Montée du « masculinisme » dans les écoles?

« Montée du discours masculiniste chez les ados » titrait le Journal de Québec le 2 avril 2025 en citant une étude provenant de la « Chaire de recherche du Canada en prévention de la radicalisation violente » à McGill University. Selon cet article, il « se passe quelque chose » dans les écoles et « des experts et profs constatent que la montée des discours masculinistes chez les ados est « un phénomène bien réel » dans plusieurs écoles secondaires du Québec ».

Comme je suis friand de toute donnée qui pourrait nous aider à comprendre mieux ce qui se passe dans nos écoles, je suis allé lire l’étude en question. Les deux études en fait, car le rapport de recherche cité dans l’article « La polarisation sociale dans les écoles secondaires : comment promouvoir le bien-être et réduire la violence chez les adolescent.e.s » publiée en octobre 2024, était précédé d’un autre rapport publié en septembre 2023. 

Mais la lecture de ces rapports de recherche a soulevé en moi plus de questions que de réponses n’ont été fournies. La validité des résultats présentés par toute étude de type « épidémiologique », où l’on cherche à mesurer des variables diffuses ou subjectives dépend entièrement de la rigueur de la méthodologie (échantillonnage, puissance statistique, validité du questionnaire, etc.) employée. Des études -reposant sur des associations statistiques- rapportant des résultats erronés sont monnaie courante en sciences biomédicales, par exemple, au point où la chose a été étudiée. Par exemple, John P.A. Ioannidis a publié en 2005 un article ayant eu un certain retentissement où il arguait que la « majorité » des études scientifiques étaient tout simplement, pour raisons de vices méthodologiques, fausses. Si ce papier a suscité un débat musclé, il est accepté qu’une proportion non négligeable (de 14 à 50%?) des études biomédicales sont erronées. Est-ce le cas de ces deux rapports de recherche? Impossible de le savoir, mais certains éléments laissent songeur.

Échantillon statistique

Par exemple, l’échantillon statistique utilisé est constitué d’élèves de 6 écoles montréalaises, autant francophones qu’anglophones. La moitié des élèves de l’échantillon provenaient d’écoles anglaises. Quel est le biais introduit par le fait de choisir la moitié d’élèves provenant d’écoles anglaises, soit d’écoles n’ayant pas du tout le même profil de clientèle que les écoles françaises? On ne le sait pas. Mais cet échantillon n’est guère représentatif de la moyenne des élèves québécois, ou même montréalais. L’échantillon, cependant, me semble assez volumineux pour offrir une puissance statistique intéressante (1183 élèves).

Questionnaires

Ces études tentent, à l’aide de questionnaires distribués aux élèves, de mesurer simultanément un grand nombre de variables relevant des attitudes liées à la violence, à l’extrême-droite, au climat en classe, à l’environnement, au masculinisme, au mouvement LGBTQ+ (qui inclut autant l’homosexualité que la question trans) ainsi que l’attitude à l’égard des « conflits dans le monde ». Cela fait beaucoup. On essaie de tout mesurer simultanément et, comme le temps manque, on limite le nombre de questions par sujet. Qui trop embrasse mal étreint; à vouloir tout mesurer d’un coup, on risque de mal cerner chaque sujet faute de questions assez nombreuses et précises.

Masculinisme

Ce qui laisse deux questions seulement, par exemple, pour le masculinisme :

a) « Les garçons devraient contrôler les personnes avec lesquelles leurs copines interagissent »

b) « Les filles disent souvent « non », uniquement parce qu’elles ne veulent pas que les hommes pensent qu’elles sont faciles ».

Si la première question me semble claire car il est question du contrôle des femmes par les hommes dans une relation amoureuse, la deuxième me semble plus ambiguë. Doit-on comprendre que les femmes n’auraient ou ne devraient pas avoir d’autonomie dans le désir? Ou doit-on plutôt comprendre qu’elles devraient projeter une image de « pudeur »? Ces interprétations différentes pourraient entrainer des réponses contradictoires. La proportion d’élèves qui répondent « d’accord » à la première question est de 19,2% et de 20,7% à la deuxième. Le taux de non réponse à cette deuxième question est de 9,1%, ce qui est passablement élevé et qui introduit évidemment un biais.

Quoi qu’il en soit, les proportions en « accord » sont relativement faibles et l’étude conclut d’ailleurs, justement, que « concernant le masculinisme, les résultats montrent un niveau relativement faible de masculinisme chez les participant.e.s, avec une moyenne de 3.52 (SD=1.84) sur une échelle allant de 2 à 10 » (p.24).

On rajoute (p.24) « néanmoins, 34 % des élèves sont en accord avec au moins un énoncé sur deux, un pourcentage non négligeable ». En sous-titre de l’article, le JdeQ choisit d’ailleurs de faire ressortir ce 34%, qui amalgame tous les élèves qui sont en accord avec une des questions sans nécessairement être d’accord avec l’autre. Mais seulement 10% (environ) des élèves étaient « d’accord » pour les deux questions. Voilà qui est déjà pas mal moins spectaculaire. Et qui n’est pas mentionné.

Les religions

La phrase suivante de l’étude (p.24), rapportée dans l’article du JdeQ a attiré mon attention : « Les participant.e.s d’obédience chrétienne et musulmane soutiennent plus l’idéologie masculiniste que ceux ou celles qui ne s’identifient pas à une religion ».

Notons la formulation; les élèves de religion chrétienne ET musulmane. Dans cette phrase, ces deux religions sont englobées en une seule variable. Au Québec, mettre les « religions » dans un seul sac pour clamer -souvent- qu’elles sont globalement toxiques est une figure convenue du discours public.

Quand on consulte les résultats de la régression multiple (p.52), l’on constate que les croyances religieuses sont bien liées à un degré plus élevé de masculinisme. Le coefficient de régression est, en ordre de force, plus important pour l’islam, les « autres religions » (non définies) et le christianisme. Dans cet ordre. Le fait d’être musulman est presque aussi étroitement corrélé au masculinisme que le fait d’être de genre « garçon » (notons l’usage de la théorie du genre dans cette étude). Est-ce significatif? On ne le sait.

Mais il est clair que le « masculinisme » que l’on cherche à mesurer ressemble étrangement à certaines conceptions de la femme provenant des religions monothéistes. Il n’est alors pas étonnant que l’islam, qui a une conception particulièrement rétrograde de la femme, arrive en tête de liste de la corrélation avec le masculinisme.

Plus loin dans l’étude, l’on constate aussi que l’islam est corrélé, de façon statistiquement significative, à « l’intention à la radicalisation violente » (p<0,05, p.54), mais ce résultat (alarmant?) n’est mis en exergue nulle part dans l’étude. Étrange alors que cette étude provient pourtant de la « Chaire de recherche du Canada en prévention de la radicalisation violente ».

Le nationalisme

Il y aurait plus à dire. D’autres questions me semblent être mal posées, ambiguës, ou véhiculent une forte charge idéologique. Par exemple, les variables « xénophobie » et « nationalisme » sont mesurées avec les questions : a) « Les étrangers ne devraient pas avoir le droit de vivre au Québec », b) « ça me fâche quand les gens ne sont pas fiers du Québec » et c) « Je détesterais voir plus d’enseignant.e.s et d’enfants d’immigrants au Québec » (Tableau 4, p.49). Par la première, par exemple, que veut-on dire par « étrangers »? Des sans-papiers? Des immigrants illégaux? Des gens qui n’appartiennent pas à notre groupe ethnique ou culturel? Cela n’est pas clair. Si l’on interprète la question a) comme signifiant « sans-papiers », plusieurs trouveront normal qu’ils n’aient pas le droit de vivre chez nous (c’est la loi, après tout). Si l’on l’interprète comme signifiant « hors de notre groupe ethnique », alors on pourrait, oui, parler d’une attitude xénophobe. Pour la question b), faut-il comprendre que le simple fait d’être « fier du Québec » serait un marqueur de xénophobie et de nationalisme? Voilà qui est particulier. Il est à noter que les « attitudes d’extrême-droite » sont tout bonnement amalgamées avec le « nationalisme ». Cette démonisation du nationalisme (Québécois, s’entend) est un choix idéologique qui en dit long sur le climat intellectuel dans lequel baigne les auteurs de l’étude.

Conclusion

Joannidis affirmait que « les résultats de recherche pourraient souvent n’être qu’une mesure des biais préexistants », autrement dit beaucoup d’études sont mal conçues et ne font que refléter les biais intrinsèques à leur méthodologie.

La charge idéologique forte de certains volets des questionnaires, les questions mal posées, ambiguës ou pas assez nombreuses limitent, à mon avis, la portée des conclusions des études dont il est question ici. Ce qui est malheureux.

Ce qui n’empêche cependant nullement le JdeQ de faire un texte alarmiste sur une soi-disant « montée » du masculinisme dans des écoles. Mais les études citées dans l’article ne disent pas ça.

On préfère donc, dans le sillon d’un série (de fiction!) Netflix sur le masculinisme, passer sous silence le fait que les études dont nous disposons indiquent que le degré de masculinisme mesuré est relativement faible dans 6 écoles montréalaises. Et on escamote le fait que ces études nous apprennent que seul l’islam est corrélé statistiquement à « l’intention à la radicalisation violente ».

Dans ces études, l’idéologie -le wokisme- contamine non seulement le choix des questions de recherche, mais également ce qui est rapporté. Et l’idéologie est l’antithèse d’une démarche scientifique rigoureuse.

La trahison de François Legault

En 2018, la Coalition Avenir Québec (CAQ) de François Legault a remporté les élections et remplacé le Parti Libéral du Québec (PLQ) en promettant essentiellement deux choses : la laïcité et la réduction de l’immigration. Ces promesses ont été tenues, en partie, avec la minimaliste Loi sur la laïcité de l’État en 2019 et la légère réduction temporaire des seuils d’immigration permanents en 2019 et 2020.

En 2022, M. Legault a semblé rempiler sur ses promesses en immigration en affirmant que « plus de 50 000 immigrants » c’était « suicidaire » et que cela allait nous mener à la « Louisianisation ». Cela lui prenait donc un « mandat fort ». Ces fortes paroles ont fonctionné et la CAQ a récolté 90 députés aux élections générales de 2022.

C’est à partir de ce point de départ et la réalité actuelle que l’on constate, avec consternation, à quel point l’écart entre les paroles de M. Legault en 2018 et 2022 et la réalité de 2025 est grand, énorme, abyssal.

Le bilan démographique du Québec vient d’être mis à jour pour 2024 sur le site de l’Institut de la Statistique du Québec. On y apprend qu’en 3 ans (2022, 2023 et 2024), le solde migratoire externe du Québec a été de 493 097 personnes. Un demi-million de nouveaux immigrants ou 5,7% de la population en immigrants en 3 ans seulement!

En 2018, alors que M. Legault promettait de réduire l’immigration (« en prendre moins, mais en prendre soin »), le solde migratoire était de 83 200. Celui-ci a doublé depuis lors!

Depuis la prise de pouvoir par la CAQ en 2018, la population du Québec a augmenté de 772 746 personnes, soit de 9,3%. Hausse due entièrement à l’immigration. En 7 années de pouvoir caquiste, le Québec a accueilli (ou subi?) pour 15 ans et demi d’immigration au rythme promis de 50 000/an. Dans les 3 dernières années, il a accueilli l’équivalent de 10 ans d’immigration. De tels chiffres donnent le tournis et se comparent au taux de croissance de certains états africains (aucun de ces états ne va bien…).

Aucun peuple au monde-et encore moins une province à la culture chancelante- ne peut accueillir de tels volumes d’étrangers sans voir ses services publics se dégrader, ses enfants devenir minoritaires dans les écoles, l’islam politique –porté par la démographie- devenir de plus en plus intolérant et conquérant et l’intégration s’enrayer ou se faire à rebours, de l’ancienne vers la « nouvelle » majorité en train de se constituer.

L’immigration des dernières années est à mon avis la plus grave catastrophe à avoir jamais frappée le Québec français.

C’est une submersion démographique, le plan Durham en action. Pour de vrai.

Une catastrophe qui signe à assez court terme la fin du Québec français, à moins d’un changement de cap aussi radical qu’immédiat. Ce qui se trame à Laval et dans d’autres banlieues de Montréal avec la noyade démographique des francophones qui a cours, prend et va prendre racine partout au Québec. A ce rythme, en 2030, le Québec aura accueilli 1 million de personnes supplémentaires et sa population dépassera le 10 million de personnes. Les « kebs » seront alors minoritaires probablement dans toute la grande région de Montréal et à Québec, du moins dans les classes d’âge les plus jeunes, celle qui forment l’avenir de la nation.

Et alors que l’immigration explose d’un côté, les finances publiques implosent de l’autre; il semble évident que l’immigration ne nous enrichisse nullement, contrairement à ce qui l’on nous a répété pendant des décennies.

Le manque de vision de M. Legault, son manque de courage, la gestion de mononcle colonisé de la CAQ (que l’on voit partout, en économie dans la filière batterie par exemple et pas seulement en immigration) nous mène collectivement à la plus grande catastrophe de l’histoire du Québec et à une forme de suicide collectif.

Jamais, je crois, l’on a pu voir un tel écart-abyssal- entre le discours (« nationaliste ») d’un premier ministre du Québec et la réalité du Québec de 2025. L’écart est tel que son discours est en fait une forme d’inversion de la réalité. Lorsque l’on rajoute à cela l’absence totale de réaction conséquente de M. Legault et sa soumission absolue à Ottawa, force est de conclure une chose : M. Legault nous a trahis. Tout simplement.

Celui-ci aurait pu, par exemple, en réaction au déluge d’immigrants temporaires, fermer les vannes de l’immigration permanente (au lieu de les ouvrir à 65 000/an au lieu des 50 000/an promis), il aurait pu organiser un référendum sur l’immigration pour créer un rapport de force et rapatrier ce pouvoir, il aurait pu refuser d’émettre les Certificats d’acceptation du Québec pour ces centaines de milliers de personnes, il aurait pu… en faire beaucoup. Mais M. Legault a choisi d’opérer à l’intérieur des paramètres mentaux définis et autorisés par Ottawa, paramètres qui assurent que le Québec perde systématiquement. Il s’agit là d’une forme d’aliénation que l’on nommait autrefois « être colonisé », terme toujours d’actualité, selon moi.

Comme l’écrivait René Lévesque en parlant de Jean-Jacques Bertrand, premier ministre sous l’Union nationale en 1969 : « L’homme est sincère – Il est pétri de ce bonententisme minoritaire qui, chez toutes les générations d’avant comme d’après 1867, a fini par donner à notre résignation de faibles les vertueuses apparences de la tolérance civilisée et du respect de la liberté. Que ce soit devenu, à Montréal surtout, la liberté du renard dans le poulailler, cela il ne le sent pas. Ou pas assez pour rompre chez lui ce conditionnement de toute une vie à la possession tranquille des vieilles vérités de la survivance prudente où, à force de ne rien risquer, on finit par risquer tout, pour faire cadeau inconsciemment de l’avenir du Québec à notre minorité de plus en plus dominante et assimilatrice ».

M. Legault doit partir. Il a causé assez de dommages.

« C’est la démographie, stupide! »

Le rapport d’enquête concernant la « Vérification des mesures prévues à la Loi sur la laicité de l’État » commandé par le ministre de l’Éducation suite à des plaintes pour non-respect de la Loi dans la foulée des révélations médiatiques sur l’école Bedford et d’autres écoles est maintenant disponible. Dix-sept écoles, situées dans toutes les régions du Québec (de Saguenay à Montréal en passant par Québec, la Rive-sud et Laval) ont été visées par l’enquête.

Pour quiconque évolue encore mentalement dans les années 90 et s’imagine que le Québec serait une société préservée des conséquences de l’immigration massive, la lecture de ce Rapport est une belle claque en pleine face. Voici, en vrac, des extraits du Rapport :

  1. Niqab (p. 14) : Des élèves d’écoles du Québec portent maintenant le voile intégral, le Niqab. Le personnel, mis face à ces symboles d’un islam ultra-rigoriste, renoncent à exiger de découvrir le visage pour identifier les élèves. Traduction : Le personnel des écoles a peur de certains élèves. Tout le monde est au courant des décapitations de professeurs par des islamistes qui ont eu lieu en France.
  2. Refus de répondre aux profs masculins (p.14) : « Il a également été porté à l’attention des vérificateurs, sans être corroboré par ces derniers, que certains enseignants masculins ne seraient pas en mesure d’échanger verbalement avec des élèves entièrement voilées, ces dernières ne répondant pas aux enseignants masculins qui les saluent. Ces élèves ne poseraient également aucune question en classe, et ce, malgré le fait que certaines d’entre elles éprouvent des difficultés scolaires »
  3. Restrictions pour les filles en éducation physique (p.15) : Les jeunes filles portant des tenues islamistes, on le comprend à mi-mot à la lecture du Rapport, sont dispensées ou « accommodées » en éducation physique.
  4. Confusion liée à la clause grand-père et à la portée trop restreinte de l’interdiction des signes religieux (p.18) : « Cela semble créer une certaine incompréhension au sein du réseau scolaire, auprès des parents et des citoyens. Alors que les enseignants sont visés par l’interdiction de porter un signe religieux dans leur fonction, les aides à la classe et les éducatrices en service de garde, qui sont également régulièrement en contact avec les élèves et en situation d’autorité avec ceux-ci, ne sont pas visées par cette disposition. Il en est de même pour tous les professionnels et autres intervenants présents dans les établissements d’enseignement ».
  5. Absences massives lors de fêtes religieuses musulmanes, chez les élèves comme chez les enseignants : (p.21) « en raison du nombre élevé de demandes de congés pour certaines fêtes religieuses, qui peut parfois représenter plus du quart du personnel enseignant, par exemple, il n’est pas toujours possible d’assurer ce service de qualité. Afin d’accommoder le plus grand nombre possible de personnes, certains établissements ont parfois recours à des suppléants qui se voient dans l’obligation d’offrir des activités alternatives, comme la projection d’un film, plutôt que le contenu du cours inscrit à l’horaire ». (p.29) « certaines classes voient plus de la moitié de leurs élèves être absents ».
  6. Imposition de nourriture « halal » à une partie ou à l’ensemble des élèves (p.26) : « Lors des activités sociales, par exemple, une fête en début ou en fin d’année scolaire, les directions d’établissement font le choix d’offrir un menu qui satisfera un maximum d’élèves et d’employés (allergies, halal, etc.) ».
  7. Changements dans l’enseignement et la dynamique de classe face à la pression de l’islamisme (p.27) : « les témoignages recueillis confirment qu’afin d’éviter de heurter certaines croyances religieuses ou culturelles, des ajustements sont faits par des directions d’établissement et certains enseignants dans le choix du matériel scolaire à utiliser. À titre d’exemple, des enseignants évitent de proposer des romans faisant état de relations amoureuses ou traitant de magie, de sorcellerie, etc. De plus, des sujets d’actualité ne sont pas abordés avec les élèves par certains enseignants, par exemple, le concept d’égalité entre les hommes et les femmes ou l’identité de genre ». (p.28) « certains élèves se bouchent les oreilles lorsque certains sujets sont abordés crée un climat où d’autres élèves, ayant des questionnements sur leur orientation sexuelle, par exemple, évitent de poser des questions ou se sentent mal à l’aise de le faire, de crainte d’être jugés ».
  8. Affaiblissement du français comme langue commune dans les murs de l’école (p.29) : « des membres du personnel conversent dans une autre langue que le français devant les élèves ».
  9. Impact du Ramadan sur les élèves (p.29) : « des établissements rapportent avoir dû s’interroger sur la pratique du jeûne par de jeunes élèves, parce que des signes de fatigue ou de l’inconfort étaient observés ».

Ce Rapport a le mérite de nous mettre face à une réalité que plusieurs ne veulent pas voir : non seulement nous avons importé l’islamisme, qui vient dans les bagages de l’islam (même si les deux ne se superposent pas entièrement), en choisissant comme critère presque exclusif de sélection des immigrants la connaissance du français et en faisant fi d’autres caractéristiques cruciales pour l’intégration, mais l’ampleur de l’immigration depuis une vingtaine d’années (1,46 million de personnes!) reconfigure complètement notre tissu social et nos écoles. Nous avons maintenant de nombreuses écoles publiques où la majorité des élèves sont issus de l’immigration et où une partie importante du personnel l’est également. Beaucoup d’écoles sont des moins en moins « multiculturelles » et de plus en plus « monoculturelles ». Les élèves de culture « canadienne-française » sont une espèce en voie de disparition partout dans le grand Montréal et dans d’autres villes (comme Québec).

Rappelons qu’en 2023, par exemple, 35% des élèves des écoles publiques étaient issus de l’immigration (1ère et 2ème génération). Ceux-ci sont majoritaires dans des dizaines d’écoles et cette tendance connait une accélération exponentielle. 37% des nouveaux-nés au Québec sont issus de l’immigration, une tendance qui s’accélère au point où l’on peut penser que la barre du 50% sera atteinte d’ici une petite quinzaine d’années. On a envie de s’écrier, en parodiant le conseiller économique de Bill Clinton en 1992, « c’est la démographie, stupide! ».

Le Rapport nous fait voir que des écoles publiques sont maintenant des « zones de non-droit », des « territoires perdus de la république », où plus un parent sain d’esprit ne voudra envoyer ses enfants. Cette dynamique, à mon avis, accélère la fuite vers l’école privée (même chose en France). Pire encore, ce que l’on voit avec « l’ajustement » des programmes d’études, l’imposition de la nourriture halal, le sexisme grandissant (pour ne pas mentionner l’homophobie), etc., c’est que des écoles publiques sont en train de devenir « sharia compatibles ». Derrière cela se profile, sans l’ombre d’un doute, l’activisme des Frères musulmans pour qui rendre la société sharia-compatible, en commençant par l’école, est la première étape sur la route qui mène au califat.

Si le Rapport fait des recommandations pertinentes (je rajouterais cependant à ces recommandations l’interdiction du port de signes religieux aux élèves) et que je salue le courage de M. Drainville de s’y attaquer, il ne faut pas oublier que toute tentative de simplement gérer les méfaits sans s’attaquer à la racine du problème est vouée à l’échec. Et le fond du problème est l’immigration massive et l’immigration chez nous d’un grand nombre d’islamistes (mais connaissant le français!).

Nous avons besoin, en plus d’une série de mesures renfonçant la laïcité et d’une politique de lutte contre les organisations Fréristes, surtout et de façon urgente, d’un moratoire complet sur l’immigration pour une période prolongée (en plus d’une refonte totale de notre politique migratoire) afin de cesser d’aggraver le problème.

De « maitres chez nous » à « minoritaires chez nous »!

Le 16 janvier dernier, l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) publiait un bilan démographique du Québec. Mais après quelques minces articles de journaux, le sujet a été aussitôt évacué de l’actualité. Et pourtant, cette question est à mon avis la grande question de notre époque, celle qui charpente toutes les autres. Elle mérite qu’on y revienne encore et encore. Vous me pardonnerez donc de le faire.

« Croissance »

Selon l’ISQ, entre le 1er juillet 2023 et le 1 er juillet 2024, la majorité des régions du Québec ont « enregistré leurs plus fortes croissances démographiques, voire la plus forte depuis que les données sont disponibles ». Rien que ça.

Cette croissance de la population, précise l’ISQ, repose quasi totalement sur l’immigration.

La figure 1 présente les taux de croissance des diverses régions du Québec pour 2020-2024.

Figure 1

En 2023-2024, la population du Québec dans son ensemble a augmenté de 2,3%, tandis qu’elle augmentait de 4,2% à Montréal.

 « Croissance » ne rime pas toujours avec « bonne nouvelle »

Même si ces chiffres, pour un œil non averti, ont l’air faibles, ils ne le sont nullement. Des taux de croissance aussi élevés, loins d’être une bonne nouvelle, constituent plutôt, selon moi, une véritable catastrophe.

Un des problèmes est que le terme « croissance » en lui-même est mélioratif. La « croissance », dans notre monde, ce serait toujours positif. Or, la croissance démographique, à des taux aussi élevés, ne me semble avoir rien de positif. Une croissance anarchique, désordonnée, incontrôlée, comme celle que l’on vit, n’entraine rien de bon. Au contraire.

Mettons les choses en perspective : quel sera le temps requis pour doubler la population avec un tel taux de croissance de 2,3%? 35 ans! C’est-à-dire qu’en 2060, la population du Québec, actuellement de 9,06 millions, passerait à 18,1 millions de personnes si ce taux de croissance était maintenu sur la période 2025-2060.

Et à 4,2% de croissance? Le temps de doublement sera de 17 ans seulement! En 2042, la population de Montréal passerait ainsi de 2,2 millions à 4,4 millions de personnes. Quelle sera la qualité de vie dans un Montréal à 4,4 millions de personnes? Quand on constate à quel point la qualité de vie a baissé à Montréal dans les vingt-cinq dernières années (du point de vue coût de la vie, transport, etc.), poser cette question, c’est déjà un peu y répondre.

Une population qui augmente d’autant, en aussi peu de temps, cela signifie, bien sûr, la consommation de plus de ressources en tout genre alors que nous sommes déjà en pénurie d’électricité, de logements, de nourriture, de lits d’hôpitaux, de places dans les écoles, etc.

Sommes-nous même capables de nourrir autant de monde alors que l’autosuffisance alimentaire du Québec a chuté de 75 à 35% au cours de 50 dernières années? Cette hausse de la population ne risque-t-elle pas de provoquer une grave inflation alimentaire (oups celle-ci sévit déjà…)?

Alors que la politique d’immigration imposée par les gouvernements du Québec et du Canada a pour résultat d’augmenter massivement la population, il est remarquable de constater que rien n’a été prévu en termes de logement, en alimentation, en énergie, etc., pour faire face aux conséquences de ces hausses. Il y a une absence totale de réflexion et de planification autour de l’enjeu de l’immigration, outre la simple question des seuils. C’est une preuve, à mon avis, que la politique d’immigration actuelle est entièrement idéologique et ne sert pas d’autres fins qu’elle-même (ainsi que les fins de ceux qui en tirent profit).

Pas surprenant que le PIB par habitant soit quasi-constant au Canada au cours des 10 dernières années.

Conséquence sociales

Si aucune planification des effets de l’immigration n’est faite pour le présent, la chose est encore plus vraie pour l’avenir. Que signifie une telle croissance de la population, reposant exclusivement sur l’immigration, pour l’avenir du Québec? Sur cette question, le vide intersidéral règne partout au gouvernement du Québec.

Une conséquence prévisible pour l’avenir est que la proportion de la population « non immigrante », à Montréal, sera probablement divisée d’un facteur 2 en 17 ans seulement. Au lieu d’être simplement minoritaires à Montréal comme actuellement, les francophones d’ascendance canadienne-française deviendront rapidement résiduels.

Alors que l’on nous a répété pendant des décennies que l’immigration était nécessaire pour combler la faible natalité des natifs, ce que l’on constate aujourd’hui, et de façon fulgurante, c’est que le volume d’immigration est si élevé qu’il ne sert pas à stabiliser les effectifs de la population, il provoque plutôt une croissance de population quasi sans précédent dans l’histoire du Québec. Et cette croissance signifie une dilution de la population native.

Nous n’avons plus simplement affaire à une immigration de remplacement (pour remplacer le déficit des naissances), mais à une immigration tellement forte qu’elle est en train de mener à la minorisation des natifs, des « non-immigrants ». L’immigration n’est plus un enrichissement, terme qui laisse entendre qu’elle s’ajouterait à et bonifierait ce qui existe déjà, mais est en train de submerger ce qui existe déjà. A ces niveaux, on pourrait qualifier d’immigration de submersion ou de dilution.

Par exemple, en 2023, 35,2% des élèves dans les écoles publiques Québécoises étaient des immigrants de 1ere et 2ième génération. Quelle sera cette proportion en 2060? Facilement le double. Comment peut-on s’imaginer une seule seconde que la langue et la culture québécoise vont continuer d’exister et de se transmettre dans un contexte où les Québécois d’ascendance canadienne-française vont devenir résiduels au Québec en entier d’ici 35 ans?

Déjà, 37% des bébés nés au Québec en 2023 avaient au moins un parent né à l’extérieur du Canada (25% en avaient 2). Si la tendance se maintient, nous passerons la barre du 50% probablement d’ici environ une quinzaine d’années.

Si le Québec actuel connait de nombreux exemples d’intégration harmonieuse d’immigrants, il faut réaliser que cela reflète les conditions du passé, soit d’une époque où la proportion d’immigrants était beaucoup plus faible qu’aujourd’hui. Le rapport de force démographique qui a justement permis cette intégration dans le passé  est en train de disparaitre. De sorte que les succès du passé sont de moins en moins probables à l’avenir. Simplement dit : trop d’immigration tue l’intégration.

Les signes de la non intégration d’une partie des immigrants présents chez nous se multiplient. Il y a, bien sûr, l’effacement graduel du français comme langue commune sur des parties de plus en plus grandes du territoire du Québec. Mais on voit aussi poindre un choc culturel dans nos écoles, lieu par excellence de l’intégration future (ou pas!).

Mentionnons les éléments suivants qui ont fait grand bruit au cours de la dernière année: 1) l’établissement de l’anglais comme langue commune dans plusieurs écoles du grand Montréal, 2) le mépris ouvert pour les « kebs », les Québécois d’ascendance canadienne-française dans les écoles, 3) des jeunes hockeyeurs « canadiens-français » qui se font traiter des « french frogs » par une équipe de Laval lors d’un match de hockey à Montréal, 4) la présence de plus en plus marquée et décomplexée d’un islam militant et obscurantiste dans de nombreuses écoles (Bedford, La Voie), 5) la hausse de l’homophobie dans des écoles « multiculturelles »,  etc.

On pourrait multiplier les anecdotes qui s’empilent, à vrai dire, à grande vitesse. Ces anecdotes, à mon avis, ne sont pas des épiphénomènes sans lien les uns avec les autres. Elles sont le symptôme d’un basculement culturel et démographique, directement relié au volume excessif d’immigrants que nous recevons depuis trop longtemps, basculement sur lequel notre élite ferme les yeux.

Le premier geste à poser pour éviter la minorisation qui nous pend maintenant au bout du nez est de décréter non pas une simple diminution des seuils, mais un moratoire complet sur l’immigration.

Il faut mettre à mort l’idéologie immigrationniste et la fascination pour la croissance débridée qui est en train de conduire à l’implosion de notre tissu social, de nos services sociaux et de notre avenir comme peuple.

Les « pirates » sont-ils « conservateurs »?

Les amateurs de débats politiques ont été gâtés cette semaine; deux balados sont parus, l’un avec Paul St-Pierre Plamondon (balado de Ian et Frank) et l’autre avec Mathieu Bock-Côté (balado de Jeff Fillion, Radio-pirate).

L’écoute de ces balados en vaut la peine pour qui veut mieux comprendre la pensée de la « droite de Québec », aussi appelée « droite pirate », « libertariens », « droite QS » ou « conservateurs ». Cette mouvance politique s’étant assez récemment dotée d’un véhicule politique conséquent en la personne d’Eric Duhaime, le Parti Conservateur du Québec (PCQ) et la mouvance qui gravite autour doit, à mon avis, être pris au sérieux.

Alors que le programme politique de QS est depuis longtemps scruté et critiqué par certains (mais bon, pas à Radio-Canada), le programme du PCQ et son substrat intellectuel jouissent d’une certaine négligence médiatique.

La multiplicité des étiquettes dont s’affuble ou dont est affublée cette mouvance constitue déjà une première difficulté pour la situer sur le spectre politique et dans l’ordre des idées. La première question qui vient à l’esprit est celle-ci : cette mouvance est-elle vraiment, comme elle le prétend, « conservatrice »?

Le conservatisme

Pour se faire une tête, on peut revenir aux idées d’Edmund Burke, qui a écrit en 1790 un livre « Réflexions sur la révolution française », qui constitue le manifeste fondateur du conservatisme. Dans celui-ci, il écrivait, et c’est à mon avis la définition la plus profonde et émouvante du conservatisme, que « la société est un contrat passé entre les vivants, les morts et ceux qui sont encore à naitre » (ma traduction). Autrement dit, la société est un héritage, un legs qui nous vient du passé, des ancêtres. Nous ne sommes que de passage et sommes les fiduciaires de cet héritage que nous devons léguer à nos enfants, et, si possible, en meilleur état que celui dans lequel nous l’avons trouvé. Cette idée, à mon avis fondamentale, a été reprise et développée par Roger Scruton, une autre grande figure du conservatisme, entre autres.

Avec cette idée, Burke, qui écrivait alors que la Révolution française était en pleine ascension (et avant la Terreur), arguait que le progrès, le changement devait se faire graduellement et à un rythme mesuré, et qu’il était périlleux de faire table rase, de rejeter intégralement les valeurs et les traditions héritées du passé comme le faisait la Révolution française, car ces valeurs avaient subi avec succès le test du temps et avaient permis aux sociétés de survivre sur le long terme. Pour Burke, l’héritage incluait certes la propriété (ou la « richesse »), mais aussi la langue, les coutumes, les traditions, la culture et la morale. Tout cela suppose l’existence d’une certaine culture historiquement ancrée, c’est-à-dire d’un peuple.

Et, bien sûr, Burke était un défenseur de la « liberté ». La liberté, telle qu’il l’entendait, était « l’égalité dans la contrainte », c’est-à-dire qu’aucun individu ne pouvait se placer au-dessus des autres et jouir d’une liberté supérieure à celle d’un autre individu; la liberté de l’un était donc bornée par celle de l’autre. Il s’agit d’une liberté « individuelle », certes, mais qui s’inscrit dans un cadre « social », « collectif » dans lequel s’inscrit l’individu, qui est aussi en même temps, fondamentalement, un citoyen.

De ce que je comprends des positions des interviewers qui s’expriment dans ces deux balados et qui revendiquent le titre de « conservateurs » (sans vouloir faire d’amalgames, les deux balados étant très différents sur le ton, le niveau intellectuel du débat et le respect de l’interviewé), ceux-ci prônent, d’abord et avant tout, la liberté (et la responsabilité qui va avec, ce qui est bien). Mais quelle liberté exactement?

La liberté individuelle

Cette liberté qu’ils évoquent, si je comprends bien, est comprise comme étant une liberté strictement, purement individuelle. Ce qui frappe dans leur discours, c’est l’absence complète du collectif, de la nation, du peuple. L’individu est un atome flottant dans l’espace, libre en toutes choses et ne s’inscrivant dans aucun cadre outre celui auquel il décide d’appartenir sur le moment. L’héritage, le legs est complètement absent. La liberté « collective », c’est-à-dire la liberté du peuple québécois, ne semble rien signifier. Et cela est normal, dans le cadre intellectuel qui est le leur, car le peuple Québécois ne semble pas non plus exister. Il n’y a ici qu’une collection d’individus qui s’adonnent à vivre sur le territoire du Québec. Des atomes et pas même des molécules.

Cette philosophie politique est la même que celle de Pierre Elliott Trudeau et est celle qui sous-tend la Charte canadienne des droits et libertés, qui ne reconnait que des droits individuels (du moins, aux Québécois).

Or, toute l’histoire du Québec depuis la Conquête s’articule autour d’une quête de reconnaissance de droits collectifs pour le peuple Québécois. La question de l’indépendance du Québec s’inscrit dans une quête de liberté collective. C’est la raison, à mon avis, pourquoi la question de l’indépendance du Québec laisse le PCQ parfaitement indifférent; si les droits collectifs n’ont pas de sens et si le peuple Québécois n’existe pas non plus, alors l’indépendance de ce peuple n’a pas plus de signification que ces deux premiers éléments. La possibilité de l’indépendance devient alors simplement une chose à analyser comme une transaction nous apportant des bénéfices personnels ou non.

D’où, à mon avis, l’espèce de chantage, ce mot me semble juste, exercé par certains ténors de cette mouvance afin obtenir des « garanties » pour que le Québec indépendant relève du seul modèle de société qui serait acceptable à leurs yeux; c’est-à-dire un régime où les droits individuels seront le seul horizon collectif. Cela est formulé dans le langage du droit et drapé sous le nom de « contrepouvoirs » dans le balado de Ian et Frank et de façon beaucoup plus brutale (qu’est-ce qui va empêcher le Québec de devenir la Cuba du Nord?) dans le balado de Jeff Fillion. Ce « contrepouvoir », si je comprends bien, est quelque chose qui doit faire échec à la pleine souveraineté du peuple qui émane du Parlement, soit une Charte des droits qui sera hors d’atteinte de l’Assemblée nationale. Ce que les pirate veulent, je crois, c’est un régime qui tend vers un autoritarisme juridique qui ne sera pas soumis à l’arbitrage démocratique.

Je pense que l’on peut résumer leur position ainsi : « L’indépendance? Peut-être que oui, peut-être que non, mais seulement à la condition que cette indépendance soit conforme exactement à ma vision particulière du monde et que j’en retire un bénéfice personnel ». Cette position est ainsi la même que celle de Québec Solidaire, mais à l’autre bout du spectre politique.

Lord Acton et Trudeau

L’idée derrière l’obsession des « contrepouvoirs » évoquée par Ian et Frank est que le Québec indépendant aurait une tentation totalitaire innée, atavique, due (mais cela n’est pas dit clairement) à une incapacité que les Québécois auraient à se gouverner eux-mêmes. Ian et Frank et Jeff Fillion et ses comparses reprennent ici les idées de Lord Acton, l’éminence grise de l’impérialisme Anglais et inspirateur de Pierre Elliott Trudeau.

Acton, grand partisan des empires multinationaux (ce qu’est le Canada), pensait que ceux-ci offraient de meilleures garanties pour la liberté que la nation démocratique. Selon Acton, les menaces que la démocratie nourrissait à ses yeux contre les libertés, de sources nécessairement aristocratiques, se trouvaient amenuisées dans un ensemble impérial où les peuples, mis en concurrence les uns avec les autres, devaient s’améliorer. Les peuples inférieurs bénéficiaient donc de la tutelle de peuples plus évolués à l’intérieur d’un empire (ou d’une fédération, la forme moderne de l’empire).Pour Trudeau, il était clair que le Canada français constituait une communauté inapte au plein gouvernement d’elle-même et qu’elle devait subir la tutelle anglaise afin de s’améliorer (voir Marc Chevrier).

La mouvance pirate semble tout à fait à l’aise à voir le Québec être soumis à la tutelle du régime canadien, cette tutelle étant vue comme étant préférable à la démocratie pleine pour la nation québécoise, qui serait par essence dangereuse.  Ces idées sont celles d’Acton et de Pierre Elliott Trudeau.

Peu importe ici que le mouvement indépendantiste ait été démocratiquement exemplaire depuis la fondation du Parti Québécois par René Lévesque en 1969, peu importe si le mécanisme d’accession à l’indépendance choisi par le PQ soit l’instrument démocratique par excellence (le référendum) alors que le Canada a été fondé, en 1867 ou bien en 1982, comme un simple pacte entre élites possédantes ou par un « coup de force » sans que le peuple ait jamais eu son mot à dire, peu importe que le mouvement indépendantiste ait accepté le résultat de 1995 qui était pourtant entaché de nombreuses manœuvres illégales ou immorales d’Ottawa, rien n’y fait, le Canada, à leurs yeux, est toujours préférable au Québec. Le Canada, à vrai dire, semble au-delà des critiques. Il y a là une posture qui révèle le fait, qu’à leurs yeux, le Québec serait une nation inapte à son propre gouvernement.

Les « pirates » sont donc des Trudeauistes pur jus et ils jouissent déjà du modèle de société qu’ils exigeraient pour un Québec indépendant, soit celui d’une société qui n’a rien de républicain et où la démocratie est strictement encadrée par une élite à tendance aristocratique qui détient une bonne part du pouvoir juridique et exécutif. Le « contrepouvoir » est une Charte des droits et une constitution imposée par le haut (en 1982) et hors d’atteinte du peuple. Dans ce modèle de société, le peuple n’est pas souverain; les pirates tendent donc plus vers la monarchie que vers la république.

La liberté collective

Selon moi, la liberté individuelle s’articule avec la liberté collective en un tout indissociable. Un individu qui est membre d’un peuple qui n’est pas libre n’est pas libre lui non plus, peu importe les illusions qu’il se fait à cet égard. Un bon exemple de cette articulation est la question de la loi 21 et 96, auxquelles les pirates s’opposent absolument et qu’ils qualifient de « liberticide ». Liberticide? La liberté des Québécois de vivre et de travailler en français est une chose qui ne semble pas être désirable pour eux. Dans cette vision des choses, la langue est un choix purement individuel; on revient encore aux idées de Trudeau Sr.

Que cette vision strictement individualiste ait mené à l’éradication des francophones hors Québec et qu’elle soit en train de faire reculer le français au Québec même (et à grande vitesse), ne semble absolument pas compter. Que les droits individuels, ainsi compris, soient en fait les droits individuels des seuls anglophones et que les droits individuels des francophones soient bafoués ne semble pas compter non plus. Bref, cette pensée, d’un simplisme confondant, est taillée sur mesure afin de favoriser les « Anglais », et derrière une façade vertueuse de « liberté », couvre des injustices qui font en sorte que « tout le monde est libre, mais certains sont beaucoup plus libres que d’autres ». Ce qui ne correspond pas du tout au concept de liberté selon Burke.

L’effondrement en cours du Québec français dans le Canada actuel semble les laisser parfaitement indifférents. Faire l’indépendance pour des raisons existentielles, afin de sauver l’héritage et le legs des ancêtres qui ont fait le Québec français actuel, n’est donc pas une raison qui leur parle.

Cette mouvance est-elle conservatrice? Certainement pas au sens où Burke l’entendait.

Soumission au Parti conservateur du Canada

Cette conception étriquée de la liberté est aussi la raison, je pense, pour laquelle la question de l’immigration n’est aucunement sur l’écran radar de cette mouvance; comme le peuple Québécois n’existe pas, qu’il y ait alors un nombre plus ou moins grand d’individus sur le territoire du Québec n’a aucune importance du point de vue culturel ou linguistique. La seule question, peut-être, est celle de la crise du logement, qui est envisagée du strict point de vue de l’offre de logement, et jamais du point de vue de la demande. On n’a qu’à construire plus et tout va bien aller. Ce point de vue est celui du Parti conservateur du Canada (PCC) de Pierre Poilievre.

Plus largement, les pirates semblent complètement inféodés idéologiquement au PCC et je n’ai pas entendu une seule critique des positions M. Poilievre venant de leur part (je peux me tromper sur ce point). Mais la liberté individuelle bien exercée, c’est aussi celle de critiquer même le PCC…

Points de convergence

Par ailleurs, je suis plutôt d’accord avec eux sur certains points qui me semblent secondaires relativement à la question de l’indépendance; je suis favorable à une exploitation raisonnée des hydrocarbures (sur le modèle norvégien) si cette exploitation permettait, par exemple, de nous enrichir collectivement et de défrayer les coûts de la transition vers l’indépendance.  Je doute cependant que le Québec possède réellement des réserves d’hydrocarbures substantielles et exploitables qui changeraient véritablement la donne. Je trouve aussi, comme eux, que l’interdiction de la vente de véhicules à essence est une fausse bonne idée et je pense qu’elle ne verra jamais le jour pour des raisons qui relèvent de la physique de base. Je suis aussi favorable à une limitation du rôle de l’État (par exemple, dans les subventions aux entreprises qui ont atteint un degré orgiastique sous la CAQ), à une diminution de la bureaucratie (par exemple, en santé et en éducation), à l’équilibre des finances publiques (au prix de sacrifices, s’il le faut), à la réduction de la dette, à la mise de l’avant de l’effort et de la responsabilité individuelle, etc.

Mais ces questions sont pour moi secondaires à celle de la liberté collective pour mon peuple, c’est-à-dire de l’indépendance. L’indépendance me semble absolument nécessaire pour des raisons existentielles, afin de ne pas rompre le contrat social dont nous sommes fiduciaires, contrat « passé entre les vivants, les morts et ceux qui sont encore à naitre ».

Vivement des « Petites écoles de la chanson » partout au Québec

De passage chez des amis en Gaspésie, l’on m’a parlé de « La petite école de la chanson », un programme parascolaire implanté dans de nombreuses écoles de la péninsule gaspésienne. Ce programme amène les élèves à s’approprier le répertoire d’un ou des artistes sélectionnés cette année-là dans le cadre du Festival en chanson de Petite-Vallée. Ainsi, chaque année depuis plus de 30 ans, environ 300 enfants s’approprient le répertoire chansonnier et musical d’un artiste québécois (ou de la francophonie) et participent à un spectacle choral de grande envergure présenté en ouverture du Festival. En 2024, par exemple, « l’artiste passeure » était Marie-Jo Thério et 24 écoles ont participé.

A ma courte honte, moi, qui m’intéresse à la chanson et à la transmission, j’ignorais totalement l’existence de ce programme. Comme le disent les fondatrices (Myriam Brousseau et Danielle Vaillancourt) dans un vidéo récapitulant l’histoire de la Petite école de la chanson « quand on a fait les premières années, c’était de faire chanter les enfants en français, parce qu’on savait qu’ils écoutaient beaucoup de musique en anglais, et on se demandait comment faire pour leur faire connaitre le répertoire des chanteurs d’ici, puis de leur faire garder? ».

L’évidence de ce concept d’école de la chanson m’a frappé comme la foudre : dans le contexte de désolation culturelle grandissante qui est le nôtre, d’américanisation de notre culture, du bris de la transmission, de l’intégration de plus en plus déficiente et impossible de masses d’immigrants dans nos écoles, dans un monde où les jeunes Québécois sont de plus en plus coupés de leur culture, où la majorité des enfants n’ont quasiment jamais entendu une chanson « traditionnelle », où l’affaissement culturel en cours se conjuge avec déclin de la langue, comment se fait-il que ce programme ne soit pas accessible partout?

Vivement des « Petites écoles de la chanson » dans toutes les écoles du Québec!

La loi 101 au cégep, insuffisante mais nécessaire

Frédéric Lacroix et Marc Chevrier

Depuis plusieurs années, un large consensus social s’est progressivement cristallisé en faveur de l’application des clauses scolaires de la Charte de la langue française au niveau collégial. La coalition qui appuie désormais cette mesure va de Guy Rocher à Christian Dufour, en passant par Gilles Duceppe, Elsie Lefebvre, Carl Vallée, Emmanuelle Latraverse et Normand Baillargeon.

Fait encore plus significatif, grâce à un mouvement de professeurs de collégial (« Pour le cégep français »), les syndicats locaux de 41 cégeps (sur 48) ont adopté des propositions réclamant l’extension de la loi 101 aux cégeps. Avec une très large mobilisation partant de la base, ces professeurs ont réussi à faire basculer la FNEEQ-CSN et la FEC-CSQ, deux syndicats jusqu’alors farouchement en faveur du statu quo.

Une nette majorité de la population soutient (55 % pour, dont 69 % chez les francophones) également cette mesure, incluant les jeunes !

Alors que le fruit semble plus mûr que jamais, il est donc étonnant de voir le Commissaire à la langue française prendre position sur la question comme il le fait dans son dernier rapport (« Le français comme langue commune. Comprendre le recul, inverser les tendances ») qui contient une recommandation (la sixième) qui touche le régime linguistique de l’enseignement supérieur et qui écarte d’emblée l’application de la loi 101 au cégep.

En faisant des recommandations à l’Assemblée nationale sur les mesures propres à créer une « évolution favorable à la langue française comme langue commune », le Commissaire remplit son mandat législatif, qui consiste, outre à documenter l’évolution linguistique du français au Québec, à évaluer les effets de la politique linguistique québécoise et à proposer des changements à celle-ci. Autrement dit, il est plus qu’un statisticien de la langue, c’est également un évaluateur de politique et un quasi-législateur. Le commissaire a excellé jusqu’ici dans la première dimension de son mandat ; les études démolinguistiques qu’il a commanditées ont apporté des éclairages pénétrants sur la condition du français au Québec.

Le Commissaire a cependant choisi, et c’est son droit, de proposer une solution de son cru au problème de l’anglicisation par l’enseignement supérieur anglais. Cette solution multiplie les mesures administratives dans l’espoir que le cumul des mesures au postsecondaire en vienne à peser sur le portrait d’ensemble et rehausse la vitalité du français.

L’objectif de ces mesures administratives serait « d’assurer la prédominance du français dans l’enseignement supérieur, y compris à Montréal, tout en reconnaissant l’importance d’accorder à l’anglais un espace raisonnable ». Selon le Commissaire, le moyen d’assurer cet objectif de prédominance serait de fixer « une cible de 85 % d’enseignement en français dans l’enseignement supérieur dans le but d’y accroître progressivement la place de cette langue ».

Pour ce faire, « certaines universités pourraient offrir deux parcours pour un même domaine d’étude : un uniquement en anglais, notamment pour la minorité historique anglophone, et l’autre avec 30 % de contenu en français ».

D’emblée, il faut souligner que l’objectif de la politique linguistique québécoise n’a jamais été « d’assurer la prédominance du français » ou « d’accorder à l’anglais un espace raisonnable » mais de faire du français la « seule langue commune » de la nation québécoise et la langue « normale et habituelle » de l’enseignement (voir le préambule de la Charte de la langue française). La notion de « prédominance » nous vient de la Cour suprême du Canada et a été utilisée pour faire sauter les dispositions de la Charte concernant l’affichage unilingue français. La notion de prédominance n’est rien d’autre que le bilinguisme sous des habits neufs. Il est surprenant, à notre avis, de voir le Commissaire embrasser ainsi sans recul critique la notion de prédominance issue de la Cour suprême du Canada, alors que dans les faits, le français est déjà numériquement prédominant dans le secteur universitaire, puisque, comme le note le Commissaire, les établissements anglais attirent 25,4 % des effectifs étudiants totaux.

Le concept de prédominance cerne mal ce dont souffre le secteur postsecondaire français au Québec, qui accuse un sous-développement chronique par rapport au poids réel de la population de langue française au Québec et à la surcomplétude des établissements anglais relativement au poids démographique de la communauté anglophone au Québec.

Il y a de bonnes raisons de croire que cette proposition du Commissaire raterait l’objectif de faire du français la langue commune. Plusieurs raisons nous conduisent à cette conclusion :

  1. La cible de 85 % d’enseignement en français au postsecondaire évoquée dans le rapport est créée ex nihilo et ne correspond pas à un objectif « naturel », s’imposant par lui-même ou ayant une valeur symbolique forte. La partie du rapport traitant de cette cible (p.46), tranche avec la rigueur habituelle du Commissaire, par son caractère vague et le manque de justifications solides. Au recensement de 2021, les anglophones constituaient 8,8 % de la population selon la langue maternelle, 11,7 % d’après la langue parlée le plus souvent à la maison et de 13,0 % pour la première langue officielle parlée (PLOP). Avec 15 % d’enseignement en anglais, le Commissaire verse donc une juteuse prime à l’anglais de 70,4 % relativement à la langue maternelle, de 28,2 % relativement à la langue parlée le plus souvent à la maison et de 15,4 % relativement à la PLOP. Notons que la PLOP inclut un grand nombre d’immigrants anglophones ou anglotropes. Avec cette cible, le Commissaire se trouve donc à attribuer, symboliquement, tous les immigrants qui penchent plutôt vers l’anglais et, de même, un grand nombre de francophones et d’autres allophones, à l’enseignement en anglais. Notons que seulement 8,8 % des élèves étaient scolarisés en anglais au primaire et au secondaire en 2021.
  2. Aucune loi n’impose aux universités « françaises » d’enseigner en français, même si la loi 96 leur a conféré une identité « francophone », sans rien toutefois exiger de contraignant pour la langue de l’enseignement et de la recherche. Celles-ci pourraient être tentées de dispenser plus d’enseignement en anglais afin de soutenir la concurrence avec McGill, Concordia et Bishop’s qui verraient à offrir des formations « bilingues » plus prestigieuses et attractives, notamment pour la clientèle allophone et francophone, laquelle pourrait trouver dans ces formations partiellement en français un argument supplémentaire pour s’inscrire dans ces programmes instaurés par les universités anglaises. Qu’est-ce qui empêchera le système de l’enseignement supérieur québécois, cégeps compris, à prendre pour modèle les universités bilingues comme il en existe en Ontario (York, Laurentienne, Saint-Paul, Ottawa), où le français subit la prépondérance de l’anglais ?
  3. Le « libre-choix » de la langue d’enseignement au postsecondaire, que le Commissaire choisit de maintenir, pose deux graves problèmes : un problème quantitatif et un problème qualitatif. La proposition du Commissaire pourrait régler en partie le premier problème, alors qu’elle empirerait le deuxième en accroissant l’élitisme du postsecondaire anglais, un secteur qui sélectionne déjà les meilleurs étudiants sur dossier et profite de sa situation géographique avantageuse sur l’île de Montréal autour du complexe Dawson-Concordia-McGill. Un simple contingentement encore plus poussé du nombre de places fera en sorte de confirmer le rôle élitiste filtrant des institutions anglaises ou bilingues, qui pourront à loisir prélever les meilleurs étudiants. Le problème de l’élitisation des institutions anglaises et le déclassement symbolique que subit le français à partir du cégep constituent peut-être le problème le plus sérieux auquel fait face le français aux études supérieures. Cette proposition n’y changera rien et risque même d’aggraver la situation, d’autant plus que bien loin de s’attaquer à l’idéologie du « libre choix » linguistique qui sous-tend l’enseignement supérieur au Québec, elle viendrait officialiser en quelque sorte cette idée qui fonde la Loi sur les langues officielles fédérale.
  4. Partout au Canada, les institutions bilingues servent de foyers d’assimilation pour les francophones. Imposer un certain plancher de cours en français à McGill, Concordia et Bishop’s pourrait certes, par hypothèse, aider à maintenir un peu la « compétence linguistique » (p48) chez certains étudiants, mais il y a fort à parier qu’un bon nombre en ressortiront tout de même anglicisés, puisqu’ils vivront et étudieront dans un environnement à nette prédominance anglophone. Les diplômés des collèges bilingues utilisent d’ailleurs déjà beaucoup moins le français au travail que les diplômés des cégeps français (-14,8 points, p.88). Et le maintien de parcours unilingues anglais pour les ayants droit garantit que ceux-ci pourront continuer à privilégier l’anglais au travail dans la grande région de Montréal comme ils le font actuellement.
  5. Le pourcentage de 15 % affecté pour les cours en anglais n’est pas loin du 17,5 % prévu par la loi 96 pour le plafonnement des inscriptions dans les cégeps anglais. Avec un tel pourcentage, les cégeps anglais conserveront leur avantage sur l’île de Montréal, en ce qui touche les diplômes décrochés pour les formations préuniversitaires, en laissant les cégeps français occuper la formation technique. Un tel scénario pourrait se reproduire au niveau universitaire, où les universités anglaises tendent à privilégier les diplômes « nobles », bac, maîtrise, doctorat, alors que les universités françaises multiplient les formations courtes (certificats, attestations) pour engranger des inscriptions. Un système de répartition des cours selon la formule 85/15, ou toute autre pondération, risquerait d’entériner ou même d’accentuer cette division des tâches. Les universités anglaises pourraient en outre accroître les cours « légers » en français afin d’atteindre leur cible, un peu comme les radios commerciales passent des chansons en français aux heures de faible écoute pour de se conformer aux quotas fixés par le CRTC.
  6. Cette solution n’offre aucune pérennité. Si le PLQ n’a pas osé faire sauter les clauses scolaires de la loi 101 en reprenant le pouvoir en 1985, c’est d’abord parce que ces clauses présentent une forte charge symbolique et apportent au problème de la scolarisation en anglais une solution claire, transparente, et s’appliquant à tous. En comparaison, la proposition du Commissaire est de nature essentiellement bureaucratique, ce qui soulève de nombreuses questions. Par exemple : Qui va calculer et s’assurer que la cible de 85 % est bien atteinte ? Quelle sera la méthodologie ? Cette méthodologie pourra-t-elle être modifiée au cours du temps ? Est-ce que tous les cours seront considérés comme étant équivalents, peu importe le nombre de crédits et le niveau ? Est-ce le nombre d’étudiants inscrits en fonction de la langue qui déterminera le 85 % ou le nombre de groupes-cours ? Est-ce le nombre de finissants ? Que signifie « donnés en français » ? Est-ce que les travaux d’un cours en français pourront être remis en anglais (comme on peut théoriquement remettre des travaux en français dans les cours en anglais à McGill) ? En résumé, cette mesure remettra l’ensemble de la politique linguistique au postsecondaire entre les mains d’une bureaucratie que le Commissaire n’identifie pas. Il y a tout lieu de craindre que cet appareil bureaucratique indéterminé, emmêlé dans l’application de contingentements multiples et difficiles à concilier, s’embourbe ainsi dans l’opacité et la complexité de ses procédures. De plus, si, par exemple, un parti favorable au bilinguisme prenait le pouvoir, qu’est-ce qui empêcherait la cible d’être « modulée » afin de donner une place plus « raisonnable » à l’anglais et de la fixer à 75 % au lieu de 85 % ? Ou 65 % ? Pourquoi garderait-on une cible de 85 % alors que la proportion de francophones est appelée à baisser au Québec au cours des prochaines années ?
  7. Par ailleurs, il est frappant que le Commissaire ait avancé cette formule du 85/15 sans vraiment étudier en profondeur le scénario concurrent de l’application de la loi 101 aux cégeps, voire au monde universitaire. De plus, les études complémentaires déposées par le Commissaire le 31 octobre 2024 montrent un lien probant entre la langue des études collégiales et universitaires et la langue du travail, et que le fait d’avoir cumulé des études précollégiales, collégiales et universitaires au premier cycle en français fournit la meilleure garantie d’un avenir professionnel en français. En somme, les travaux commandités par le Commissaire fournissent des raisons supplémentaires d’étendre la loi 101 aux cégeps, et plus encore, au premier cycle des universités québécoises. La recommandation 6 du rapport est en porte-à-faux avec les analyses préalables du Commissaire.
  8. Enfin, le Commissaire dit avoir puisé l’idée de la formule 85/15 en Catalogne. Il est toujours périlleux d’aller chercher des panacées à l’étranger dans des contextes fort différents du nôtre. Nation minoritaire comme le Québec, la Catalogne jouit cependant d’une marge de manœuvre plus limitée que le Québec en matière linguistique. La constitution espagnole et la politique linguistique appliquée à la Catalogue y maintiennent un régime de co-officialité de l’espagnol et du catalan. Même si la Generalitat (le gouvernement catalan) peut promouvoir le catalan à tous les cycles d’études, il doit respecter la liberté reconnue aux enseignants et aux étudiants d’opter pour le catalan ou l’espagnol à l’université. C’est dans ce contexte que la Generalitat a annoncé un plan pour augmenter à 80 % le pourcentage des classes universitaires données en catalan, offrant aux enseignants des incitatifs, des « privilèges ». Il est clair que le Québec évolue dans un autre cadre législatif et constitutionnel qui lui accorde une grande liberté pour ordonner le régime linguistique de l’enseignement postsecondaire. À vrai dire, la formule proposée par le Commissaire risque de rapprocher le Québec d’une co-officialité à la catalane, qui érigerait autant l’anglais que le français comme langues nationales de l’enseignement postsecondaire, quoique inégales en attractivité et en prestige. Le français continuerait d’être considéré comme une langue infantile, dont la valeur obligatoire ne vaudrait que pour les mineurs. Cependant, tout n’est pas à rejeter dans la politique linguistique catalane. Par exemple, un décret pris par la Generalitat prévoit que les professeurs d’université devront avoir démontré posséder un niveau intermédiaire du catalan avant d’obtenir leur permanence. Une telle mesure, transposée dans le contexte québécois, pourrait compléter l’extension de la loi 101 au baccalauréat universitaire.  

La formule 85/15 du Commissaire comporte également le défaut de se limiter à une étude statisticienne et démolinguistique de la langue, qui a certes sa nécessité, et de négliger la dimension institutionnelle du décalage entre le système postsecondaire anglais et le système postsecondaire français. En effet, les institutions postsecondaires anglaises sont depuis fort longtemps surdéveloppées par rapport au poids démographique de la communauté anglophone, avec la double bénédiction des États québécois et fédéral. Il en résulte qu’une communauté dont la population oscille entre 0,9 et 1,1 million (selon la méthode de calcul) dispose pour son éducation d’une faculté de médecine de réputation mondiale, de deux facultés de génie, d’une faculté d’agronomie (sur un vaste campus distinct), de départements en double ou en triple en chimie, biochimie, biologie, communication, de trois facultés de gestion, de trois départements ou facultés en éducation, etc. On ne voit pas en quoi la formule du 85/15 ira corriger l’inégalité de développement entre les deux réseaux universitaires, même si le Commissaire évoque sans autre précision « la réorientation des nouveaux investissements en infrastructure vers les universités francophones ».

En résumé, cette proposition considère que la gestion bureaucratique des flux d’étudiants en fonction de la langue d’enseignement, sans égard aux dimensions symbolique et institutionnelle de la langue, sera suffisante pour inverser la tendance au déclassement du français en enseignement supérieur. De plus, cette proposition s’attaque seulement, et partiellement, à la partie quantitative du problème qui frappe l’enseignement supérieur. Le volet qualitatif n’est pas abordé. Or, le caractère oligarchique des institutions anglaises au Québec, conséquence du marché aux étudiants entretenu par l’État québécois dans le postsecondaire, forme un problème grave qui vient miner globalement le prestige du français sur les plans de la connaissance, de la réussite, du travail et de la culture. Un contingentement encore plus poussé que celui qui règne actuellement pourrait renforcer d’autant plus le prestige des institutions anglaises ou bilingues. Un simple contrôle bureaucratique des flux linguistiques dans l’enseignement supérieur tel que le propose le Commissaire pourrait avoir l’effet paradoxal de saper encore plus le statut du français au Québec sans modifier fondamentalement la dynamique linguistique qui règne au postsecondaire. Une telle « gestion de l’offre » de l’enseignement en anglais, en créant une « rareté », va probablement pousser à la hausse la valeur des formations en anglais ou bilingues.

Comme le mentionne le Commissaire (p.48), sa proposition « conserverait le droit pour tous de faire une partie de leurs études en anglais ». Préserver le statu quo, le « libre choix » de la langue d’enseignement au postsecondaire, doctrine inspirée entre autres choses de la Loi sur les langues officielles fédérale et qui avantage l’anglais au Canada, semble en effet constituer l’objectif majeur de cette proposition. Sous un emballage séduisant inspiré avec peu de recul de la Catalogne, celle-ci s’avère essentiellement une tentative de gérer et d’atténuer les méfaits induits par un marché public aux étudiants fondé sur la doctrine d’un libre choix qui a peu d’équivalents dans le monde. Or, maintenir le statu quo ne risque guère « d’inverser les tendances » (comme le titre le rapport) alors que le français recule au Québec comme jamais dans l’histoire. La proposition du Commissaire, peu proportionnée à la gravité de la situation linguistique dépeinte dans ses précédents rapports, soulève par ailleurs de nombreuses difficultés d’application.

De plus, il faut nuancer l’affirmation précédente ; le Commissaire propose en fait de maintenir le financement étatique offert par Québec à ceux qui souhaitent rejoindre le monde anglophone en intégrant le réseau postsecondaire public en anglais. Quel est le but réellement poursuivi par ce maintien d’un fictif « droit à des études en anglais » alors que l’accès à l’anglais est rendu universel et que la connaissance et l’usage de celui-ci explosent chez les jeunes francophones, comme le Commissaire vient de le documenter dans son rapport du 31 octobre 2024 ?

Faire tomber le financement étatique qui vient avec le choix de l’anglicisation, qui est l’idée derrière les clauses scolaires de la Charte de la langue française, ne priverait nul étudiant du « droit » de faire ses études en anglais, qui deviendrait alors un choix personnel, que les contribuables n’auraient pas à financer. Elle retirerait simplement le financement public, financement qui est loin de constituer un « droit » pour tous.

L’application de la loi 101 au cégep, et même au premier cycle des universités, demeure encore, de toutes les propositions sur la table pour redresser la situation, la plus porteuse, bien qu’elle nécessite, bien évidemment, d’autres mesures d’accompagnement que le Commissaire aurait pu, fort des riches données qu’il a recueillies, tenter d’esquisser pour l’avantage de tous.

Recension de lecture : « L’étrange défaite » de Marc Bloch

Marc Bloch est un historien français né en 1886, au double parcours étincelant d’intellectuel et d’homme d’action; co-fondateur d’une école historique (L’École des Annales), professeur des universités à Strasbourg et à Paris, ayant combattu à la première et deuxième guerre mondiale, membre de la Résistance et mort pour la France, fusillé par les Allemands le 16 juin 1944.

« L’étrange défaite », livre écrit à chaud après l’effondrement pitoyable de l’Armée française (1ère armée au monde à l’époque, du moins sur papier) et de la France en 1940 par suite de la Blitzkrieg foudroyante déclenché par le régime nazi, est un véritable petit chef-d’œuvre.

« Ces pages seront-elles jamais publiées? Je ne sais » débute-t-il. Elles le furent à la Libération, mais pas avant que le texte ne soit caché pendant plusieurs années et presque découvert dans une maison fouillé par les Allemands. Le livre est constitué en trois parties, et se déroule comme une pièce de théâtre, un procès ou un examen de conscience.

L’auteur nous relate, au « Je », son expérience directe de cette défaite et, partant de son modeste poste dans l’Armée, remonte le cours des évènements, des grades, des institutions, et brosse, avec une stupéfiante et pénétrante lucidité (il écrivait en 1940, terré dans sa maison de campagne, sans recul et sans information, sans accès aux archives et à « l’après » dont nous disposons aujourd’hui), un portrait des causes de l’effondrement français.

Après avoir relaté son modeste rôle dans les évènements (il était chargé de la logistique d’approvisionnement en essence), il plonge au vif : « Nous venons de subir une incroyable défaite. A qui la faute? » A « l’incapacité du commandement » répond-il (p. 55). Il tranche : « Beaucoup d’erreurs diverses, dont les effets s’accumulèrent, ont mené nos armées au désastre. Une grande carence, cependant, les domine toutes. Nos chefs ou ceux qui agissaient en leur nom n’ont pas su penser cette guerre. En d’autres termes, le triomphe des Allemands fut, essentiellement, une victoire intellectuelle et c’est peut-être là ce qu’il y a eu en lui de plus grave » (p.66).

« Une victoire intellectuelle », l’expression est terrible. Par-là, il incrimine le commandement, vieillards étoilés, lourds d’ans, d’honneurs et de décorations, se cramponnant à des conceptions et stratégies obsolètes. Toute la stratégie française reposait sur une conception statique, défensive de la guerre, conception qui avait assuré la victoire en 1918 et qui, pensait-on, assurerait la victoire dans l’avenir également. Mais la France était en retard d’une bataille : « Beaucoup de savants professeurs de tactique se méfiaient des unités motorisés jugées trop lourdes à mouvoir (les calculs leur attribuaient, en effet des déplacements très lents;  car on les imaginait, par sécurité, ne bougeant que de nuit; la guerre de vitesse eut lieu, presque uniformément en plein jour); parce qu’il fut enseigné, au cours de cavalerie de l’École de Guerre, que les chars, passables pour la défensive, étaient de valeur offensive à peu près nulle; parce que les techniciens ou soi-disant tels estimaient le bombardement par artillerie beaucoup plus efficace que le bombardement par avions, sans réfléchir que les canons ont besoin de faire venir de fort loin leurs munitions, au lieu que les avions vont eux-mêmes, à tire-d’aile, se recharger des leurs; en un mot, parce que nos chefs, au milieu de beaucoup de contradictions, ont prétendu, avant tout, renouveler, en 1940, la guerre de 1915-1918. Les Allemands faisaient celle de 1940 » (p.84).

En somme, tout l’appareil militaire, en commençant par l’École de guerre qui formait l’élite militaire, était intellectuellement sclérosé. Et pendant ce temps, la Révolution nazi avait chassé la veille garde et installée des « jeunes » aux postes de commande (c’est le propre des révolutions); ceux-ci, dégagés des pesantes traditions, examinaient les choses d’un œil nouveau et inventèrent la guerre de mouvement, de rapidité, la guerre mécanisée basée sur les tanks et l’aviation, la Blitzkrieg. La mécanisation menait à la vitesse, qui menait à la surprise, qui menait ensuite à l’effondrement moral ; « Aussi bien, avons-nous jamais, durant toute la campagne, su où était l’ennemi? » (p.74), « cette guerre a été faite de perpétuelles surprises. Il en résulta, sur le plan moral, des conséquences qui semblent avoir été fort graves » (p.78).

Les Allemands, écrit-il, « refusaient de jouer le jeu » et « apparaissaient là où ils ne devaient pas être », « l’arrière » se confondait avec « l’avant » et, en somme, leur sortie du cadre intellectuel confortable prévu par les Français a semé la surprise, puis la confusion, puis la panique. Et face à cela, l’élite militaire française s’est cramponnée à la doctrine et a été incapable d’improviser en fonction des évènements. La psychorigidité a été la seule réaction: « Notre propre marche était trop lente, notre esprit, également, trop dépourvu de promptitude, pour nous permettre d’accepter que l’adversaire pût aller si vite » (p.75). A la panique a bientôt cédé le désespoir: « Puis ce fut la marée montante d’un désespoir qui, au lieu d’aiguillonner à l’action, semblait chercher son refuge dans une sorte de paresse somnolente » (p.141).

Ce désespoir, cette passivité, comme toujours, c’est une règle psychologique universelle, était accompagné de déni : « on se raccrochait, par moments, aux plus invraisemblables illusions, surtout quand l’initiative du salut paraissait devoir venir d’autres que nous » (p.141).

Mais la défaite est-elle la faute seulement de l’Armée et de ses chefs? Non affirme Bloch, ce fut également la faute à la classe dirigeante : « Si nos officiers n’ont pas su pénétrer les méthodes de guerre qu’imposait le monde d’aujourd’hui ce fut, dans une large mesure, parce qu’autour d’eux, notre bourgeoisie, dont ils étaient issus, fermait trop paresseusement les yeux » (p.182). Le régime des partis d’avant-guerre, chaque parti luttant pour tirer la couverture de son bord selon ses petits intérêts dans la petite joute politicienne et oubliant, dans la mêlée, l’intérêt national, a aussi mené à la défaite. En cela, Bloch préfigure Charles de Gaulle qui, dans ses Mémoires de guerre, aura des mots très durs concernant ce régime des partis. De Gaulle qui, d’ailleurs, fait une brève apparition dans ce livre, sans être nommé : « A vrai dire, un très récent général de brigade fut bien appelé aux conseils du gouvernement. Qu’y fit-il ? Je ne sais. Je crains fort, cependant, que, devant tant de constellations, ses deux pauvres petites étoiles n’aient pas pesé bien lourd. Le Comité de Salut Public eût fait de lui un général en chef » (p.157).

Des élites et du système politique, il étrille la Presse : « Notre régime de gouvernement se fondait sur la participation des masses. Or, ce peuple auquel on remettait ainsi ses propres destinées et qui n’était pas, je crois, incapable, en lui-même, de choisir les voies droites, qu’avons-nous fait pour lui fournir ce minimum de renseignements nets et sûrs, sans lesquelles aucune conduite rationnelle n’est possible? Rien en vérité…. Le plus grave était la presse dite de pure information, que beaucoup de feuilles même, parmi celles qui affectaient d’obéir uniquement à des consignes d’ordre politique, servaient, en fait, des intérêts cachés, souvent sordides, et parfois, dans leur source, étrangers à notre pays » (p.177).

En somme, la défaite fut, en premier lieu, une défaite intellectuelle, un refus de penser. Un échec d’une société qui refusait de voir le réel, de bouger, de se renouveler et qui, à l’intérêt collectif, privilégiait l’égoïsme des intérêts particuliers.

Ce livre est un chef-d’œuvre car l’autopsie -d’une extrême lucidité- qui est faite de la défaite française de 1940 a une valeur universelle, applicable partout et à toutes les époques. Tout au long des années 30, la France a assisté, paralysée, à la montée de l’Allemagne nazi, montée qui annonçait la guerre. Mais rien n’a véritablement été fait pour préparer cette guerre inévitable, si ce n’est de bétonner la ligne Maginot dans l’espoir vain que les Allemands allaient suivre le script et s’y casser la gueule. Ce qui ne fut évidemment pas le cas.

Tout au long du livre, les parallèles avec la situation québécoise d’aujourd’hui me sautaient au visage; nous aussi nous refusons de penser collectivement notre situation actuelle du point de vue démographique, culturel, linguistique, économique. Alors que, démographiquement, le Québec français est en train de disparaitre, une bonne partie de notre élite politique continue à prétendre qu’il ne se passe rien, que tout continue comme avant, et que les politiques qui ont fonctionné dans le passé continuent de fonctionner aujourd’hui. Les élites, la majorité des partis politiques, la Presse, tous ceux qui profitent du système actuel sont enfoncés jusqu’aux oreilles dans le déni et se raccrochent à ce mensonge.

Bref, un livre à lire absolument, ne serait-ce que parce qu’en sortant de soi-même, l’on peut alors apprécier sa propre situation avec un salutaire recul.

Loi 101 au cégep : tirer la conclusion qui s’impose

Faire preuve de cohérence

Benoit Dubreuil, le Commissaire à la langue française nous apprenait récemment qu’un étudiant qui a fait son cégep en français a 88% de chances de travailler en français, contre 70% s’il a fait son cégep en anglais. Cela plaide en faveur de l’extension de la loi 101 au cégep.

Pourtant, le Commissaire recule devant la conclusion qui suit logiquement de ses propres données : il affirme que la loi 101 au cégep est légitime, mais non nécessaire. La loi 14 (PL96) suffit-elle? Non, puisque ses propres analyses démontrent que la situation du français continue de se dégrader. Le Commissaire propose donc un grand nombre de nouvelles mesures pour protéger le français. Plusieurs d’entre elles sont bonnes, mais pourquoi ne pas commencer par la plus évidente?

Abstraction et langue du management

Au centre de ces propositions se trouve l’idée de fixer à 85% la proportion souhaitable du français dans l’enseignement supérieur. Pour y arriver, il faudrait privilégier une adaptation à chaque institution, surtout aux universités anglophones, et laisser une grande flexibilité à leurs dirigeants pour augmenter la présence du français. Le Commissaire verse dans la langue du management! Un plan taillé sur mesure pour que rien ne se passe.

Un gain d’un certain pourcentage de français dans un milieu universitaire anglophone où le français n’est jamais largement ni durablement utilisé est plus théorique que réel.  Ce qui s’accroîtrait ainsi est un usage du français comme langue seconde, occasionnelle, non le français comme langue commune.

Si on quitte un instant les tableaux de chiffres, on se rendra compte que l’anglais est devenu dans plusieurs écoles la langue d’usage de nombreux francophones et allophones. Face à l’urgence linguistique, la haute voltige intellectuelle doit faire place à l’action.

Une loi qui entretient la frustration

Quand on connaît la psychologie adolescente, on comprend que la loi 14 (PL96) qui laisse la possibilité à un certain nombre de non-anglophones d’aller au cégep en anglais crée un puissant incitatif à planifier des études dans cette langue. L’espoir d’étudier en anglais est entretenu.   

De plus, la complexité de la loi 14 crée un régime linguistique à plusieurs vitesses qui ne peut qu’engendrer un sentiment d’injustice chez de nombreux jeunes qui se demandent pourquoi eux n’ont pas pu aller au cégep en anglais, alors que d’autres le peuvent.

Contrairement à la loi 101, la loi 14 est vouée à la contestation perpétuelle, même chez les francophones.

La loi 101 : une loi efficace et juste

Le génie de Camille Laurin, à qui on doit la loi 101, a été d’allier un sens de la psychologie humaine à celui de la justice. Elle est applicable et équitable.

Au contraire, la loi 14 est un monstre juridique inapplicable en raison de sa trop grande complexité et de ses innombrables exceptions et spécifications. Les dernières recommandations du Commissaire à la langue française ont le même défaut.

Guy Rocher suggère depuis longtemps d’étendre la loi 101 jusqu’au baccalauréat. Voilà de l’ambition! L’étendre au cégep, comme nous le proposons, est un minimum.

Cela donnerait l’élan nécessaire pour d’autres actions, comme légiférer sur la découvrabilité numérique. Il faut, pour cela, avoir un sens du réel qui permet de savoir quoi faire avec les montagnes de données qui s’accumulent depuis trop longtemps sur le déclin du français.

Membres du Regroupement pour le cégep français cosignataires de la lettre :

Georges-Rémy Fortin, Collège de Bois-de-Boulogne

Aïcha Van Dun, Cégep de Lanaudière à L’Assomption

Jean-François Vallée

Sébastien Mussi, Collège de Maisonneuve

Nicolas Bourdon, Collège de Bois-de-Boulogne

L’homme n’est pas une femme comme les autres

J’ai lu le dernier livre de Sophie Durocher, « Où sont les femmes? L’effacement du féminin dans l’espace public » publié aux Éditions du Journal.

L’idée de ce livre origine d’une image qui a beaucoup circulé sur les réseaux sociaux (p.37) : « dans le métro d’une ville européenne, une femme en niqab, le corps entièrement enseveli sous un tissu noir, ne laissant voir que ses yeux et ses mains, est assise à côté d’une drag queen, portant une perruque de longs cheveux roux, un maquillage outrancier, des bijoux clinquants et une robe à paillettes. La « vraie femme se cache, la « fausse » femme s’exhibe. Aux deux extrêmes, on souhaite que les femmes soient le moins visibles possible, qu’elles prennent le moins de place possible ».

Cette image est en effet une métaphore visuelle; les femmes sont aujourd’hui prises lentement en étau entre, d’une part, un mouvement féministe néo-progressiste qui sacrifie tout à « l’inclusion » (incluant les femmes) et, d’autre part, l’islamisme, dont un des piliers est le refoulement des femmes de l’espace public.

A chaque page de ce livre, Mme Durocher met en évidence, dans un style combatif et clair, les insanités du néo-progressisme et la progression dans nos sociétés d’un islamisme qui avance hypocritement mais sûrement.

Ainsi, du côté gauche : le « miracle » de la grossesse masculine (un mensonge pur et simple évidemment), l’effacement du mot « femme » remplacé par toutes sortes d’expressions se voulant « inclusives » mais résultant en l’abolition des femmes biologiques, la vulgarité et la déshumanisation qui résulte du nouveau vocabulaire « inclusif » proposé, par exemple, par la Société du cancer du Canada (« trou avant » pour désigner le vagin!) qui a pour effet de refouler dans le néant les femmes biologiques, etc.

Et, du côté droit: la propagation de la « pudeur » islamique en Occident qui, avec le voile, niqab et autres abayas cherche à contrôler les femmes et les effacer progressivement de l’espace public. La multiplication incroyable de ces symboles ostentatoires de misogynie et d’infériorité des femmes dans l’espace public au Québec depuis quelques années ne laisse pas de doute sur la prise de contrôle grandissante de mouvements islamistes sur une partie de la population musulmane installée chez nous.

Ces deux mouvements se conjugent et s’unissent, l’un servant d’allié et d’idiot utile à l’autre et la résultante est que les femmes sont de plus en plus prises entre le marteau islamiste et l’enclume woke.

Mme Durocher est particulièrement incisive lorsqu’elle aborde de front la réaction des « féministes » occidentales par suite du pogrom du 7 octobre 2023 en Israël, pogrom qui a été le plus grand massacre de juifs depuis la deuxième guerre mondiale et où le viol a été utilisé de façon particulièrement sordide par le Hamas comme arme de guerre pur humilier les juifs. À la suite de cet évènement, une bonne partie de la mouvance « féministe » occidentale s’est transformée en courant d’air et s’est rangée dans le camp des agresseurs soit explicitement, soit par omission. La solidarité féministe a été largement liquidée devant une idéologie « décoloniale » grotesque et binaire où les « blancs » (auxquels sont assimilés les juifs) sont considérés comme les « méchants » et où les palestiniens sont les « gentils ».

Un autre moment fort du livre est le traitement des avortements sélectifs en fonction du sexe, pratique courante dans certaines cultures où les filles sont perçues comme étant de moindre de valeur que les garçons et pratique qui s’est malheureusement installée tranquillement au Canada dans les dernières décennies. L’existence même de la chose est, comme le dit Mme Durocher, le plus grand tabou du féminisme (comme le lien évident entre celui-ci et l’immigration massive). Celle-ci en traite à la fois vigoureusement et avec doigté, montrant que l’on peut fort bien dénoncer l’avortement préférentiel des filles et tout en étant en faveur de l’avortement.

En résumé, vous êtes fatigué de la soupe néo-progressiste que l’on nous débite à grosses lampées à longueur de journée et voulez vous abreuver à quelque chose de plus vif et de plus tonique? Ce livre salutaire, écrit par une femme qui n’a pas froid aux yeux, est pour vous!