Immigration : La nef des fous

Statistique Canada publie, sur une base trimestrielle, des « estimations des composantes de la migration internationale ». C’est vers cette base de données qu’il faut se tourner pour obtenir un portrait à peu près réaliste, sans fard ou maquillage idéologique, de l’immigration internationale au pays.

La dernière publication, en date du 28 juin, fait voler en éclats tout le discours, parfaitement déconnecté, sur les « seuils d’immigration » (50 000? 70 000? 80 000?) au Québec. Discours utilisé afin de donner aux Québécois l’illusion qu’ils maitrisent encore leur destin au Canada.

Des hausses sans précédent

La figure 1 présente le nombre d’immigrants internationaux net (les données excluent l’immigration interprovinciale), incluant les immigrants temporaires et permanents par trimestre du troisième trimestre 1971 au premier trimestre 2023. Nous assistons à une hausse régulière des niveaux d’immigration trimestriels (concentrée au premier et deuxième trimestre de l’année surtout) depuis le début des années 2000. La hausse de l’immigration est particulièrement marquée à partir de 2017-2018 et atteint des sommets jamais vus dans l’histoire récente du Québec (44 105 personnes en trois mois) à partir du deuxième trimestre 2022.

Le record d’immigration depuis 52 ans (depuis que ces données sont disponibles) et été brisé au premier trimestre 2023 avec 47 085 personnes. L’immigration nette totale pour le premier trimestre de cette année est supérieure, d’un facteur cinq (5!) à la moyenne trimestrielle des 52 dernières années.

Figure 1

La figure 2 présente le volume d’immigration annuel net. Pour l’année 2022, nous en sommes à 154 373 immigrants internationaux. Ceci est 3,5 fois plus élevé que la moyenne annuelle des 52 dernières années. Durant les cinq dernières années (2018-2022), le Québec a reçu 420 100 immigrants internationaux, soit l’équivalent de 5% de la population totale du Québec en 2018.

Pour l’année courante (2ième trimestre 2022 au 1er trimestre 2023), le Québec a reçu 186 646 immigrants internationaux. Si l’immigration se poursuit à ce rythme, cela donnera 1,86 millions de nouvelles personnes au Québec d’ici une décennie. A ce rythme de croissance, le Québec dépassera donc facilement le cap du dix millions d’habitants d’ici 2033.

Figure 2

La figure 3 présente le taux de croissance annuel de la population du Québec dû à l’immigration internationale. En 2022, ce taux de croissance était de 1,8%. Ce qui n’est pas très loin du taux moyen de l’Afrique (2,19%).

Figure 3

Conclusion

Le taux de croissance pour l’année courante (2,15%) n’est pas très loin des taux de croissance maximum recensés lors du baby-boom (autour de 2,5-2,6% dans les années cinquante) qui a suivi la fin de la deuxième guerre mondiale.

Ces chiffres sont étourdissants. Alors que la CAQ fait des « consultations » pour savoir si on doit fixer le « seuil d’immigration » à 50 000 immigrants (permanents) par année ou bien à 70 000, l’on constate que ce 50 000, qui est supposé être un seuil annuel, entre maintenant à chaque trois mois seulement (si la tendance se poursuit).

Tout le débat sur les soi-disant « seuils » d’immigration est donc frappé d’irréalisme. La prétention de la CAQ ne pas réglementer l’immigration « temporaire » (qui n’est souvent temporaire que de nom) constitue en fait une capitulation et une soumission face au lobby patronal (qui veut de la main d’œuvre corvéable à bas salaire) et à Ottawa (qui vise 100 millions d’habitants au Canada en 2100).

Le fédéral n’arrête d’ailleurs pas d’annoncer des programmes ciblés pour augmenter encore plus les volumes d’immigration. Il procède aussi à des changements « secrets » dans des programmes pour atteindre ce but. Augmenter l’immigration le plus possible semble maintenant être l’objectif politique numéro un d’Ottawa.

A moins que ce volume d’immigration ne soit réduit radicalement bientôt, il faut comprendre que nous n’en sommes qu’au début d’une crise de logement probablement sans précédent dans l’histoire du Québec. Avec cette crise du logement vient une crise du système scolaire (qui ne pourra croitre assez vite pour accommoder tout ce monde) et une crise des services publics (qui risquent d’imploser sous la demande).

A ce rythme, le déclin historique du français qui a été enregistré lors du recensement 2021 fera pâle figure à côté de celui qui risque d’être constaté pour le recensement de 2026.

Pour ce qui est de la politique d’immigration, nous sommes maintenant en territoire inconnu et la situation actuelle est sans précédent dans l’histoire récente du Québec. La combinaison d’une natalité sous le seuil de remplacement des générations combinée à un des taux d’immigration parmi les plus élevés au monde garantit un recul, si ce n’est un effondrement du Québec français.

Des savants fous ont pris le contrôle de la politique d’immigration qui n’est plus au service du bien commun mais au service d’intérêts particuliers (le patronat).

Quant au gouvernement Legault, il semble avoir simplement tourné le dos -dans les faits- au Québec français.