Lettres: Une répugnante démission collective

Publié dans la section Idées du Devoir

Je suis déçu de la position qu’expose Le Devoir dans l’éditorial intitulé «Langues de travail» (13 juin 2006). J’attends de votre journal des analyses plus sérieuses et mieux documentées que ce qu’on peut retrouver dans The Gazette ou dans les journaux de Gesca.
L’éditorialiste Josée Boileau écrit que «le lien avec la mondialisation de l’économie est clair, et cette donne ne changera pas» en parlant de l’imposition de l’anglais comme langue de travail à Montréal. C’est faux. Le lien avec la mondialisation est très loin d’être clair. S’il l’était, comment pourrait-on expliquer la progression du français comme langue de travail au cours des 50 dernières années (de 0 % à 45 % environ à Montréal) alors que la «mondialisation» a fait sentir ses effets de plus en plus durement?

Pourquoi l’anglais est-il d’autant plus présent comme langue de travail que la concentration d’Anglo-Québécois dans la population est forte (maximale en Outaouais, forte à Montréal et presque inexistante à Québec)? Pourquoi cacher le fait que l’importance de l’anglais comme langue de travail est corrélée au poids des institutions des anglophones (50 % des investissements publics vont aux universités et aux hôpitaux anglais à Montréal)? Le nombre de postes exigeant l’anglais est proportionnel au niveau de ces investissements et dépasse de loin le pourcentage d’anglophones à Montréal.

Pourquoi cacher que d’autres pays, autrement plus mondialisés que le Québec au chapitre de la diversité des échanges économiques (la France, par exemple), travaillent massivement en français, hormis quelques exceptions notoires qui ne représentent que quelques fractions de pourcentage des travailleurs (Alcatel)?

Pourquoi cacher que l’importance inouïe de l’anglais au Québec est en fait le reflet de notre statut de nation dominée beaucoup plus que l’effet de la «mondialisation», terme sans substance qui ne sert qu’à cacher notre répugnante démission collective?

Pourquoi cacher que l’anglais est en fait imposé comme langue de travail à Montréal par les étudiants formés à nos frais à McGill, à Concordia et dans le vaste réseau des cégeps anglais et incapables de travailler en français? Pourquoi cacher que l’anglais est imposé chez Air Canada, CAE Electronics et Matrox à Montréal par des ingénieurs de McGill et des patrons américains et ontariens? Pourquoi cacher que, par exemple, dans une réunion avec 20 personnes chez Air Canada, tout le monde passe à l’anglais à l’arrivée de l’Anglo-Québécois, qui vit pourtant à Montréal depuis sa naissance?

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