Loi 101 : Les objectifs doivent venir avant les moyens

Ces jours-ci, il fait bon de se replonger dans la monumentale biographie que Jean-Claude Picard a dédiée à Camille Laurin (L’homme debout, Boréal, 2003). D’emblée, on réalise que si cette loi majeure a vu le jour, c’est grâce à la vision et à la détermination absolument titanesque de Camille Laurin. Initialement, l’ampleur du projet de Laurin a semé la stupéfaction au conseil des ministres. Alors que son mandat était simplement de « corriger la loi 22 », celui-ci décida plutôt « d’aller au fonds des choses » et de faire une loi réparatrice qui viendrait en quelque sorte guérir les effets psychologiques de la Conquête. Très, très vaste programme…

Il est intéressant de rappeler le clivage des appuis à ce projet de loi au conseil des ministres; si les ministres de Montréal et les ministres économiques appuyaient sans beaucoup de réserve le projet de Laurin, cela n’était pas le cas des députés des régions, qui étaient plus ambivalents. Notons qu’à la CAQ, il n’y a pas vraiment de « ministres de Montréal », que les poids lourds économiques sont indistinguables de ministres du PLQ, et que certains députés des régions, qui dominent, sont plutôt du genre à avoir peur que leurs enfants aient un accent en anglais. C’était mieux avant.

Celui qui a le plus résisté au projet de Laurin, c’est Claude Morin, personnage sulfureux dont on a appris plus tard qu’il était un informateur rémunéré par la GRC. Mais c’était sans compter sur Laurin, « têtu comme un bœuf dans un champ », qui reprenait ad nauseam les mêmes démonstrations et assommait le caucus avec une nouvelle étude démographique après l’autre. Laurin avait fini par avoir le caucus à l’usure, dans un phénomène d’érosion lente, tel un glacier qui arrive à repousser toute masse sur son chemin. Une détermination glaciaire qui lui a permis d’abattre les réticences de René Lévesque, dont l’ambivalence était à l’image de celles de bien des Québécois.

On se rappellera que Lévesque se sentait « humilié » de légiférer sur la langue. A ses yeux, l’indépendance du Québec allait permettre de régler ça. On peut difficilement lui donner tort sur ce point, même s’il faut souligner qu’un Québec indépendant qui continuerait de surfinancer ses institutions anglophones au même niveau que le fait le Québec province aurait probablement des petites surprises quant à la dynamique linguistique…

Pourquoi rappeler tout cela? Parce que l’été passée, dans une lettre ouverte, le ministre Simon Jolin-Barrette avait fait ouvertement appel à la mémoire de Camille Laurin pour tenter d’établir une filiation politique entre Laurin et lui-même. Si je ne doute pas de la bonne foi de Jolin-Barrette, il faut tout de même avouer qu’avec la CAQ, nous sommes passablement loin de l’élan libérateur du PQ de 1976.

Ainsi, écrit Michel David (« La tarte aux pommes », Le Devoir, 6 mai 2021), « tout indique que M. Jolin-Barrette aurait été disposé à étendre la loi 101 au cégep, mais M. Legault a mis son veto ». La « loi 101 au cégep » est pourtant à mon sens le seuil minimal à atteindre pour que le projet de Jolin-Barrette soit structurant et que le signal envoyé soit assez fort pour faire bouger les lignes.

Mais la propension de M. Legault à couper la poire en deux, à « moyenner » en fonction de l’immédiateté du jeu politique, en estimant ainsi atteindre un compromis « raisonnable », risque de lui jouer un bien mauvais tour dans le dossier linguistique. Car empêcher la minorisation des francophones au Québec, c’est une question mathématique. C’est binaire : il n’y a pas « d’entre deux ». Il est impossible de « moyenner ». Être « raisonnable », c’est s’embourber dans les demi-mesures.

Pour arrêter la minorisation en cours des francophones au Québec, il faut briser la dynamique linguistique actuelle et la remodeler pour atteindre des objectifs précis, c’est-à-dire que 90% des substitutions linguistiques doivent se faire en faveur du français et l’assimilation nette des francophones doit être nulle. Toutes autres choses étant égales, ces objectifs assureront une certaine sécurité culturelle au Québec français.

Ces deux objectifs devraient être explicitement mentionnés dans la refonte de la Charte de la langue française et devraient faire l’objet d’un suivi minutieux de la part de l’Office québécois de la langue française. S’ils ne sont pas atteints, alors des mesures supplémentaires devraient être prises rapidement. Il faut que la question linguistique soit envisagée en fonction des objectifs que l’on souhaite atteindre et non pas en fonction des mesures proposées. Il ne s’agit pas de discuter pendant vingt ans à savoir si telle ou telle mesure est « trop radicale » ou non, mais de savoir quels objectifs l’on vise. Les objectifs doivent venir avant les moyens. Ceci nécessite un changement de paradigme complet dans le traitement de cette question.

Ainsi, l’idée de contingenter les cégeps anglais est curieuse. Car le contingentement ne règle aucunement le problème au collégial.

La racine du problème linguistique au Québec, c’est le statut du français, qui est de plus en plus une langue seconde. Une clause de contingentement au cégep ne fera rien pour rehausser le statut du français; le cégep anglais restera toujours l’institution pour l’élite.

Pour redresser le statut du français, il faut envoyer un signal fort à l’effet que le français revient au centre du jeu, qu’il reprend la première place, que son statut redevient supérieur à celui de l’anglais. Il y a donc des objectifs « numériques » à atteindre en plus d’un objectif « psychologique ». Cela, Camille Laurin l’avait fort bien compris. Tout au long du processus menant au dépôt de la Charte, les signaux psychologiques envoyés par Laurin étaient puissants; « renverser les effets de la Conquête », « le Québec sera maintenant et pour toujours français », etc.

Nous ne sommes pas du tout là avec M. Legault. Nous avons plutôt droit aux conférences de presse systématiquement bilingues (depuis le début de la pandémie), aux affirmations fumeuses comme quoi la loi 101 au cégep, c’est « interdire aux francophones d’apprendre l’anglais », etc. Avec la CAQ, pour l’instant, la trajectoire de régression empruntée par le Québec depuis l’élection du PLQ en 2003 n’a pas variée d’un iota.

M. Legault ressemble plutôt, de plus en plus, à Jean-Jacques Bertrand. Un homme, qui estimait, lui aussi, que le « libre-choix » de la langue d’enseignement était un absolu, un horizon indépassable.

Mais les grands hommes politiques sont plutôt ceux qui arrivent à s’élever au-dessus des contingences immédiates du jeu politique pour voir au-delà de l’horizon. Laurin nous manque. Lévesque aussi.

Frédéric Lacroix – Unique FM

Si vous désirez cerner les ramifications de cette fameuse loi et ce qu’elle a provoqué (et provoque encore) de remous au Québec et ailleurs au Canada francophone, vous vous devez de lire cet ouvrage. Statistiques à l’appui, le chercheur et le chroniqueur en arrive à la conclusion qu’un sérieux coup de barre doit être donné à cette loi. Chez Boréal.

«Une crise linguistique qui ne dit pas son nom»: entretien avec Frédéric Lacroix

Mathieu Bock-Côté, Le Journal de Montréal, 26 avril 2021

Les travaux de Frédéric Lacroix ont complètement renouvelé notre compréhension de la question linguistique au Québec. Je l’ai interviewé pour avoir son analyse de l’évolution actuelle du débat entourant le cégep français.

Mathieu Bock-Côté: Est-ce que la question linguistique est de retour au Québec?

Frédéric Lacroix: L’année qui vient de s’écouler nous a apporté bien des bouleversements, dont celui, qui est tout à fait inattendu, d’une large prise de conscience du déclin du français au Québec. Contre toute attente, une bonne partie de l’opinion publique est redevenue sensible à la question linguistique. Huit Québécois sur dix (un record!) estiment que «la langue française a besoin d’être protégée au Québec» (sondage Léger, 29 mars 2021). L’inquiétude sur le sort fait au français au Québec et au Canada est en train de monter.https://1b8bd8e1d0d2262e74aa6539ddc56f2c.safeframe.googlesyndication.com/safeframe/1-0-38/html/container.html


Mathieu Bock-Côté: Peut-on dire que la question du cégep français vient enfin de se trouver une place dans le débat public?

Frédéric Lacroix: Encore plus étonnant, la réalisation qu’il se passe quelque chose de grave et d’urgent dans la dynamique linguistique au collégial a percé dans la conscience collective québécoise, et elle se répercute maintenant dans la classe politique.

Chose inouïe, tous les partis politiques québécois s’entendent maintenant pour dire qu’il faut poser des gestes pour éviter le naufrage des cégeps français de la région de Montréal. La CAQ a lancé l’idée du contingentement des places au cégep anglais (la sévérité du contingentement n’est pas spécifiée). Le PLQ se dit d’accord pour contingenter les places au cégep anglais au niveau de 2019 (chose que je n’aurais jamais pensé voir de ma vie!). QS aussi. Après 20 ans de déchirement sur cette question, le Parti québécois a voté en fin de semaine dernière, à hauteur de 94%, en faveur de l’extension des clauses scolaires de la Charte de la langue française au niveau collégial (la «loi 101 au cégep»).

Cette idée de la loi 101 au cégep s’est d’ailleurs propagée dans la dernière année avec une vigueur surprenante. Parmi ceux qui sont favorables, incluons: Joseph Facal (qui a changé d’idée récemment), Antoine Robitaille, Elsie Lefebvre, Mathieu Bock-Côté (mais vous y étiez favorable depuis longtemps!), Guy Rocher, Étienne-Alexandre Beauregard (très actif chez les jeunes caquistes), Denise Bombardier, Emmanuelle Latraverse, Carl Vallée (conseiller québécois pour Stephen Harper), Christian Dufour, Gilles Duceppe.

L’idée de la loi 101 au cégep coalise maintenant des souverainistes et des fédéralistes, des gens que tout sépare, mais qui en sont venus à la conclusion que le temps de cette mesure était venu, qu’on «était rendus là», comme l’a dit Gilles Duceppe en entrevue à QUB radio. Un sondage Léger (novembre 2020) indique que 47% des répondants sont en faveur de la loi 101 au cégep, alors que 45% sont contre. Il est tout à fait étonnant que l’appui à cette mesure soit légèrement supérieur à l’opposition à celle-ci, alors que la loi 101 au cégep a été démonisée à qui mieux mieux sur toutes les tribunes pendant 20 ans.

Il semble que les professeurs de cégeps français soient aussi en train de se réveiller [1]. La semaine passée, par exemple, plus de 200 professeurs du Cégep de Sainte-Foy à Québec ont signé une lettre pour dénoncer les 100 millions de dollars investis par la CAQ pour agrandir Dawson College et «fragiliser notre langue» [2]. Les professeurs de Rimouski, La Pocatière, Bois-de-Boulogne, Maisonneuve, Brébeuf, ont aussi récemment voté des motions semblables dans leurs instances syndicales.

Rappelons-nous qu’il y a un an encore, la question de la langue au cégep n’était sur l’écran radar de — presque — personne.

Quel revirement spectaculaire, tout de même!

Ce vent qui souffle de plus en plus fort en faveur du cégep français est en train de semer la panique chez ceux — toujours les mêmes — qui défendent l’indéfendable statu quo.  


Mathieu Bock-Côté: La Presse vient toutefois d’entrer en croisade contre le cégep français. Que pensez-vous de l’argumentaire mobilisé par la nouvelle éditorialiste en cheffe, Stéphanie Grammond? Témoigne-t-il d’une bonne compréhension du dossier?

C’est ainsi que la nouvelle éditorialiste de La Presse, Stéphanie Grammond, signe le 24 avril un texte s’opposant à l’idée du cégep français. Ce texte est un pot-pourri des clichés habituels sur le sujet. Il vaut la peine de le décortiquer, car ce texte ne sera sûrement pas le dernier du genre.

Elle se réjouit d’abord de voir que le PQ est «isolé dans son coin» avec l’idée de la loi 101 au cégep. Mentionnons que le PQ a adopté cette idée — après 20 ans de déchirements — lors de son congrès national du 18 avril 2021, soit il y a six jours seulement! Comment dire…https://1b8bd8e1d0d2262e74aa6539ddc56f2c.safeframe.googlesyndication.com/safeframe/1-0-38/html/container.html

Mme Grammond enfonce ensuite une porte ouverte et nous sort tous les clichés éculés sur le bilinguisme (l’anglais serait l’espéranto du XXIe siècle, le bilinguisme est une richesse à cultiver, plus les jeunes maîtriseront de langues, plus ils seront outillés pour l’avenir, etc. [3]).

Faut-il rappeler que le taux de bilinguisme des jeunes Québécois est l’un des plus élevés au monde et qu’il augmente recensement après recensement? Que ce n’est pas pour apprendre l’anglais que les jeunes souhaitent s’inscrire au cégep anglais — car ils le parlent souvent déjà à la fin du secondaire —, mais c’est parce que ces jeunes veulent de plus en plus s’intégrer symboliquement dans l’univers anglophone et que le cégep en constitue la porte d’entrée? Un récent article du Devoir était éclairant à ce sujet: trois adolescentes de Québec, interrogées pour expliquer pourquoi elles désiraient poursuivre leurs études en anglais au collégial, avouaient candidement qu’elles communiquaient déjà entre elles en anglais, consommaient quasi exclusivement de la culture anglo-américaine, et voulaient faire leurs études universitaires — et le reste de leur vie — en anglais [4].

J’ai récemment analysé les dernières données de recensement portant sur le bilinguisme [5]. Les résultats sont saisissants. Ainsi, de 2006 à 2016, le taux de bilinguisme des 14 à 17 ans a augmenté de 11,2 points. C’est du jamais-vu depuis que ces données sont collectées. Pourquoi cette hausse foudroyante? L’extension de la place de l’anglais à l’école primaire et au secondaire dans les 15 dernières années (anglais en première année, anglais intensif, immersion anglaise au secondaire, etc.), combinée à l’effet de l’univers numérique anglo-dominant (Netflix, YouTube, etc.), fait partie des éléments de réponse. Chez les jeunes, l’anglais est omniprésent. Ils vivent une immersion anglaise permanente.

Mais voici qui est encore plus intéressant: le taux de bilinguisme au Québec est étroitement corrélé au niveau d’études. Chez les universitaires de langue maternelle française, le taux de bilinguisme est de 73% pour le Québec au complet et de presque 90% à Montréal. Surprise: même les études en français conduisent au bilinguisme quasi généralisé! 

Le meilleur moyen d’augmenter la connaissance de l’anglais chez les Franco-Québécois est d’augmenter la durée de leur scolarisation. C’est la durée de la scolarisation en soi qui tend à augmenter le bilinguisme, pour la simple raison que les étudiants continuent d’apprendre et de perfectionner leur anglais tout au long de leurs études (en français!). Ce qui limite le bilinguisme au Québec, ce n’est pas le manque d’accès au cégep anglais, c’est le décrochage scolaire!

Maintenir le «libre marché» bilingue au collégial n’est pas le moyen le plus rationnel ni le plus efficace de favoriser le bilinguisme au Québec. Il est démontré, hors de tout doute, que les cégeps anglais servent actuellement de foyers d’assimilation linguistique pour les francophones et surtout, pour les allophones [6]. Loin de favoriser l’essor du bilinguisme, les cégeps anglais imposent de plus en plus l’anglais comme langue commune à Montréal. Les cégeps anglais favorisent ainsi l’unilinguisme anglais.

Pour réellement «cultiver la richesse du bilinguisme» pour le plus grand nombre possible, la politique à conduire est de valoriser les études. En français.

Le premier argument de Mme Grammond contre la loi 101 au cégep et que celle-ci «viderait d’un coup sec les cégeps anglais» et que les anglophones se retrouveraient «ghettoïsés» dans leurs cégeps, ce qui ne serait pas «fameux pour le vivre-ensemble»! 

Première remarque: je suis heureux de constater que Mme Grammond reconnaît ainsi — obliquement — que les cégeps anglais ont été détournés de leur mission première, soit celle de servir la communauté anglophone, et qu’ils sont maintenant occupés, à 65%, par des non-anglophones.  

Deuxième remarque: si je comprends bien, nous devrions financer l’assimilation des jeunes allophones et francophones à la communauté anglophone pour que les jeunes anglophones se sentent pour ainsi dire «moins seuls». Comme argument, c’est assez surréaliste merci. La «langue commune» au Québec, Mme Grammond, c’est l’anglais? 

Je ne suis au courant de rien qui empêcherait les anglophones d’aller étudier dans les cégeps français. Il est tout de même curieux que les anglophones ne représentent qu’un minuscule 1,3% des effectifs des cégeps français de Montréal, alors qu’inversement, les francophones représentent 20,7% de la clientèle des cégeps anglais de cette même ville [7]. Le «vivre-ensemble» est actuellement à sens unique.

Mme Grammond cite ensuite quelques chiffres pour l’ensemble du Québec sur la proportion de francophones inscrits dans un cégep anglais pour affirmer que «tout va bien». Mais la proportion de francophones inscrits au cégep anglais est en augmentation constante depuis 20 ans. Elle atteignait 6,8% en 2018. Cela équivaut à 8200 étudiants, soit 2500 étudiants de plus qu’en 2000. Il s’agit tout de même d’une augmentation de 44% en moins de 20 ans. 8000 étudiants, c’est loin d’être un chiffre négligeable; c’est l’équivalent des effectifs à la formation régulière de Dawson (le plus gros cégep au Québec), par exemple. Et sur 10 ans, ça fait 80 000 étudiants. Sur 20 ans, 160 000 étudiants. L’équivalent d’une petite ville.https://1b8bd8e1d0d2262e74aa6539ddc56f2c.safeframe.googlesyndication.com/safeframe/1-0-38/html/container.html

Mme Grammond affirme ensuite qu’il y a six fois plus d’allophones et d’anglophones qui se sont inscrits au cégep français que de francophones au cégep anglais dans la dernière décennie. La hausse du nombre d’anglophones inscrits au cégep français sur cette période est minuscule (344 étudiants, selon ses propres chiffres). Dans mon livre Pourquoi la loi 101 est un échec, j’ai démontré que la hausse des inscriptions des allophones au cégep français était entièrement due à la hausse des allophones francotropes (allophones d’ex-colonies françaises et souvent déjà francisés à l’étranger avant l’installation au Québec) parmi la population d’âge collégial [8]. Ainsi, 85% des allophones francotropes s’inscrivent au cégep français, tandis que 90% des allophones anglotropes s’inscrivent au cégep anglais. Ces proportions sont stables depuis 30 ans. Que signifient-elles? Que c’est la politique d’immigration du Québec, en favorisant la venue d’allophones francotropes, qui conduit à la hausse des inscriptions d’allophones au cégep français. La scolarisation en français au primaire et au secondaire a relativement peu d’impact, car sa durée est insuffisante chez les immigrants qui n’arrivent pas en bas âge (seuls 15% des immigrants arrivent en âge scolaire).

Manque de chance, les changements récents à la grille de sélection des immigrants effectués par la CAQ ont conduit à une diminution de la proportion de francotropes parmi les immigrants qui s’installent au Québec, soit à une chute de huit points dans les cinq dernières années [9]. Ceci signifie que la proportion d’allophones inscrits au cégep français risque de repartir à la baisse dans l’avenir.

Il faut aussi réaliser que la forme de «contingentement» proposée par le PLQ existe déjà. Ce contingentement se fait actuellement «par le béton», c’est-à-dire que les cégeps anglais sont saturés depuis longtemps et ne peuvent admettre plus d’étudiants avec l’espace physique dont ils disposent (d’où les projets d’expansion de Dawson, par exemple). En raison du volume exorbitant de demandes que reçoit Dawson chaque année (environ 11 500), on peut parier que ce contingentement par le béton est aussi responsable en partie de la hausse des inscriptions des allophones dans les cégeps français. Un choix qui se fait par dépit, faute d’avoir les notes requises pour entrer à Dawson, Vanier, John Abbott, etc. [10] On peut parier également que la faible hausse du nombre d’anglophones inscrits au cégep français est due au fait que plusieurs de ceux-ci ont été recalés, car trop faibles, par les cégeps anglais.

À la fin de son texte, Mme Grammond reconnaît toutefois que l’écrémage des meilleurs étudiants par les cégeps anglais, une sorte de collégial à deux vitesses, pose problème.

Je suis d’accord sur ce point. Nous reproduisons au collégial, sur une base linguistique, la ségrégation socio-économique déjà présente au secondaire avec les écoles privées et les écoles publiques. En assurant, toutefois, 100% de financement public à cette forme de ségrégation au collégial. Au moins, pour l’école privée, il y a l’excuse que les parents paient une partie de la note, ce qui n’est pas le cas au collégial.

Ne nous y trompons pas: tout contingentement, qu’il soit léger ou sévère, est une fausse bonne idée qui ne sera pas acceptée socialement [11]. La seule solution équitable, pérenne et transparente à ce problème est connue. C’est la même solution à laquelle le gouvernement du Québec en est arrivé, après maints tâtonnements de 1969 à 1977: les clauses scolaires de la loi 101. 


Mathieu Bock-Côté: Croyez-vous que le Québec imposera finalement la loi 101 au cégep?

Frédéric Lacroix: Je crois que la loi 101 sera éventuellement étendue au niveau collégial et que cela n’est plus qu’une question de temps. 

Car nous sommes plongés à nouveau, comme dans les années 60, dans une crise linguistique. Le récent jugement sur la loi 21, qui vient amalgamer religion et langue, vient approfondir et accélérer cette crise latente. Les prochaines années risquent d’être mouvementées.

La question qui se pose vraiment, je crois, est celle-ci: François Legault fera-t-il un Jean-Jacques Bertrand de lui-même en proposant une mesure impopulaire et inefficace (le contingentement) pour régler la question du collégial, ou aura-t-il le courage d’aller tout de suite à la solution qui va s’imposer éventuellement, avec ou sans lui, de toute façon?     


  • [1] «Déclin du français: le cégep, le nerf de la guerre», Regroupement pour le cégep français, Journal de Montréal, 1er avril 2021  
  • [2] «100 millions pour fragiliser sa langue», Le Soleil, 20 avril 2021  
  • [3] Il ne manque à ce florilège qu’«un bilingue en vaut deux», cliché qui avait cours dans les années 50 
  • [4] «Le fort attrait du cégep in English», Le Devoir, 30 mars 2021  
  • [5] Voir: Frédéric Lacroix, «Le français au Québec: une langue infantile» 
  • [6] Voir: «Enquête sur les comportements linguistiques des étudiants du collégial», IRFA, 2010  
  • [7] Voir p.86, Pourquoi la loi 101 est un échec, Boréal, 2020 
  • [8] Op. cit. p.88, figure 10  
  • [9] Anne-Michèle Meggs, «Immigration et plan d’action sur la langue», L’Aut’Journal, 17 mars 2021  
  • [10] Voir par exemple ici.  
  • [11] J’en ai discuté ici.  

Loi 101 au cégep : c’est maintenant ou jamais

L’année qui vient de s’écouler nous a apporté bien des bouleversements, dont celui, tout à fait inattendu, d’une prise de conscience aigüe du déclin du français au Québec. Contre toute attente, une bonne partie de l’opinion publique est redevenue sensible à la question linguistique. Huit québécois sur dix (un record!) estiment que « la langue française a besoin d’être protégée au Québec » (Sondage Léger 29 mars 2021).

Les partisans de cette mesure étaient jadis confinés dans certains cercles restreints du mouvement souverainiste. On se rappellera que Pierre Curzi s’était démené il y a une décennie pour faire greffer l’idée au programme du Parti québécois. Avec un succès mitigé cependant; l’idée avait bien été adoptée, les militants ayant voté en sa faveur en congrès, mais les dirigeants péquistes étaient contre et n’ont eu cesse de manœuvrer pour l’éjecter de la plateforme. Jusqu’à ce que Jean-François Lisée, alors chef du PQ, réussisse à en purger le programme en 2017.

Mais une idée ne meurt jamais. Ainsi, l’idée de la loi 101 au cégep s’est propagée dans la dernière année avec une vigueur surprenante. Elle a d’abord atteint ceux, qui, plus « nationalistes » étaient moins préparés à y résister : Joseph Facal (qui a changé d’idée récemment), Antoine RobitailleElsie Lefebvre, Mathieu Bock-Côté (qui, à vrai dire, est en faveur depuis longtemps), Guy RocherÉtienne-Alexandre Beauregard (très actif chez les jeunes caquistes).

Mais l’idée commence même à se répandre chez ceux que l’on pensait immunisés: Denise BombardierEmmanuelle Latraverse, Carl Vallée (conseiller québécois pour Stephen Harper), Christian Dufour, Gilles Duceppe.

L’idée de la loi 101 au cégep coalise maintenant des gens que tout sépare mais qui en sont venus à la conclusion que le temps de cette mesure était venu, qu’on « était rendu là » comme l’a dit Gilles Duceppe en entrevue à QUB radio. Un sondage Léger (novembre 2020) indique que 47% des répondants sont en faveur de la loi 101 au cégep alors que 45% sont contre. Il est tout à fait étonnant que l’appui à cette mesure soit légèrement supérieur à l’opposition à celle-ci alors que la loi 101 au cégep a été démonisée à qui mieux mieux sur toutes les tribunes pendant 20 ans.

Même le gouvernement fédéral a reconnu récemment que le français reculait au Québec. Du jamais vu.

Les astres sont alignés comme jamais pour que la réforme de la loi 101 pilotée par Simon Jolin-Barrette soit majeure, structurante et ait un réel impact sur la vitalité du français au Québec.  Cette réforme, pour être effective, doit contenir un signal fort à l’effet que le français revient au centre du jeu. Ce « signal » ne peut être que la loi 101 au cégep.

François Legault affirmait récemment vouloir laisser un « legs nationaliste assumé » (La Presse, 8 mars 2021). Dans la situation actuelle, le legs qui s’impose est d’agir pour empêcher le français de couler. Si M. Legault rate la « fenêtre d’opportunité » actuellement ouverte, il est fort probable qu’elle se referme à jamais; les francophones seront bientôt trop faibles au Québec pour prétendre imposer ce genre de mesure dans l’avenir.

C’est maintenant ou jamais.

Quand Ricochet s’aventure dans le débat linguistique

Le site Internet Ricochet vient de prendre position dans le débat linguistique qui secoue le Québec depuis un bout en publiant une lettre ouverte d’un dénommé Étienne Cardin-Trudeau intitulée « De quoi parlons-nous quand nous parlons du déclin du français »?

Ce texte est un mélange d’approximations, de concepts mal digérés, de désinformation et aussi, disons-le, de bon vieux Québec-bashing. Le tout enveloppé dans une belle couche imbuvable de supériorité morale.

Reprenant une stratégie éprouvée, largement utilisée depuis au moins vingt ans pour nier le déclin du français, l’auteur établit une fausse symétrie entre le déclin du français comme langue maternelle et comme langue d’usage (langue parlée le plus souvent à la maison) au Québec et le « déclin » de l’anglais comme langue maternelle au Canada. Il faut noter que cet argument a longtemps été présenté sous la forme suivante : « Oui, le français recule au Québec, mais l’anglais aussi, alors il n’y a pas de problème ». Mais comme l’anglais comme langue d’usage est maintenant en progression au Québec, cet argument a volé en éclats. M. Cardin-Trudeau a donc trouvé un nouvel habit à cette vieille rhétorique en remplaçant « l’anglais au Québec » par « l’anglais hors Québec ». Il faut le faire : la situation de l’anglais au Canada hors Québec est renvoyée dos à dos avec celle du français au Québec! Il fallait oser. M. Cardin-Trudeau l’a fait.

Comme ce « déclin » (fictif en réalité!) de l’anglais au Canada ne provoque aucune vague médiatique hors Québec, l’auteur souligne alors à gros traits que si celui du français au Québec en crée, c’est qu’il s’agirait d’une « bulle médiatique créée artificiellement pour attiser les flammes d’un nationalisme identitaire ». Sous-texte : si les Québécois s’inquiètent de plus en plus du recul du français au Québec, c’est simplement parce qu’ils sont racistes et xénophobes. Soulignons l’utilisation astucieuse d’une métaphore « ardente » pour qualifier le nationalisme québécois. Nous ne sommes pas très loin des fameuses « braises de l’intolérance » de Philippe Couillard. L’enfer est rouge, c’est bien connu.

Comment dire? Avec ce texte, M. Cardin-Trudeau nous fait perdre notre temps. On a envie de s’écrier, exaspéré : « Jusqu’à quand, Étienne Cardin-Trudeau, abuseras-tu de notre patience »? Car comparer la situation de l’anglais hors-Québec avec celle du français au Québec relève de la plus pure mauvaise foi ou de l’aveuglement idéologique. Si le « déclin » de l’anglais au Canada hors Québec n’empêche pas les anglophones de dormir, c’est qu’ils savent pertinemment que les immigrants qui s’installent au Canada hors Québec effectueront des substitutions linguistiques à hauteur d’au moins 99% vers l’anglais[1]. Le plus souvent à la deuxième génération. Le pouvoir d’assimilation de l’anglais hors-Québec est tellement puissant que 41% de la population de langue maternelle française avait effectué une substitution linguistique vers l’anglais en 2011.  Les anglophones peuvent dormir sur leurs deux oreilles. La machine à assimiler canadienne tourne à fond; il leur suffit d’attendre. D’où l’absence de contestation d’une politique d’immigration qui sert admirablement bien les intérêts de la majorité canadienne. Qui est anglophone, faut-il le préciser?

Ce qui n’est malheureusement aucunement le cas au Québec. Au Québec, l’anglais livre une concurrence féroce au français comme langue d’intégration des immigrants. À tel point qu’en 2011, 46% des immigrants allophones avaient effectué une substitution linguistique vers l’anglais au Québec. A tel point, également, que l’assimilation des jeunes francophones à Montréal a doublé entre 2011 et 2016[2]. Les projections de Statistique Canada dont fait état l’auteur n’incluent pas ces données du recensement de 2016. De plus, elles modélisent une hausse des substitutions linguistiques des allophones vers le français dans les années à venir alors même que le rapport de force du français face à l’anglais va s’affaiblir avec l’affaissement du poids démographique des francophones au Québec.

Cette hausse annoncée des substitutions linguistiques vers le français est donc improbable. Surtout quand on sait que ces substitutions linguistiques sont majoritairement le fait d’immigrants les ayant réalisées à l’étranger avant d’arriver au Québec. Et que la nouvelle politique d’immigration de la CAQ a résulté en un net recul de la proportion d’immigrants connaissant le français[3]. Les projections de Statistique Canada sont donc déjà obsolètes. Le recul du français au Québec dans les vingt prochaines années sera probablement encore plus rapide que ce que Statistique Canada nous annonçait en 2017.

Le déclin du français partout au Canada fait maintenant quasi-consensus. Le gouvernement du Québec le reconnait, le gouvernement du Canada le reconnait, Statistique Canada le reconnait, l’Office québécois de la langue française le reconnait. Le recul du français que nous annonçait les démographes et chercheurs (Marc Termote, Patrick Sabourin, Alain Bélanger, Charles Castonguay pour en nommer quelques-uns) depuis longtemps est maintenant là. Il s’agit maintenant d’en tenir compte.

Reconnaitre le déclin du français n’a rien à voir avec la « peur de l’Autre » qu’évoque l’auteur. Ça n’a rien à voir non plus avec la « droite identitaire » ou le « nationalisme ».  C’est un fait scientifiquement démontré par de très nombreuses études. Comme nous dit l’auteur, il n’y a rien « d’inspirant dans le mépris pour l’intelligence des citoyens ». Un mépris dont il fait malheureusement étalage tout au long de son texte.

La relation des Québécois avec la langue française – Segment

Fred Savard s’aventure en terrain miné avec sa chronique sur la relation des Québécois avec la langue française. L’année 2007, c’est bien sûr l’année du triomphe du film Bon cop, bad cop, qui joue avec les codes du bilinguisme de manière très réussie et qui se moque d’un sujet trop souvent abordé dans un angle strictement politique. C’est d’ailleurs ce qui l’a séduit, avec la lecture de l’essai Pourquoi la loi 101 est un échec de Frédéric Lacroix qui jette un nouvel éclairage sur le déclin de la langue française au Québec.

https://cetteanneela.telequebec.tv/emissions/100581852/2007-isabelle-boulay-avec-la-participation-de-laurence-nerbonne/60290/la-relation-des-quebecois-avec-la-langue-francaise-segment?fbclid=IwAR3cRE5LCLBNHlrDEft-hhO_2b4iqlvE_T2pnZClMi-fYEEVunRvrjrgNPM

Mesures cosmétiques ou costaudes?

LA « NOUVELLE LOI 101 » DE LA CAQ

Au mois de mars, le ministre responsable de la Charte de la langue française, Simon Jolin-Barrette, après plus d’un an et demi de travail, de consultations et de réflexion, déposera vraisemblablement une nouvelle mouture de la loi 101. La CAQ va-t-elle livrer les « mesures costaudes » promises par le ministre, mesures qui assureront vraiment l’avenir du Québec français ou va-t-elle surtout nous servir des mesures cosmétiques destinées à nous rassurer, voire à nous endormir?

La CAQ a déjà envoyé de multiples signaux qui indiquent qu’elle n’osera pas aller au fond des choses et que sa « nouvelle loi 101 » ressemblera plus au « bouquet de mesures » passées par le PQ en 2001 qu’à la loi 101 de Camille Laurin de 1977, qui était l’équivalent d’un tremblement de terre constitutionnel. Voici trois exemples de ces signaux :

1) La question linguistique ne semble pas prise au sérieux au plus haut niveau de l’État québécois : non seulement le gouvernement Legault n’a posé absolument aucun geste concret en faveur du français depuis octobre 2018 (songeons, par exemple, aux 400 000 factures unilingues anglaises envoyées par Hydro-Québec; un simple appel de sa part aurait pu mettre fin à ce subterfuge), mais il a fait pire en institutionnalisant les conférences de presse bilingues du gouvernement du Québec, envoyant ainsi un signal fort que le Québec est, peu importe ce que la Charte de la langue française affirme, un État bilingue. La pandémie a le dos large. Pendant ce temps, ailleurs au Canada, le gouvernement de l’Ontario, où réside une importante minorité francophone, tient ses conférences de presse en anglais et le gouvernement du Nouveau-Brunswick, officiellement bilingue, est incapable de respecter ses obligations constitutionnelles envers le français. Au Canada, le bilinguisme n’est bon que pour les francophones.

2) La CAQ, c’est la Coalition avenir Québec : une coalition entre des nationalistes et des fédéralistes. Or, tout indique que l’aile fédéraliste domine nettement à la CAQ. En témoignent de façon éloquente les projets d’agrandissement de Dawson College (au moins 100 millions de dollars) et de McGill University (probablement 1 milliard de dollars) en faisant don à cette institution privée de l’hôpital Royal Victoria (l’équivalent de la Place Ville-Marie en termes de superficie). Ces deux projets ont été inclus dans le projet de loi 61, projet de loi qui n’a pas pu être voté en juin 2020, et ont été réinclus dans la nouvelle mouture du projet de loi, la loi 66, votée en décembre dernier. Les deux projets d’agrandissement de ces institutions anglophones, l’une étant déjà le plus gros cégep au Québec et l’autre, l’université la plus riche (et la plus magnifique), ont été « priorisés » avec cette loi, comme s’il s’agissait d’une urgence nationale. Il faut de plus souligner que ces deux projets ont été réinclus dans la loi 66 même après que les critiques eurent fusé de toutes parts lors du dépôt du projet de loi 61 (surtout pour Dawson). Il y a donc, à la CAQ, une volonté manifeste, explicite, de continuer les politiques délétères du PLQ en ce qui concerne le surfinancement des institutions postsecondaires anglophones. L’aile fédéraliste triomphe.

3) Après une coupure cosmétique et temporaire des seuils d’immigration de 20 % pendant deux ans, la CAQ a tassé Simon Jolin-Barrette du ministère de l’Immigration et est revenue aux seuils d’immigration du PLQ, soit 50 000 immigrants par année. On peut débattre pendant longtemps des seuils d’immigration qui seraient appropriés pour le Québec, simple province où l’anglais livre une concurrence féroce au français comme langue d’intégration, mais rappelons que ces seuils ont doublé depuis la prise du pouvoir par le PLQ en 2003 et que le vérificateur général avait révélé, dans un rapport publié en 2017, que la francisation au Québec était un véritable « fiasco ». À peine 30 % des 50 000 immigrants ne parlant pas français participaient à des cours de francisation. Au Québec, la francisation est optionnelle et cela est toujours vrai en 2021. Il faut d’ailleurs souligner que le gouvernement du Québec assure le bilinguisme intégral des services publics, ce qui permet à chacun de choisir la langue qu’il préfère dans ses interactions avec l’État. Le Québec, sans l’avouer, a copié la Loi sur les langues officielles fédérale.

Il faudra donc surveiller attentivement ce projet de loi sur la langue. Il ne faudra pas hésiter à rappeler à la CAQ qu’un « nationalisme » qui se cantonne aux beaux discours sans s’incarner dans les gestes et dans l’action est une forme d’opportunisme politique et de double jeu. Double discours qui est caractéristique, comme l’exprime fort bien l’écrivain Jean Bouthillette, des « peuples dominés ».