en 2024.

Ottawa souhaite admettre 1,33 million de nouveaux immigrants permanents en seulement trois ans. Il s’agit d’une hausse de 80 % par rapport aux seuils d’immigration qui avaient cours avant la prise du pouvoir par le Parti libéral du Canada en 2015. Au prorata de la population, le Canada est déjà l’un des pays occidentaux qui accueillent le plus d’immigrants.

Immigration temporaire

Et ces chiffres ne valent que pour les immigrants permanents, soit ceux qui obtiennent la résidence permanente. Parallèlement à cette hausse constante et soutenue de l’immigration permanente, nous assistons à une hausse vertigineuse de l’immigration temporaire, c’est-à-dire du nombre de personnes accueillies au Canada avec un permis d’études ou de travail temporaire. Le nombre de travailleurs étrangers détenteurs d’un permis de travail temporaire est passé de 66 600 en 2000 à 429 000 en 2018, soit une augmentation de 544 % en 18 ans. Ces travailleurs temporaires obtiennent de plus en plus, à terme, leur résidence permanente (à hauteur de 50 %). L’immigration « temporaire » est donc souvent de l’immigration permanente déguisée. À ces travailleurs temporaires il faut ajouter les étudiants étrangers, dont le nombre augmente exponentiellement ; en 2020, nous en étions à 530 540 étudiants étrangers au Canada. Si on combine ces deux catégories temporaires, il y avait, au 1er janvier 2020, 1,3 million d’immigrants temporaires au Canada.

Pour estimer le volume global et l’incidence de la migration, il faut additionner les permanents aux temporaires. Aux 431 000 immigrants permanents en 2022 il faut donc ajouter environ 1,3 million d’immigrants temporaires, ce qui donne le chiffre de 1,73 million d’immigrants pour 2022, soit environ 4,7 % de la population totale du Canada.

Conséquences pour le Québec

L’arrivée d’un aussi grand nombre d’immigrants en si peu de temps a plusieurs conséquences néfastes pour le Québec. L’immigration est d’abord la cause directe du recul accéléré du français auquel on assiste depuis 15 ans. Mais elle a aussi pour effet d’exacerber la crise du logement, la hausse du volume d’immigration étant directement responsable de la hausse débridée du prix de l’immobilier au Canada. La crise du logement, bien sûr, frappe d’abord les plus pauvres, ce qui inclut souvent les nouveaux arrivants.

Mais cela ne semble pas émouvoir outre mesure le Parti libéral.

En faisant de l’immigration temporaire la voie d’accès royale vers la résidence permanente depuis 2014, Ottawa a modifié unilatéralement le système d’immigration et a dépouillé le Québec d’une bonne partie de ses pouvoirs en immigration. Pourquoi ? Parce que le Québec n’a aucun pouvoir de sélection sur l’immigration temporaire, de plus en plus importante numériquement parlant, et qui relève strictement d’Ottawa. Le pouvoir de sélection des immigrants a ainsi glissé, indirectement, de Québec vers Ottawa.

À cela, il faut ajouter la discrimination exercée par Ottawa contre les immigrants francophones qui souhaitent s’installer au Québec ou y étudier en français. Le ministère fédéral de l’Immigration sabote activement, de façon volontaire ou non, les efforts du Québec pour attirer des francophones.

Un piège parfait

Les premiers chiffres publiés du recensement 2021 indiquent que le poids relatif du Québec au Canada a baissé pour un 11e recensement d’affilée, passant de 28,9 % en 1966 en 23 % en 2021. Avec la hausse des seuils, la baisse de ce poids va s’accélérer. Pour le contrecarrer, Québec devrait accepter environ 103 730 immigrants permanents par année à partir de 2024, soit plus du double des seuils actuels, seuils qui sont déjà en train de conduire à l’effondrement du français dans toute la grande région de Montréal.

Pour le Québec français, la question de l’immigration est donc un piège parfait ; pile, il perd ; face, le Canada gagne. L’avenir réservé au Québec dans le Canada, c’est la noyade démographique.

En 2017, Statistique Canada a publié une étude de projections démolinguistiques, qui annonçait un effondrement du poids démographique des francophones au Québec à l’horizon de 2036. La proportion de francophones au Québec passerait, selon ces projections, de 78,9 % en 2011 à 69 % en 2036, une chute de 9,9 points. Il s’agit d’un effondrement sans précédent dans toute l’histoire du Québec.

Cette projection de 69 % était calculée avec un scénario « immigration forte » qui correspondait, grosso modo, à 350 000 immigrants permanents par année au Canada. Or, la hausse des niveaux d’immigration à 451 000 signifie que le chiffre de 69 %, loin d’être un « plancher », est maintenant un « plafond » ; la proportion réelle des francophones au Québec en 2036 sera très certainement en dessous de ce chiffre.

Cela sera vrai même si le Québec ne hausse pas son seuil d’immigrants permanents actuel de 50 000 par année (note : le Québec n’a pas ce pouvoir et doit suivre les seuils fédéraux selon l’Entente Canada-Québec). Pourquoi ? Parce que le Québec n’a aucun contrôle sur la migration interprovinciale. Le solde de cette migration est devenu positif en 2020 pour la première fois depuis 1961. Il est probable que l’anglicisation accélérée de la grande région de Montréal fait que de nombreux Canadiens peuvent maintenant y vivre en anglais comme s’ils étaient à Toronto, et ce, à moindre coût. À Montréal, le fait français ressemble de plus en plus à un résidu historique appelé à se dissoudre dans le grand tout canadien. Le projet de loi 96, qui évite soigneusement toute mesure structurante, ne changera rien à cet état de fait.

Le portrait global qui se dégage est celui-ci : si Ottawa avait un plan méthodique, systématique, afin de liquider une fois pour toutes le Québec français, ce plan ressemblerait probablement à ce que l’on voit se dérouler sous nos yeux.

Il va falloir que le gouvernement du Québec se réveille. Et vite.