Le Programme de l’expérience québécoise (PEQ) était un programme d’immigration mis en place par le gouvernement du Québec, pour permettre à certaines personnes ayant des permis d’études ou de travail d’obtenir un certificat de sélection du Québec (CSQ) en vue de la résidence permanente et de la citoyenneté canadienne.
L’abolition de ce programme, recommandée par le Commissaire à la langue française, du moins pour le volet « permis d’études », a été annoncée par le gouvernement le 19 novembre 2025. Le PEQ a été remplacé par le Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ).
Depuis l’abolition du PEQ, une « controverse », à mon avis fabriquée et entretenue artificiellement par le système médiatique, enfle de semaine en semaine. La couverture médiatique du dossier frappe par son unilatéralisme absolument spectaculaire, son mépris des réalités objectives, son dédain pour l’information factuelle sur le PEQ et sur l’immigration en général, et son exclusion quasiment intégrale de tout point de vue divergent.
Le délire médiatique actuel rappelle celui du Canada anglais par suite de l’annonce de la hausse des frais de scolarité pour les étudiants canadiens non résidents inscrits dans les universités anglaises du Québec en 2023. Ou aussi la couverture médiatique sans nuance de la COVID-19 pendant presque trois longues années.
En lieu et place d’informations équilibrées, on fait défiler des intervenants en conflits d’intérêts que l’on présente comme des « experts » (des avocats en immigration, par exemple, dont les revenus sont dépendants du maintien du système actuel et de niveaux d’immigration toujours plus élevés), des immigrants « victimes » du système (des gens dont le permis vient simplement à échéance comme il était prévu), des maires « bienveillants » (qui souhaitent maximiser les prélèvements de taxes) ou des employeurs intéressés (dont le plan d’affaires est en général dépendant d’une main-d’œuvre corvéable peu payée). Les médias font aussi du « cherry picking » pour nous présenter des candidats « sympathiques », souvent d’origine européenne, dont le français est la langue maternelle et qui sont culturellement compatibles avec nous, en nous les présentant comme des exemples typiques, représentatifs de gens susceptibles de bénéficier du PEQ. Les médias oublient de nous présenter tous ces immigrants temporaires, nombreux, qui travaillent ou étudient en anglais ou qui portent des valeurs culturelles absolument contraires aux nôtres.
On nous incite, au nom de « l’humanisme », à adopter une « clause de droits acquis » pour les immigrants temporaires déjà sur place avant le 19 novembre 2025, sans que l’on sache très bien à combien de personnes elle s’appliquerait et ce qu’elle signifierait. Il y avait en octobre 2025, 220 885 titulaires de permis de travail, 63 457 titulaires de permis d’études, 47 187 titulaires de permis d’études et de travail ainsi que 24 631 « autres ». De ces 356 160 personnes, combien sont éligibles au PEQ? Est-ce que cette « clause de droits acquis » devrait viser ces 356 160 personnes? Combien de personnes devrait-elle viser sinon? Pour vider les stocks de temporaires, est-ce que l’on devrait admettre ces 356 160 personnes d’un coup à la résidence permanente, en plus des 45 000 immigrants permanents, ce qui nous ferait une vague de plus de 400 000 immigrants reçus en une seule année (4,5% de la population du Québec)? Est-ce que l’on devrait en admettre seulement 10 ou 15 000 par année, ce qui signifie que l’écoulement des stocks prendrait 24 ans? Et si on exclut certains de cette clause de « droits acquis » que l’on accorderait au nom de « l’humanisme », ce serait pour quel motif?
L’on nous répète que le Québec aurait passé un « contrat moral » envers les immigrants temporaires et qu’il se serait engagé, en quelque sorte, à les accueillir tous comme immigrants permanents. A cela, il faut dire plusieurs choses : 1), le Québec n’est pas responsable des promesses faites par des avocats en immigration peu scrupuleux ou par des institutions d’enseignement (cégeps et universités) qui ont utilisé les immigrants temporaires comme monnaie d’échange pour faire grossir leur subventions publiques tout en faisant payer à ceux-ci chèrement leurs études (voir le texte de Tania Longpré à cet égard), 2) c’est Ottawa qui contrôle l’émission des permis et les règles sont très claires : « prouver à un agent que vous quitterez le Canada lorsque votre permis de travail arrivera à expiration ». L’idée du « contrat moral » qui lierait l’État québécois aux détenteurs de permis temporaires est une pure fabulation.
Depuis la prise de pouvoir par la CAQ en 2018 jusqu’en 2024, la population du Québec (de 15 ans et plus) a augmenté de 724 800 personnes, soit de 10,5%. La population active a augmenté de 446 700 personnes. Le nombre de personnes en emploi a augmenté de 432 100, mais le nombre employé à temps plein de seulement 303 400. Si le taux de chômage est resté quasi constant, le taux d’activité a baissé de 65,1 à 64,8 et le taux d’emploi a baissé de 61,7 à 61,5.
On remarque que la population de 15 ans et plus a augmenté de 724 800 personnes alors que la population active n’a augmenté que de 446 700 personnes, une différence de 278 100 personnes. Alors que la hausse de la population est due en quasi-totalité à l’immigration, 38,4% de ces personnes ne sont pas « actives ». Encore pire, seulement 41,9% occupent un emploi à temps plein. Lorsqu’on nous présente les immigrants temporaires, uniformément, comme des « travailleurs », il y a lieu de relativiser cette affirmation.
En 6 ans seulement, le Québec a augmenté sa population de 10,5%, ce qui est une hausse énorme. Cela représente l’un des taux d’immigration les plus élevés au monde. Pour une « province » dont le peuple n’a même pas une existence reconnue au Canada et dont le pouvoir d’intégration est singulièrement chancelant, c’est l’équivalent d’une forme de suicide collectif.
Depuis l’an 2000, le Québec a accueilli environ 1,5 million d’immigrants. Ce qui force la question : à partir de quel nombre d’immigrants accueillis les accusations de manque de « bienveillance » et « d’humanisme » cesseront-elles? A 150 000 immigrants par an (on l’a atteint en 2024)? A c200 000 immigrants par an (on l’a atteint en 2023)? A300 000 immigrants par an (à venir?)? Lorsque nous accueillerons la planète entière?
Les affirmations à l’effet que les immigrants temporaires seraient « intégrés » (tous?) ne résistent pas à un examen sommaire. Le Commissaire à la langue française a documenté la chose et la conclusion est sans appel : les immigrants temporaires utilisent le français au travail seulement 54,5% du temps (contre 84,5% pour les non immigrants) et constituent un facteur majeur de l’anglicisation accélérée du Québec. Le critère de « connaissance du français » qui est mis de l’avant par le PEQ ne signifie nullement que l’immigrant sélectionné ne vit pas, ne socialise pas, et ne fera pas sa vie (et celle de ses enfants) en anglais au Québec.
Ce qui apparait clairement, c’est que la joute médiatique autour de l’immigration ne s’embarrasse guère de vulgaires considérations pour la réalité des choses, mais se déroule dans l’univers moral exclusivement. Tout un chacun lutte pour se positionner le plus haut possible dans la hiérarchie morale et l’échelle sociale en affichant sa vertu et en faisant surenchère de « bienveillance ». Il est remarquable de constater à quel point la discussion est divorcée de toutes les réalités physiques de base (crise du logement, crise de l’inflation, effondrement des services publiques, minorisation des Québécois dans les écoles, etc.).
Deux choses conduisent à cela, je crois : la religion d’état canadienne (le multiculturalisme) à laquelle les élites médiatiques adhèrent profondément, religion politique qui sacralise la figure de « l’autre » et qui la met au-dessus de nous-mêmes, combiné à un christianisme culturel latent dans la population, christianisme qui n’est plus enraciné et encadré et qui est « devenu fou » selon la formule de Chesterton, qui a conservé les vertus de « charité » et de « justice » mais en éjectant la « tempérance » et la « prudence ».
Les vertus de charité et de justice, ici, s’appliquent exclusivement à la figure du « migrant » que l’on a sanctifié avec le multiculturalisme et ne s’appliquent JAMAIS à la population native. On n’évoque jamais la « bienveillance » envers ceux qui peinent à payer leurs loyers qui ont pourtant augmenté de 71% depuis 2019. Il y a ici un point aveugle absolument spectaculaire.
L’enfer, comme l’on sait, est pavé de bonnes intentions. Mais il peut aussi être pavé de « bienveillance » et « d’humanisme », comme l’a démontré Angela Merkel en Allemagne, qui a fait appel précisément à ces vertus pour forcer l’accueil de plus d’un million de réfugiés syriens et afghans en 2015. Ce fut un tel « succès » qu’aujourd’hui, l’AFD est aux portes du pouvoir…
Afin de ne pas se rendre là, il serait sain d’étendre la « charité » et la « justice » aux « non migrants » et d’inclure la vertu de « prudence » afin d’équilibrer le débat migratoire. Avec le délire actuel, les médias préparent le terrain, sans le réaliser on dirait, à un solide retour de flammes.