A l’émission « Tout peut arriver » à Radio-Canada, le 4 octobre 2025, Mme Rachel Chagnon, doyenne de la Faculté de science politique et de droit de l’UQAM, a donné son opinion sur les signes religieux et la laïcité dans les écoles, en affirmant que :
« Est-ce que c’est un vrai problème? Est-ce que l’on a des milliers de jeunes enfants dans les écoles en portant des signes religieux ostensibles? Est-ce que mettre nos enfants en contact avec la différence, est-ce si terrible que ça? Est-ce que c’est si épouvantable qu’un petit enfant Québécois soit confronté à la réalité d’un enfant qui a un autre vécu que le vécu catholique, est-ce que c’est si troublant et si épouvantable qu’on doive s’assurer que tous les enfants sont pareils, qu’ils sont tous dans le même moule et, pourquoi pas, tous blonds aux yeux bleus ».
Dans ce court paragraphe, elle coche à peu près toutes les cases visant à signaler sa vertu et son appartenance au « Camp du bien » : 1) trivialisation du problème (celui-ci ne devrait être considéré qu’à partir un certain seuil représentant des milliers de cas), 2) réduction du symbole misogyne que constitue le voilement à « un vécu », 3) assimilation de la laïcité à vouloir « rendre les enfants tous pareils » et, finalement, 4) point Godwin en assimilant la laïcité au nazisme, rien de moins.
Notons également que Mme Chagnon se livre à la « construction de l’autre », sans que cela ne lui soit reproché par l’animatrice, en affirmant qu’il y a dans les classes des « enfants Québécois » et « d’autres enfants ». Le fait d’appartenir au « Camp du bien » semble être un sauf conduit pour des affirmations qui seraient vertement reprochées à d’autres.
Les universités
Que Mme Chagnon se permette un tel discours, lunaire, en toute liberté sur les ondes publiques tient vraisemblablement au fait que Mme Chagnon ne voit pas le problème, c’est-à-dire que de tels discours semblent être normalisés dans son milieu.
Cela devrait nous amener à nous questionner sur ce qui se passe dans nos universités. Comment est-il possible qu’une professeure d’université, doyenne de surcroit, censée construire une opinion nuancée, équilibrée à force de travail et d’analyse des faits, puisse tenir un discours aussi simpliste et manichéen?
Lorsque l’on consulte le dossier académique de Mme Chagnon, on se demande également comment il est possible de devenir doyenne d’une importante faculté avec un dossier de recherche aussi mince. La publication de 5 articles en vingt ans est donc suffisant pour occuper le poste le plus prestigieux de la faculté? La publication d’articles dans des revues comme les « Nouveaux cahiers du socialisme » vous assure donc une sécurité d’emploi absolue, des invitations aux plateaux de Radio-Canada et un plantureux revenu qui dépasse les 160 000$/an au sommet de l’échelle salariale?
Le voilement, un vrai problème?
La première affirmation de Mme Chagnon est à l’effet que les signes religieux ostensibles ne seraient pas un « vrai problème », à moins, dit-elle, qu’il n’y ait des « milliers d’élèves » qui les portent.
Il n’existe pas, à ma connaissance, d’estimé officiel du nombre d’élèves portant des signes religieux dans nos écoles. Il faut remonter à 1995 pour trouver le dernier (et le seul) relevé. Dans un document publié par le Conseil du statut de la femme « Réflexion sur la question du port du voile à l’école », en mars 1995, l’on apprend que dans les écoles de la CECM, il y avait tout au plus 70 jeunes filles voilées en 1994 (p.29). A l’époque, il y avait très peu de musulmans en dehors de Montréal, ce qui signifie que le nombre total d’élèves portant le hijab au Québec était fort probablement de moins d’une centaine. Le problème a donc été jugé non urgent et on s’en est remis à l’idée que, « plutôt que la répression, la persuasion et l’affirmation claire des valeurs démocratiques soient à l’heure actuelle des façons plus prometteuses de combattre les intégrismes » (p.44).
Qu’en est-il aujourd’hui? En 2021, Statistique Canada comptait 423 640 musulmans au Québec, soit 5,1% de la population. Si l’on assume que la distribution de classe d’âge chez les musulmans est similaire à celle de l’ensemble des Québécois, il y avait donc 87 693 musulmans de moins de 20 ans au Québec. En assumant un taux de voilement de 48% chez les musulmanes (Environics), cela donne 21 046 musulmanes de moins de 20 ans voilées au Québec.
J’ai questionné des professeurs qui enseignent dans la région de Montréal. Ceux-ci me disent qu’en moyenne, il y a souvent entre 1 et 3 filles voilées dans leurs classes. Sur 240 000 élèves inscrits au secondaire en 2024, il y aurait donc entre 6 720 et 20 160 jeunes filles voilées, dans la grande région de Montréal seulement. Pour le Québec au complet, il faut potentiellement doubler ces chiffres.
Même en assumant que le taux de voilement ou la présence de musulmans serait inférieur hors de Montréal, on peut penser qu’il y a certainement, au bas mot, 10 000 jeunes filles voilées dans les écoles à la grandeur du Québec.
Cela est un estimé conservateur quand on songe au fait que la population du Québec a augmenté de presque 700 000 personnes depuis le recensement de 2021.
Depuis 1994, le taux de croissance du voilement dans les écoles est donc approximativement de 14 185 % alors que la population musulmane a été multipliée par presque dix (840 %). La croissance du voilement dépasse de loin la croissance de la population musulmane.
Il appert donc que la stratégie choisie jadis par le Conseil du statut de la femme, soit de laisser les « valeurs démocratiques » éroder naturellement l’intégrisme islamique, soit un échec retentissant.
Néanmoins, force est de constater qu’il y a plus de « quelques milliers » d’élèves qui portent le voile, un signe religieux visant à simultanément effacer les femmes de l’espace public et à les marquer comme appartenant à « l’oumma ».
Pouvons-nous donc considérer qu’il s’agit là d’un « vrai problème »?
L’agressive campagne médiatique menée actuellement par une partie du patronat en faveur de l’immigration temporaire (exemples : ceci ou cela) a le mérite de nous rappeler les buts réels de la politique d’immigration de masse qui nous est imposée depuis trop longtemps. Cette politique sert les intérêts financiers de l’élite et n’est nullement au service du bien commun.
La politique d’immigration de masse n’a pas la rationalité économique qu’on lui prête communément, c’est-à-dire qu’elle n’apporte pas de bénéfices économiques collectifs. Du moins, pas avec les seuils excessifs qui sont les nôtres depuis plus d’une vingtaine d’années au Québec. Les dernières années ont d’ailleurs vu l’explosion en vol de tous les arguments économiques avancés pour la justifier (pénurie de main-d’œuvre, enrichissement collectif, maintien du ratio de dépendance, etc.), arguments qui ont été invalidés -par l’expérience et les faits- les uns après les autres. Et si l’on nous ressert encore les mêmes lignes à l’occasion, on voit bien que le cœur n’y est plus et que plus personne n’y croit.
L’utilisation de l’immigration de masse comme outil d’enrichissement de l’élite est bien décrite dans le livre de Peter Turchin « Le chaos qui vient : Élites, contre-élites et la voie de la désintégration politique » (Le cherche-midi, 2023), lecture que je vous recommande chaudement. Ainsi, selon lui, l’immigration de masse agit comme une « pompe à richesse » qui déprime les salaires réels de ceux qui se situent en bas de l’échelle sociale et transfère l’argent vers le haut : vers les propriétaires d’entreprises, d’immeubles à logement, les banques et, en général, vers ceux qui détiennent un capital substantiel. Le livre fourmille de références historiques passionnantes de ce phénomène.
Par exemple en France en 1250 (p.69) « l’appauvrissement des classes populaires s’est révélé fructueux pour les élites, qui tirent profit de rentes foncières élevées, de salaires bas et de la hausse du prix des denrées alimentaires. En d’autres termes, la surpopulation massive du XIIIe siècle avait créé une pompe à richesse alimentant les propriétaires terriens aux dépens des paysans ». Et aux États-Unis, autre exemple, après plusieurs décennies d’immigration massive, la « pompe à richesse » travaillant du bas vers le haut a été inversée efficacement par l’adoption de lois sur l’immigration en 1921 et 1924, qui ont permis de réduire l’offre de main-d’œuvre et d’augmenter les salaires réels sur « plusieurs décennies » (p.223).
Les arguments usuels (faux) en faveur de l’immigration de masse étant en panne, il ne reste donc maintenant que les virulentes sorties médiatiques de propriétaires d’entreprises qui viennent alternativement tenter de susciter la pitié ou nous menacer collectivement de ruine si leurs intérêts particuliers ne sont pas priorisés au détriment de ceux de la collectivité. Leur message est clair : réduire le nombre d’immigrants temporaires au Québec (il y en a plus de 616 000!) va entrainer de graves conséquences économiques. Cela, convenons-en, est peut-être vrai en particulier, mais est faux de façon globale.
Il faut plutôt regarder le portrait d’ensemble : réduire (drastiquement!) le nombre d’immigrants temporaires va bénéficier à l’ensemble de la société qui va voir la crise du logement s’atténuer (cela a déjà commencé), les loyers baisser, la pression sur les écoles et les services de santé diminuer et les salaires réels augmenter. Sans parler de la question du français.
Mais de tout cela, il n’est guère question dans les médias. C’est presque comme si ceux-ci étaient au service de l’élite.
Un lecteur, peu soucieux de mon repos durant mes vacances, m’a envoyé un balado de Ian et Frank portant sur la crise du logement et l’immigration avec comme invité l’économiste Vincent Geloso.
Le point de départ de ce balado serait un « feud » (?) ayant eu lieu entre M. Geloso et moi le 26 mai 2025 sur X. Voici une copie d’écran du bref échange entre nous:
Dans cet échange, je réagissais à l’affirmation de M. Geloso à l’effet que la crise d’abordabilité du logement découlerait « directement » du manque d’offres de logement. Dans son tweet, celui-ci pointait du doigt des citoyens qui s’opposent à la densification de leur quartier et qui seraient donc responsables, en partie, doit-on comprendre, de la hausse du prix des logements.
M. Geloso semble penser que si seulement on pouvait passer outre aux protestations des citoyens, le prix des logements baisserait et la crise serait réglée. De plus, les promoteurs privés feraient de l’argent, les banques et les villes aussi. En somme, tout le monde y trouverait son compte, sauf quelques personnes qui verraient leur qualité de vie en prendre un coup. Mais cela serait le prix à payer pour le bien commun, en quelque sorte.
Pendant des années et des années, le fédéral, par la bouche de Marc Miller, a traité de raciste et de xénophobe toute personne qui osait faire un lien entre la stimulation de la demande de logements via l’immigration et la hausse des prix de ceux-ci. L’inénarrable André Pratte du PLQ s’en est même mêlé pour affirmer que « Ce ne sont pas tellement les seuils d’immigration qui posent problème, mais plutôt notre volonté collective à prendre les moyens pour bien accueillir les nouveaux arrivants ». C’est la même posture unilatérale, moralisatrice et culpabilisatrice qui nous est souvent servie par le Devoir sous la plume de la « journaliste » Sarah R. Champagne, par exemple. L’IRIS est allée jusqu’à écrire en 2023 que la crise du logement découlait d’un manque « d’encadrement » gouvernemental; dans cette vision, plus de règlements et plus de lois nous permettraient de faire baisser les prix des logements et d’accueillir un nombre quasi illimité d’immigrants.
Le régime fédéral, ses relais au Québec ainsi que la gauche woke alliée à Ottawa a ainsi nié avec la dernière énergie, pendant des années, le lien entre l’immigration et la crise de logement.
Une fissure dans ce discours est apparue seulement lorsque de grandes banques canadiennes ont commencé à s’inquiéter. La Banque nationale, par exemple, a jeté un sérieux pavé dans la mare en publiant en 2024 une étude qui indiquait que le Canada était pris dans un « piège démographique » qui a, écrit-elle, « historiquement toujours été réservé aux économies émergentes » (traduction : le Canada se tiers-mondialise!). Non seulement « la population croît si rapidement que nous n’avons pas assez d’épargne pour stabiliser notre ratio capital-travail et augmenter le PIB par habitant » mais le déficit de l’offre de logements a atteint un creux historique en 2024 et pour « réduire l’inflation des coûts de logement, le Canada devrait doubler sa capacité de construction à environ 700 000 mises en chantier par an, un objectif inatteignable » (c’est moi qui souligne). La Banque nationale jugeait donc que la stimulation de la demande via l’immigration était si extrême qu’il était irréaliste de prétendre pouvoir ajuster l’offre en conséquence. Ce n’est pas rien.
Le prix des logements est le résultat des mécanismes de marché et de l’équilibre entre la demande et l’offre; les deux variables de cette équation entrent en ligne de compte pour ce qui est de la détermination des prix. Voilà qui constitue le raisonnement économique de base.
Pendant des années, une censure malsaine a bloqué la simple évocation du côté « demande » de l’équation, qui passait complètement à la trappe dans le discours public. Mais depuis 2024, sous la pression des grandes banques (et de la réalité), cette censure a reculée.
Aussi est-il étonnant de voir qu’une partie de la « droite de Québec » continue à évacuer le terme « demande » de l’équation « demande et offre ». Or la censure sur la discussion de la demande a contribué grandement, selon moi, à nous entrainer dans la catastrophe que l’on vit actuellement en logement.
La forme
Le bref échange sur X entre M. Geloso et moi sert de point de départ pour un balado de plus d’une heure. Balado où mon tweet et mon nom figurent en introduction sans que j’aie été invité à défendre mon point de vue, ce qui constitue une impolitesse.
L’invité du balado, M. Geloso, peut alors exposer son opinion en long, en large et en travers, devant deux animateurs totalement acquis à ses idées (Ian et Frank), qui boivent ses paroles et ne lui envoient que des questions en forme de « softball ».
Le balado a pour titre « L’immigration est-elle LA cause de la crise du logement ? » (les majuscules ne sont pas de moi). Déjà, par le titre, l’on présente la chose en faisant comme si certains (moi?) pensaient ou affirmaient que l’immigration était LA cause, ce qui sous-entend l’unique cause, de la crise de logement. Cette position, à ma connaissance, n’est défendue par personne. Mais le procédé est utile pour s’attaquer à un adversaire en caricaturant ses positions. Surtout si celui-ci n’est pas en mesure de se défendre. Cette stratégie rhétorique éprouvée porte d’ailleurs le nom de « l’épouvantail » ou « l’homme de paille ».
Comme exemples du sophisme de l’épouvantail abondamment utilisé au cours de ce balado, voici ce que Ian affirme (à 2:09) « PSPP sort et dit c’est à cause des immigrants qu’on n’est pas capable d’avoir des logements et on s’est fait voler le rêve d’avoir notre habitation par le gouvernement fédéral et sa politique migratoire ». A ma connaissance, le Chef du parti québécois n’a jamais affirmé une telle chose. PSPP, dans ses sorties sur X (exemple ici), a toujours pris grand soin de parler de la « politique d’immigration » et non des « immigrants ». La distinction entre les deux est cruciale : il ne blâme jamais les immigrants, les individus, en soi, mais la politique d’immigration, qui est le cadre idéologique et institutionnel mis en place par le gouvernement du Canada (et du Québec).
D’autres exemple? Frank (3:43) « c’tu vrai que les métèques nous volent nos maisons? », Ian (3:56): « Je trouve qu’on casse du sucre sur le dos des immigrants », Vincent (4:47): « Les immigrants augmentent le prix du logement? », etc.
Confondre sciemment « politique d’immigration » et « immigrants » est une stratégie rhétorique utilisée par certains pour laisser sous-entendre que les opposants à la politique d’immigration actuelle s’opposeraient aux individus, c’est-à-dire qu’ils seraient, in fine, des racistes. Ce qui est bien entendu odieux.
Plus loin dans le balado, l’accusation de racisme est explicite, Ian nous expliquant doctement que la crise du logement ne serait qu’un prétexte commode pour justifier un racisme préexistant (9 :03) : « Avant d’avoir la crise du logement, ce qu’on nous disait c’est que les immigrants viennent ici pour consommer nos services sociaux, that’s it that’s all, c’est ça qui fait qu’on a des déficits… Quand arrive la crise du logement, ils sautent là-dessus comme la misère sur le pauvre monde, ben évidemment, parce qu’ils se disent que on peut en plus dire que ces gens viennent acheter des maisons ».
La « droite de Québec » verse donc dans les mêmes accusations de racisme qui nous ont longtemps été servies par le régime fédéral et ses relais. Cela illustre, selon moi, la proximité idéologique de cette droite avec le régime fédéral (j’en ai parlé ici).
Passons également sur l’utilisation abondante du terme de dérision « caribous » tout au long du balado pour désigner ceux qui font un lien entre l’immigration et la crise du logement. Un des animateurs du balado se plaint pourtant régulièrement, sur les médias sociaux, d’un manque de civilité dans la discussion avec les dits « caribous ». Disons qu’il ne prêche guère par l’exemple.
Le fond
A 2:27 l’on affirme que « Vincent lui y’a des études », ce qui signifie que M. Geloso est rationnel et documenté alors que ses opposants ne le seraient pas. Voilà une affirmation pour le moins périlleuse.
Je me permets de résumer le propos de M. Geloso tenu au cours du balado (correctement, j’espère), il affirme :
1) qu’il est vrai que les prix peuvent augmenter en stimulant la demande, mais que cela résulte du fait que la partie « offre » de l’équation n’est pas aussi « élastique » qu’elle pourrait l’être, c’est-à-dire qu’il serait possible de construire beaucoup plus de logements en libéralisant le marché de la construction et en faisant sauter les règlements tatillons qui restreignent artificiellement, selon lui, l’offre .
2) que la hausse de prix n’est pas grave en autant que l’immigration nous « enrichisse », c’est-à-dire qu’elle vienne hausser la productivité, donc le PIB par habitant. Encore là, pour que l’immigration nous enrichisse, il faudrait faire tomber les lois et règlements qui entravent cette productivité, par exemple, les exigences des ordres professionnels qui restreignent le droit de pratique au Québec des médecins algériens (un des exemples utilisés).
La constante entre 1) et 2) est l’idée que c’est l’État, en entravant les mécanismes de marché, qui empêche non seulement de s’enrichir avec l’immigration mais aussi d’ajuster l’offre de logement.
Ce avec quoi je ne suis pas en total désaccord. Je trouve aussi que la multiplication de la bureaucratie et des règlements en tout genre a atteint un point de folie dans nos sociétés et que ceux-ci nuisent plutôt qu’ils n’aident. Que le poids de l’état dans l’économie, passé un certain seuil, entraine une diminution de la productivité globale. Que le droit du logement au Québec pèse pas mal en faveur des locataires, par exemple, avec l’absence de caution versée au début d’une location pour garantir les dommages éventuels, ce qui est une pratique standard à peu près partout ailleurs. Je pense aussi que le modèle Québécois issu de la Révolution tranquille arrive en fin de course et qu’il faut faire de profonds ajustements.
J’estime cependant que M. Geloso verse dans la pensée magique en affirmant qu’une simple surdose de libéralisme suffirait à contrecarrer un choc de la demande comme nous en vivons un depuis des années à cause de l’immigration massive. Mettons les choses en perspective : Le taux de croissance de la population du Canada en 2023 était de 3,2%, ce qui le classe ex-aequo plusieurs pays africains (où la croissance est plutôt organique). A ma connaissance, un tel choc sur le logement ne s’est jamais produit sur une aussi grande échelle dans un autre pays, à part l’Australie, qui souffre également, coïncidence étrange, d’une crise de logement carabinée.
Il est toujours possible de prétendre qu’en faisant telle ou telle chose autrement, tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Mais cela me semble être une fuite dans une réalité alternative et un refus de voir en face la réalité telle qu’elle est. Ce qui m’a toujours intéressé, c’est de comprendre le monde tel qu’il est et non tel que j’aimerais qu’il soit. La nuance est fondamentale.
1)La croissance du PIB par habitant est inférieure à celle d’autres pays de l’OCDE et stagne depuis une dizaine d’années, soit depuis la décision de M. Trudeau d’augmenter massivement les seuils d’immigration (un hasard?). La constatation empirique est que l’immigration massive des 10 dernières années ne semble pas nous enrichir.
2) Le prix réel des logements au Canada a augmenté de façon stratosphérique au cours des 18 dernières années, paupérisant une bonne partie de la population (surtout les plus pauvres) :
3) La croissance de productivité des entreprises au Canada est très médiocre :
L’OCDE écrit même que (p.20) « La forte immigration récente, en particulier de résidents non permanents, a créé des tensions sur le marché du logement ».
Pour l’OCDE, la partie « demande » est donc importante. Nul doute que les économistes de l’OCDE gagneraient à se faire expliquer par M. Geloso qu’il faut se concentrer sur l’élasticité de l’offre plutôt que sur la demande.
Statistique Canada a aussi publié en juin 2025 une étude qui a pour titre « Immigration and housing prices across municipalities in Canada ». Cette étude est de nature empirique, basée sur des données à la grandeur du Canada, et modélise la part de la hausse du prix des logements attribuable directement à l’immigration sur la période 2006-2021.
Les auteurs soulignent, sans surprise, que les prix des logements dépendent de plusieurs facteurs : « La relation entre l’immigration et les prix des logements a varié au fil du temps et selon les régions, soulignant que l’immigration n’est pas le seul facteur influençant les prix des logements. Son impact est souvent conditionné par les conditions économiques locales, les politiques de logement et les défis de l’offre, ainsi que par d’autres facteurs régionaux qui changent au fil du temps. » L’élasticité de l’offre atténue la hausse des prix, cela est exact et M. Geloso a raison sur ce point.
Mais les auteurs arrivent tout de même à la conclusion que l’immigration a bien conduit à des hausses importantes de prix sur la période étudiée (qui n’inclut malheureusement pas les années record 2023 et 2024) : « Les résultats montrent que, sur la période d’étude, l’augmentation de l’afflux de nouveaux immigrants, arrivés au Canada au cours des cinq dernières années, était en moyenne associée à une hausse de 11 % des valeurs médianes des maisons et à une augmentation similaire des loyers médians dans les municipalités comptant au moins 1 000 habitants. Cette association était particulièrement plus marquée dans les grandes municipalités. Dans les 53 municipalités comptant plus de 100 000 habitants, qui ont ensemble attiré plus de 80 % des nouveaux immigrants, l’augmentation des nouveaux immigrants était liée à une hausse substantielle de 21 % des valeurs médianes des maisons et de 13 % des loyers médians ». Globalement, l’immigration est responsable d’une partie de la hausse des prix, même si cette hausse n’est pas égale partout.
Une autre étude récente de la SCHL démontre que la limitation des flux d’immigration décidée récemment par le fédéral (surtout pour les temporaires) contribue à faire baisser les loyers au Canada. Il y a donc, pour parler en termes épidémiologiques, un effet dose-réponse, ce qui indique qu’il s’agit non pas seulement d’une corrélation, mais d’une relation causale.
D’autres économistes démontrent l’étroite corrélation entre l’immigration et les prix :
Notons que même l’ineffable Marc Miller, dans un revirement spectaculaire, est maintenant d’accord qu’il existe bel et bien un lien entre les seuils d’immigration et le prix des logements.
Conclusion
Par ailleurs, si l’on revient àl’article de la Presse cité par M. Geloso dans son tweet du 26 mai, l’on constate que des citoyens se sont mobilisés pour tenter de faire échec au projet d’un promoteur privé de construire deux tours à condos de 13 étages et que les raisons citées touchent non seulement à la qualité de vie des citoyens mais aux limites des infrastructures: « On continue de construire sans se préoccuper de la capacité d’accueil ni des infrastructures qui sont déjà insuffisantes au moment présent. On ne peut pas continuer de développer éternellement. À un certain moment, la limite sera atteinte ». L’ensemble des infrastructures (égouts, réseau électrique, autoroutes, transport collectif, écoles, etc.) n’a jamais été dimensionnée pour accueillir une telle densification : cela est un autre point ignorée dans l’analyse de M. Geloso. Pour prouver que l’offre est « élastique », il faut faire l’analyse sur l’ensemble des infrastructures urbaines.
En outre, densifier à tout prix touche également au droit des citoyens de peser sur la vision urbanistique de leur ville et de préserver leur qualité de vie. Cet aspect des choses n’est également pas abordé dans le balado.
Les citoyens, qui n’ont jamais été consultés sur l’immigration massive, sont maintenant sommés d’en subir les conséquences en se la bouclant et en acceptant des reculs de leur qualité de vie. Que cela, évidemment, affecte surtout les plus pauvres, ne devrait pas nous autoriser à passer pour autant cette question sous le tapis.
En résumé, est-ce que Ian, Frank et M. Geloso seront parmi les derniers (en compagnie d’André Pratte), à affirmer que : « Ce ne sont pas tellement les seuils d’immigration qui posent problème, mais plutôt notre volonté collective à prendre les moyens pour bien accueillir les nouveaux arrivants »?
Statistique Canada publie mensuellement une « Enquête sur la population active » où un suivi longitudinal de variables reliées à l’activité économique, telles que le taux de chômage et d’emploi, est effectué.
Les données du mois d’avril 2025 ont été rendues disponibles le 9 mai. L’on y apprend que le taux de chômage au Canada a continué à augmenter, s’établissant à 6,9% en avril 2025 (+1,8 points depuis 2 ans) et que le taux d’emploi a continué à diminuer, atteignant 60,8% (-1,7 point en 2 ans). La hausse du taux de chômage est particulièrement rapide chez les jeunes de 15 à 24 ans où il atteint maintenant 14,1%, en nette rupture avec la moyenne pré-COVID19 de 10,8%.
Si le taux de chômage est un concept bien connu, le taux d’emploi l’est moins. Ce dernier est particulièrement intéressant car il correspond à la fraction de la population occupant un emploi et, contrairement au chômage, il se calcule en incluant à la fois les personnes actives et inactives (qui ne sont pas à la recherche d’un emploi) au dénominateur. Le taux d’emploi permet donc de suivre l’évolution réelle de la contribution de la population à l’économie.
Statistique Canada note que « Le taux d’emploi a suivi une tendance à la baisse pendant la majeure partie de 2023 et de 2024, la croissance de la population ayant dépassé la croissance de l’emploi ». Il semble que le Canada, avec l’une des politiques d’immigration de masse les plus débridées au monde, rajoute depuis plusieurs années, avec l’immigration, de l’aveu même de Statistique Canada, quantité de chômeurs et d’inactifs à sa population active.
Importer des chômeurs et des inactifs
Voyons l’évolution des choses sur la période d’avril 2023 à avril 2025. Le bloc principal qui forme la population active, celui des 15-54 ans, a augmenté de 1 642 500 personnes durant cette période 24 mois, soit une croissance de 8,2% depuis avril 2023. Une croissance, soulignons-le, absolument phénoménale, record, démentielle. Pour comprendre un peu ce que cela signifie, à ce taux de croissance, la population des 15-54 ans aura doublé au Canada dans 17 ans, pour atteindre 40,5 millions à elle seule en 2042, soit l’équivalent de la population actuelle totale du Canada.
Durant cette même période 2023-2025, le nombre d’emplois au Canada a augmenté de 711 500, une croissance de 3,5%. La croissance de la population inactive ou au chômage dépasse donc de 931 000 personnes celle des emplois!
Dans les deux dernières années, le Canada a connu un solde migratoire total frisant les 2 millions de personnes, en incluant les autres groupes d’âge (les 0-14 ans et les 55 ans et plus). La hausse de la population active de 15-54 ans est due presque entièrement à l’immigration. Le Canada a donc fait venir presque un million de personnes de trop -relativement au nombre d’emplois créés – personnes qui sont allées gonfler les rangs des inactifs ou de ceux au chômage parmi la population des 15-54 ans. Et c’est sans compter les 0-14 ans qui s’ajoutent sur les bancs d’école, ainsi qu’un nombre non négligeable d’immigrants de 55 ans et plus, qui s’ajoutent ou s’ajouteront bientôt aux rangs des retraités sans jamais avoir contribué de façon significative aux caisses de retraite.
Même dans les groupes d’âge d’immigrants qui sont supposés venir tonifier les rangs des travailleurs, pour compenser les départs à la retraite nous dit-on, l’on constate depuis 2 ans une baisse généralisée des taux d’emploi selon la classe d’âge et le statut migratoire (tableau 1). Cette baisse du taux d’emploi n’épargne personne mais touche particulièrement sévèrement les 15-24 ans qui subissent une érosion de leur taux d’emploi de 8,4 % (pour ceux nés au Canada) à 13,2 % (pour les immigrants depuis 10 ans et plus).
Tableau 1 : Taux d’emploi en fonction de la classe d’âge et du statut migratoire sur la période 2023-2025
Statut migratoire
Avril 2023
Avril 2025
Différence (%)
15-24 ans
Nés au Canada
57,2
52,4
-8,4
Immigrants depuis 5 ans et moins
51,5
46,1
-10,5
Immigrants depuis 10 ans et plus
55,5
48,2
-13,2
25-54 ans
Nés au Canada
85,7
85,0
-0,8
Immigrants depuis 5 ans et moins
77,2
76,7
-0,6
Immigrants depuis 10 ans et plus
84,9
82,3
-3,1
Notons aussi, au tableau 1, que le taux d’emploi des immigrants, même des immigrants présents depuis 10 ans ou plus, est systématiquement inférieur à celui des personnes nées au Canada. Cela est un signe que l’intégration économique effective des immigrants prend beaucoup, beaucoup de temps.
L’institut Fraser, dans l’une des seules études sur le sujet jamais faite au Canada, avait estimé en 2013 que l’immigration imposait, précisément à cause des taux d’emploi et des revenus généralement inférieurs des immigrants, un fardeau fiscal d’environ 20 milliards de dollars par année au Canada. Comme le Canada admettait à l’époque environ quatre fois moins d’immigrants par année comparativement à aujourd’hui, il faudrait multiplier ce montant par un facteur d’au moins quatre, ce qui signifie que les charges sociales reliées à l’immigration équivalent à environ 18% des dépenses annuelles courantes du gouvernement canadien.
Le fiasco économique de l’immigration de masse
Ces données expliquent en partie la stagnation du produit intérieur brut (PIB) par habitant que l’on constate au Canada depuis une dizaine d’années; on dilue la valeur des biens et services produits en gonflant, via une immigration excessive, le nombre d’inactifs et de chômeurs plus rapidement que le PIB n’augmente. C’est une illustration du « piège démographique » évoqué par l’économiste Stéfane Marion de la Banque Nationale, piège causée par une politique d’immigration totalement déconnectée de l’économie réelle.
Non seulement la politique d’immigration canadienne mené depuis la prise de pouvoir du Parti libéral du Canada en 2015 ne nous « enrichit » pas comme il est très souvent affirmé, elle nous appauvrit. Et pas qu’un peu.
Ce qui force la question fondamentale : quel est l’objectif réel de la politique d’immigration du Canada?
Cet objectif n’est clairement pas de nature économique.
Depuis longtemps, le vote des anglophones et celui des immigrants est un déterminant majeur et incontournable des résultats électoraux au Québec. Selon Léger, les anglophones (langue maternelle) ont 5,5 fois moins de probabilité de voter Bloc comparativement à PLC tandis que les allophones (langue maternelle) ont une probabilité de 0% (!) de voter Bloc et votent encore plus massivement pour le PLC que les anglophones eux-mêmes. Ainsi, les allophones se comportent électoralement, au Québec, comme des « super-anglophones ».
On pourrait penser que cette orientation électorale des immigrants serait transitoire et disparaitrait avec l’apprentissage du français et la durée de séjour au Québec. Un sondage fait par Nanos, ne tenant pas compte de la langue mais seulement du statut migratoire, indique qu’un immigrant a une probabilité relative de voter Bloc, comparée aux natifs, de 0%, 26% et 10%, dépendant s’il est né à l’étranger, est né au Canada avec au moins un parent né à l’étranger et est né au Canada avec au moins un grand-parent né à l’étranger.
Dans ce sondage, la durée de séjour diminue la probabilité de voter Bloc, même si l’immigrant est né au Canada et a passé toute sa vie au Québec. En toute probabilité, il s’agit là d’un effet de sélection de l’immigration, ceux ayant un grand-parent né à l’étranger étant probablement d’origine italienne ou grecque et s’étant intégrés en bloc, avant la loi 101, à la communauté anglophone. Quoi qu’il en soit, même les immigrants les plus récents ont une orientation électorale qui est le quart seulement, environ, de celle des natifs francophones. Cela est une illustration que l’intégration culturelle (pas seulement linguistique) prend beaucoup, beaucoup de temps (au moins deux générations, sinon plus), si elle se réalise jamais…
C’est ici que le statut politique du Québec joue un rôle fondamental : les immigrants immigrent au Canada et non au Québec, ne l’oublient pas de sitôt, et s’intègrent assez peu finalement, politiquement, à l’identité « provinciale », subordonnée, québécoise.
Ce qui est intéressant également dans l’étude de Nanos, c’est le décalage entre les intentions de vote pour le PLC et pour le PCC des immigrants; alors que les natifs divisent leur vote presque également entre le PLC et le PCC (pour le Canada au complet), les immigrants « sur votent » systématiquement en faveur du PLC, par une marge de 3,3, 10,3 et 9,9 points, dépendant du statut des générations, respectivement.
A l’échelle du Canada, l’immigration avantage systématiquement le PLC et au Québec, cette distorsion électorale est particulièrement grave. Qui plus est, cette distorsion perdure dans le temps de manière remarquable. Cela a été compris depuis longtemps par les fédéralistes qui ont, depuis longtemps, instrumentalisé l’immigration contre le nationalisme Québécois (rappelons, par exemple, les naturalisations de masse d’immigrants juste avant le référendum de 1995).
Il semble donc que l’immigration massive bloque non seulement l’expression politique du nationalisme Québécois, mais qu’elle bloque également l’alternance politique, base de toute démocratie saine.
Avec l’immigration massive, le Canada s’installe de plus en plus dans un régime de parti unique.
Depuis les résultats de lundi dernier, les savantes analyses affirmant que les nationalistes Québécois auraient massivement voté pour Mark Carney se succèdent. Sont-elles justes?
On sait que le vote au Québec est profondément structuré par la culture et la langue.
Ainsi, selon Léger, les anglophones (langue maternelle) appuyaient le PLC à hauteur de 65% au Québec (contre 6% seulement pour le Bloc) tandis que les francophones appuyaient le Bloc à hauteur de 33% (34% pour le PLC) et les allophones appuyaient le PLC à 70% (vs 0% (!) pour le Bloc). Si les francophones répartissent leurs votes entre plusieurs partis de façon à peu près pondéré, le vote anglophone et immigrant se reporte massivement, de façon quasi-soviétique, sur le PLC.
Selon une enquête Nanos effectuée en avril 2025, le Bloc Québécois obtient 4 fois MOINS d’appuis chez les immigrants de 2ème génération nés au Canada que chez les immigrants de 1ère génération nés au Canada (2,5% vs 0,6%) et 4 fois MOINS d’appuis chez les immigrants 1ère génération nés au Canada vs les natifs (9,5% vs 2,5%). Chez les immigrants nés à l’étranger, le Bloc Québécois obtient même 0% des intentions de vote! C’est le plus gros décalage entre les intentions de votes des immigrants et celui des natifs de tous les partis au Canada, et de loin.
On peut donc penser que la hausse effrénée de la proportion d’immigrants dans la population du Québec depuis des années a des impacts grandissants sur les résultats électoraux. Pour le savoir hors de tout doute, il faudrait faire une étude minutieuse de toutes les circonscriptions (appel à tous!).
Mais penchons-nous, pour fins pédagogiques, sur Longueuil-Saint-Hubert, l’ex-circonscription du bloquiste défait Denis Trudel.
En 2021, selon Élections Canada, le Bloc Québécois a obtenu 23 579 votes dans Longueuil-Saint-Hubert et 23 468 en 2025, un résultat quasi constant. Le PLC, quant à lui est passé de 21 930 votes à 24 237 (gain +2 307). Le nombre de bulletins valide en 2021 était de 58 379 et de 60 310 en 2025 (gain de 1 931). La population de Longueuil a crû de 12 546 sur la période 2021-2024.
A noter cependant qu’en 2022, cette circonscription a été redécoupée, ce qui a certainement eu des incidences (inconnues pour l’instant) sur la composition ethno-linguistique de celle-ci et toute comparaison entre 2021 et 2025 est donc à prendre avec des pincettes. Il faudrait reconstruire les résultats 2021 avec la circonscription 2025 pour faire une comparaison exacte (un travail de moine).
On peut penser, cependant, que la variation d’électeurs de 1 931 de 2021 à 2025 provient, en bonne partie étant donné les mouvements de population durant cette période, de l’immigration et, selon Nanos, ce bloc d’électeurs a fort probablement exprimé son vote non pas en faveur du Bloc mais du PLC. Il aurait donc suffi d’un combinaison du nouveau vote immigrant et d’un report de 376 votes francophones vers le PLC pour expliquer la défaite de M. Trudel.
Dans cette circonscription qui subit l’immigration massive depuis des années, la défaite du Bloc s’explique donc fort probablement, simplement, à 85% environ, par le vote des immigrants.
Si ce résultat tient pour l’ensemble du Québec, alors l’immigration massive nous conduit rapidement vers une extinction électorale du nationalisme Québecois.
Recension de lecture. « L’étrange suicide de l’Europe » de Douglas Murray
Je n’avais jamais lu Douglas Murray, écrivain et intellectuel britannique de son état, connu pour de multiples livres et interventions médiatiques. J’ai donc corrigé cette lacune et lu « L’étrange suicide de l’Europe : Immigration, identité, islam », paru en 2017.
Un livre de plus de 500 pages qui fournit un tour d’horizon encyclopédique de la question de l’immigration en Europe, partant des débuts de l’immigration de masse suite au boom économique des « trente glorieuses » de l’après-guerre où s’est fait sentir un besoin de main-d’œuvre pour nourrir la machine de production alors en plein essor en passant par la « crise des migrants » et l’ouverture des portes de l’Allemagne par Angela Merkel à un million de réfugiés de 2015-2016, ouverture qui a conduit à ce que l’Aternative fur Deutschland (AFD) un parti antisystème qui souhaite sortir l’Allemagne de l’Union Européenne et réduire drastiquement l’immigration, soit aujourd’hui en tête des intentions de vote dans ce pays. Partout en Europe, la question de l’immigration, refoulée aux marges pendant des décennies, ressurgit et bouleverse l’échiquier politique.
Murray démontre brillamment à quel point la question de l’immigration n’a jamais été réfléchie sérieusement par l’ensemble des élites politiques européennes. Ainsi, le début de l’immigration de masse était vu comme une solution « temporaire » à la pénurie de main-d’œuvre des années soixante. Mais, évidemment, les immigrants « temporaires » sont restés, ont fait venir leurs femmes, ont eu des enfants, ont fait souche dans le pays et sont devenus de plus en plus nombreux. Le flux d’immigrants, attirés par la qualité de vie de l’Europe (plus que par sa culture) a augmenté d’une année à l’autre et d’une décennie à l’autre, tel un schème de Ponzi inarrêtable. A chaque étape, la perspective court terme a dominé; aucun politique n’a pensé aux conséquences à long terme de faire venir des population aux mœurs différentes, et pour certaines, provenant de cultures totalement incompatibles avec celles de l’Europe. Les politiciens élus pour quelques années et ne pensant qu’à leur réélection prochaine ont évacué toute pensée long terme et ont ainsi entrainé l’Europe dans la catastrophe actuelle. On touche là à une faiblesse fondamentale -peut-être fatale- de la démocratie libérale.
Murray parle des quelques lanceurs d’alertes, tel le député anglais Enoch Powell, qui a eu le malheur de réfléchir à la question de l’immigration et qui a tiré les conséquences logiques des évènements qu’il voyait se dérouler sous ses yeux. Powell a averti que l’immigration de masse, si elle continuait, allait changer la société anglaise de façon profonde et non souhaitée. La parole de Powell a résonnée dans le peuple Anglais : les sondages de l’époque indiquaient déjà que de plus de 60% de la population était hostile à l’immigration de masse, soit environ le même niveau qu’aujourd’hui. Cela fait donc presque soixante ans que le peuple Anglais s’oppose à l’immigration massive et cela fait soixante ans que les élites politiques ignorent totalement le peuple et que l’immigration augmente d’une année à l’autre et d’une décennie à l’autre, peu importe que le gouvernement soit « Labor » ou « Conservative ». En immigration, la trahison des élites européennes est totale et dure depuis des décennies.
Le parallèle à faire avec notre situation est frappant : la CAQ s’est fait élire largement sur une promesse de réduction de l’immigration et on se retrouve pourtant, 7 ans plus tard, avec des niveaux d’immigration qui fracassent tous les records historiques malgré l’opposition de la population à la chose. Ce qui est à souligner également, c’est à quel point le Canada suit le script Britannique à la lettre avec quelques années de retard seulement : ainsi, Murray écrit qu’en Angleterre, en 2014, 37% des nouveau-nés avaient au moins un parent né à l’étranger et que 27% en avaient deux; un niveau que le Québec a atteint, grosso modo, en 2023. On peut parier que M. Carney, qui a passé beaucoup de temps en Angleterre, va nous servir les mêmes potions que l’élite anglaise a dispensée à son peuple.
Pour revenir à Powell : celui-ci a été complètement écrasé politiquement par l’élite en place, qui refusait d’admettre qu’elle ait pu commettre une erreur, a été calomnié, accusé de racisme, sa carrière a été détruite et il a sombré dans l’oubli. Le prix à payer pour s’opposer à l’immigration de masse était (et est) immense. Tous les opposants potentiels ont compris le message et se sont tus. C’est ainsi qu’en immigration, la censure, le mensonge et le double discours sont devenus dominants; dans les décennies suivantes, les hommes et femmes politiques qui avaient des doutes sur la politique d’immigration se turent. Cela a permis aux choses de continuer.
Le refus absolu de la classe politique d’admettre ses erreurs a mené à la fuite dans l’idéologie de la « diversité » et du « multiculturalisme », le déni de la réalité et une vision du monde niant les profondes différences culturelles qui peuvent exister entre les peuples. Différences parfois irréconciliables comme on le voit avec la question de l’islam qui est en train de fissurer à peu près toutes les sociétés occidentales, la solution pour « vivre ensemble » sans soumission avec une religion aux visées souvent totalitaires et hégémoniques n’ayant été trouvée par personne.
Murray, et c’est sa force, ne s’interdit d’examiner aucune question et enfreint les tabous : les gangs musulmans au Royaume-Uni organisant le viol de jeunes filles blanches, non musulmanes et considérées en conséquence comme des sous-humaines, l’explosion des viols en Suède suite à l’ouverture des vannes de l’immigration au début des années 2000, le nihilisme et le mépris pour la culture européenne enrayant l’intégration et créant un appel d’air, la laïcité en tant qu’héritage profondément catholique et impensable dans la culture islamique, la démographie qui fera en sorte que les peuple européens deviendront minoritaires dans leurs propres pays au cours des décennies à venir et que ces peuples (mais pas les autres peuples!) seront donc privés à jamais d’un « chez eux », la haine de l’Occident qui est à la base du « multiculturalisme » où la seule culture qui n’a aucune valeur et qui doit disparaitre est la nôtre, etc.
Le tour d’horizon de Murray est complet. Et s’il aborde les questions qui choquent, avec une liberté de parole quasiment impensable au Canada et au Québec, c’est toujours avec nuance et appuyé par des témoignages de première main, du travail de terrain et par une abondante documentation.
Un livre époustouflant dont on ressort convaincu d’une chose : soit les peuples occidentaux vont bientôt réussir à reprendre le contrôle démocratique de la question de l’immigration, soit ils vont disparaitre. Et va disparaitre avec eux la culture européenne et occidentale, seul héritage encore vivace de l’esprit grec et romain qui a apporté au monde, entre autres bagatelles, la science, l’égalité de tous devant la loi, les droits de l’homme, l’égalité homme-femme, la fin de l’esclavage, la séparation du temporel et du spirituel, etc. Un héritage culturel, donc, dont on n’a pas à avoir honte et que l’on pourrait choisir de porter bien haut.
La question de l’immigration est à mon avis LA question la plus importante pour les prochaines années, celle dont dépend toutes les autres. Ce livre est donc à lire absolument.
L’on m’a reproché, dernièrement, d’avoir utilisé dans un texte l’expression « autoritarisme judiciaire » pour dénoncer le fait que des juges, profitant de la Charte canadienne des droits et libertés de 1982, qui les place en surplomb au-dessus du Parlement, de l’Assemblée nationale et du peuple, en menaient large, très large.
L’on en a pourtant eu, coup sur coup, deux exemples très parlants cette semaine : premièrement une décision du juge Éric Dufour (nommé par Justin Trudeau) qui fait tomber à la fois la hausse des frais de scolarité et l’exigence de cours de français pour les Canadiens non-résidents étudiants à McGill et Concordia et, deuxièmement, une décision du juge Andres C. Garin (nommé par Justin Trudeau) imposant au Québec de reconnaitre la « polyfiliation », c’est-à-dire le concept qu’un enfant pourrait avoir plus de deux parents.
D’un côté, un juge décide unilatéralement que Québec n’a pas le pouvoir de déterminer sa grille tarifaire pour ses universités et que nous devons collectivement continuer à financer les Canadiens qui viennent étudier en anglais à McGill et Concordia, ce qui nous coûte la bagatelle de 200 millions par année (en plus d’angliciser Montréal à tour de bras) et de l’autre, un juge dynamite les bases anthropologiques séculaires de notre civilisation en introduisant le concept déjanté de « pluriparentalité » -pourtant écarté par Québec- dans notre Code civil.
Ces décisions nous sont imposées par le haut, sans débat, par une caste juridique nommée par Ottawa. Des juges, pris d’hubris, s’imaginent que le droit peut créer la réalité et qu’il suffit de décréter qu’un enfant peut avoir trois parents pour que cela soit. Il est aussi remarquable de noter que dans ce jugement, les intérêts de l’enfant sont totalement escamotés. Mais la réalité et la biologie se fichent du droit. Comme le disait Roger Scruton, les « traditions sont des solutions à des problèmes dont on a oublié l’existence. Mais si on retire la solution, le problème va réapparaitre ».
Avec ces décisions lunaires, ces juges sont en train de dynamiter leur légitimité, base de leur autorité. La Charte canadienne (imposée illégitimement en 1982, rappelons-le) se voulait un « contrepouvoir » face à la menace (imaginaire selon moi) d’une « dictature de la majorité ».
Mais force est de constater qu’il n’existe pas de « contrepouvoir » au pouvoir des juges, pouvoir qui semble être devenu absolu et qui nous dépossède.